Suisse à 10 millions: Beat Jans craint pour le football helvétique
Quand Beat Jans prend la parole à Lucerne pour alerter sur l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions», il prévient: le football suisse, et notamment le FC Lucerne, serait mis hors-jeu. A Zurich, il répète la même mise en garde contre l’initiative UDC.
Dans l’émission de la RTS « Sykora Gisler, le talk football », le fan du FC Bâle avertit que cette initiative menace la libre circulation des personnes et, par ricochet, le football suisse.
Plusieurs fédérations sportives se sont également opposées à l’initiative.
Beat Jans, 61 ans, joue encore comme défenseur pour le FC Nationalrat (réd: l'équipe de football officielle des parlementaires suisses) et prédit donc que l’initiative de l'UDC pourrait provoquer le déclin du football helvétique. C'est le journal Blick qui a inspiré ce récit fin avril avec son article à la Une:
Un risque pour le football helvétique
Les critiques de l'UDC évoquent un «but contre son camp», mais les possibles difficultés du football suisse restent un sujet secondaire sur le plan politique. Pourtant, la Une de Blick a trouvé sa place dans l’argumentaire de Beat Jans.
Claudius Schäfer, CEO de la Swiss Football League, précise à Blick qu’une suppression de la libre circulation pourrait compliquer sérieusement le recrutement de joueurs, entraîneurs et professionnels de l’UE, rendant les transferts plus difficiles et moins planifiables. Il craint un impact négatif sur la compétitivité des clubs suisses.
Et pour cause: si la libre circulation disparaissait, les joueurs de l'UE ou de l'Association européenne de libre-échange (AELE) seraient à nouveau comptabilisés dans le quota d’étrangers. Actuellement, dans la Super League, cinq étrangers de pays tiers peuvent jouer simultanément, et trois dans la Challenge League.
Blick a évoqué l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions» dans ses questions à la ligue. Philippe Guggisberg, porte-parole de la Swiss Football League, précise toutefois que Claudius Schäfer n’a pas pris position sur l’initiative actuelle de l'UDC, mais qu’il a simplement expliqué les conséquences possibles d’une suppression de la libre circulation. Un «oui» le 14 juin ne supprimerait pas immédiatement cette libre circulation, mais cela pourrait arriver plus tard.
Ce qui est certain, c'est que la Swiss Football League s’est retrouvée au centre d’une controverse de vote. Beat Jans a saisi cette occasion pour intégrer le risque d’un déclin du football suisse dans son argumentaire contre l'UDC. Peut-être se souvient-il de sa jeunesse, à une époque où la Suisse enchaînait les défaites et ne se qualifiait jamais pour un championnat d’Europe ou une Coupe du monde.
La fédération craignait pour la relève suisse
A l’époque, l’accès aux professionnels de l’UE inquiétait les responsables sportifs. En mars 2002, quelques mois avant l’entrée en vigueur de la libre circulation, Ralph Zloczower, alors président de l’Association suisse de football, expliquait au Basler Zeitung:
Cette volonté était contrée par les accords bilatéraux. La libre circulation a finalement été appliquée à partir de la saison 2004/2005.
Reste à savoir si l’initiative UDC nuit vraiment économiquement aux clubs, comme le craint Beat Jans. CH Media (éditeur de watson) a analysé les 100 transferts les plus lucratifs de clubs suisses. Résultat: les joueurs suisses génèrent le plus de revenus (312 millions de francs), devant les joueurs de pays tiers (251 millions) et enfin les joueurs UE/AELE (153 millions).
Le transfert le plus cher de tous les temps a été réalisé par le FC Bâle: pour la saison 2016/17, l’attaquant Breel Embolo a été vendu au FC Schalke 04, en Allemagne, pour 26,5 millions d’euros (24 millions de francs).
Politiquement, ce n’est pas une bonne nouvelle pour Beat Jans , car le plus grand succès commercial du football suisse repose sur la formation nationale et non sur la libre circulation des personnes.
(adaptation en français: dal)
