Suisse à 10 millions: le Conseil fédéral se prépare au «oui»
Mercredi dernier, en pleine Berne fédérale, après la séance du gouvernement, une rumeur s’est répandue. Le Conseil fédéral aurait discuté du contre-projet face à l'initiative contre une Suisse à 10 millions d’habitants. Ensuite, le gouvernement a décidé de communiquer ceci: rien.
Contactée, la porte-parole du Conseil fédéral, Nicole Lamon, a expliqué qu’aucune information ne serait donnée sur les séances du Conseil fédéral si aucune communication n'était initialement prévue.
Pourquoi le vote du 14 juin prochain était-il un sujet au sein du gouvernement? Qu’ont discuté les conseillers fédéraux? Très vite, des théories farfelues ont circulé.
Deux points ont essentiellement attiré l'attention. Premièrement, le conseiller fédéral chargé de la Justice, Beat Jans (PS), a appelé ses collègues à s’engager activement dans cette campagne de votation. Est-ce parce que les sondages sur l'«initiative pour la durabilité», telle que l'UDC la nomme, laissent présager une course serrée?
L’appel de Beat Jans signifie que les autres conseillers fédéraux devront, d’ici la mi-juin, participer à des événements publics et intervenir dans les médias afin d’expliquer pourquoi l'initiative devrait être rejetée.
Les conseillers fédéraux doivent-ils militer?
Le projet de mobilisation du ministre de la Justice est d’autant plus remarquable que l’UDC lui reproche d’aller trop loin dans son rôle de responsable du dossier au sein du gouvernement.
Le parti estime ainsi que Beat Jans mène campagne plutôt que d’informer la population. Il mentionnerait à peine les arguments en faveur de la proposition, alors qu'en tant que conseiller fédéral, cela fait également partie de ses tâches.
Et selon l'UDC, Beat Jans tend à exagérer lors de ses mises en garde. Il a notamment déclaré:
Le conseiller fédéral rejette ces critiques de l’UDC, car il relève de sa responsabilité d’informer la population des conséquences d’un oui pour limiter la population suisse à 10 millions d'habitants. Car, en fin de compte, c'est elle qui devra en assumer les conséquences.
La communication fédérale va être modifiée
Le Conseil fédéral a par ailleurs convenu qu'en cas de oui, la réaction et la communication du gouvernement devraient être préparées de manière coordonnée entre les départements concernés.
En temps normal, un seul département prépare la manière dont la communication est effectuée le dimanche soir. Dans ce cas précis, le gouvernement estime que plusieurs conseillers fédéraux devraient s’en charger.
La restriction drastique de l’immigration réclamée par l’UDC concernerait en effet tous les départements à l’exception de celui de la Défense. L'initiative pour une Suisse à 10 millions toucherait aux relations de la Suisse avec l’Union européenne, au marché du travail, au système de santé, au financement des assurances sociales, aux infrastructures nationales, au marché du logement et à l’asile.
Le gouvernement dit vouloir présenter les effets concrets et les prochaines étapes qui suivraient un oui, y compris vis-à-vis de l’Union européenne. Il faut par ailleurs éviter une communication consistant à dire qu’il faudrait d’abord analyser la situation en détail. Du concret plutôt que des formules creuses.
Cet effort de coordination de la communication, ainsi que l’appel tardif de Beat Jans à ses collègues, montrent que le gouvernement pourrait être en train de se préparer à l’idée que les électeurs acceptent l’initiative de l'UDC.
Parmelin utilisé malgré lui?
Guy Parmelin (UDC) de son côté, s’est agacé d’un flyer du PLR concernant les votations, qui le citait à partir d’une interview dans un journal. Le président de la Confédération y déclarait:
Pour rappel, les libéraux-radicaux recommandent un non à la proposition de l'UDC.
Guy Parmelin et la Chancellerie fédérale sont finalement intervenus auprès du PLR. Urs Wiedmer, le chef de la communication du Département de l’économie, a déclaré:
Des représentants de l’UDC se sont agacé du fait que Beat Jans ait souligné à plusieurs reprises que Guy Parmelin, lui-même du parti agrarien, rejetait l’initiative pour une Suisse à 10 millions.
Personnellement, Guy Parmelin a toutefois dit soutenir naturellement l’«initiative de durabilité» lancée par son parti.
Traduit de l'allemand par Joel Espi
