Le Suisse qui avait alerté sur le fiasco du F-35 règle ses comptes
L’ancien directeur du Contrôle fédéral des finances (CDF), Michel Huissoud, avait averti, dès 2022, que le prétendu prix fixe des F-35 n’était pas garanti juridiquement. Aujourd’hui, les faits lui donnent raison. Dans une interview accordée à la NZZ, il règle désormais ses comptes avec le Département fédéral de la Défense et des Sports (DDPS) et ceux qui l’avaient critiqué.

Voir aujourd’hui que son avertissement était justifié lui procure une certaine satisfaction. Mais il regrette pour la population que le DDPS ait ainsi gaspillé des milliards. Il dit toutefois avoir l’habitude de ne pas être pris au sérieux par les responsables politiques suisses.
A ce sujet, le conseiller aux Etats bernois UDC et spécialiste des questions de sécurité Werner Salzmann justifie l’attitude des responsables politiques de l’époque par leurs doutes à l’égard du contrôleur des finances. Selon lui, ils n’avaient pas cru l’autorité dirigée par Michel Huissoud, car celui-ci s’était trop mêlé de politique et avait ainsi entamé la crédibilité du CDF. Interrogé sur cette attaque, Michel Huissoud répond, cinglant:
Le CDF avait, à l’époque, présenté des faits clairs, qui avaient été compris par de nombreux parlementaires. «Malheureusement, la majorité des membres de la commission, à commencer par les plus hauts gradés, n’avaient aucune envie de remettre ces contrats en question», déclare-t-il à la NZZ. Il soupçonne que l’initiative populaire «Stop F-35», qui était alors sur le point d’être déposée, ait joué un rôle.
«De gentils chiens de garde»
«Les personnes proches de l’armée semblent avoir beaucoup de mal à se remettre en question», explique Michel Huissoud au journal lorsqu’on lui demande pourquoi l’administration peine à prendre au sérieux les avertissements de ses propres contrôleurs. Cela pourrait s’expliquer par le fait qu’on attend davantage d’elles qu’elles suivent les ordres plutôt qu’elles ne les remettent en question.
Il poursuit:
Michel Huissoud tenait à ce que le CDF communique de manière offensive et publie ses rapports, car le Contrôle des finances joue un «rôle décisif dans le fonctionnement de la démocratie». La population obtient «ainsi la possibilité de contrôler directement la manière dont l’administration et les responsables politiques utilisent l’argent des contribuables». (trad. jah/hkl)
