«Un voisin m'a fait une sale remarque récemment, comme quoi je finançais indirectement Trump en achetant Tesla», s'agace Alain. Ce commercial nyonnais a acheté sa Tesla il y a des années. «Before it was cool», sourit-il. Avant de reprendre son sérieux.
C'est en revanche la déduction que font les gens à propos de ses valeurs en voyant son bolide qui le dérange. Alors il a pris les devants pour faire taire ses voisins: sur internet, il a commandé un autocollant annonçant la couleur.
Les stickers à coller sur sa voiture pour se distancer du trublion pullulent. Il suffit de taper «stickers tesla elon musk» sur Google pour tomber sur de nombreux sites proposant de tels pamphlets.
Thibaut a, lui aussi, collé un tel sticker derrière sa Tesla. «Mais je ne regrette pas d'avoir acheté cette voiture. Elle est géniale.»
Pour Elon Musk, la voiture est désormais électrique; Donald Trump, lui, préfère se moquer de ces bolides silencieux, bien trop propres pour mériter une place dans son programme politique. Mais les milliardaires, ces «amis» de circonstances, trouvent de quoi servir leurs propres ambitions dans cette drôle d'alliance. Et ça, de nombreux propriétaires de Tesla l’ont bien compris.
Si certains se fichent de ce qu’incarne le fantasque patron de l'entreprise de voitures électriques, d’autres regrettent l’achat d’un véhicule estampillé «Elon Musk».
Félix et Adrien, tous deux cadres dans des entreprises basées à Lausanne, ont longuement hésité à s'offrir une Tesla. «Pour l'utilisation qu'on a d'une voiture, une électrique aurait été parfaite», reconnaît Adrien. Mais les frasques et les propos transphobes du milliardaires ont eu raison du projet du couple.
Ils ont finalement renoncé à l'électrique. «Pour le moment, car aucune autre marque ne propose, aujourd'hui, de modèle qui nous plaît particulièrement», précise Félix.
Il est rejoint par Carmen. La jeune femme et son conjoint se sont renseignés sur les différentes voitures électriques. Mais le couple de Neuchâtelois a préféré partir sur deux petites citadines électriques plutôt qu'une Tesla. «Indépendamment du prix, c'est le fait que c'est trop connoté, pour moi», dit la spécialiste en marketing.
Son conjoint, Felipe, à la tête d'une entreprise dans le bâtiment, est plus nuancé. «Je comprends, mais je ne partage pas cet avis. C'est comme pour Twitter, quand Elon Musk a racheté la boîte pour l'appeler X et en faire un réseau social où chacun peut dire tout et n'importe quoi, tout le monde a appelé au boycott. Au final, presque tout le monde y est encore...» Et de souligner qu'il est un peu facile de boycotter «quand on n'a pas les moyens!».
Et de préciser que de toute façon, il ne trouve pas leurs formes particulièrement esthétiques.
Ces discussions et réflexions à la sauce «pour ou contre Elon Musk?» font doucement rire Michel. Le Genevois précise ne pas être particulièrement fan du personnage, mais se fiche de savoir ce que le patron de Tesla peut bien dire ou penser. «Qu'on aime ou pas le bonhomme, ça n'est pas la question. Si posséder une de ses voitures signifie qu'on cautionne ou valide certaines de ses lubies... Il faudrait l'appliquer partout dans ce cas; boycottons les produits chinois par exemple...». A ses yeux, cette position est hypocrite:
Pour lui, il s'agit «de débats stériles, de discussions de comptoir». «Et sous prétexte qu'il est fou, instable ou que sais-je, on doit l'empêcher d'aller dans l'espace avec SpaceX, aussi? Sans lui, la conquête spatiale serait encore en train de stagner», assène le Genevois.
«Il a débarqué avec ses fusées et mis un gros coup de pied dans la fourmilière. Encore une fois, qu'on aime ou qu'on déteste Elon Musk, peu importe: il pousse tous les fabricants automobiles à se renouveler, à se réinventer», conclut l'ingénieur. Qui continuera de rouler en Tesla «et sans un autocollant pour me dédouaner de quoi que ce soit».