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Les Alémaniques veulent serrer la vis contre le voile à l'école

Ecole à Suhr, secondaire 2A, en Argovie.
Ecole à Suhr, secondaire 2A, en Argovie.image: keystone

«Le PS est naïf sur le voile»: un ancien socialiste charge son parti

Coup sur coup, les parlements argovien et zurichois votent des motions interdisant le voile à l'école, contre l'avis minoritaire de la gauche. Protection des femmes pour les uns, stigmatisation des musulmans pour les autres, le débat ne trouve pas de compromis pour l'heure.
01.09.2026, 19:0901.09.2026, 20:29

Argovie il y a six jours et maintenant Zurich. Les parlements de ces deux cantons viennent de voter, coup sur coup, des motions pour l’interdiction du voile islamique à l’école. Il ne s’agit plus seulement de l’interdire pour les enseignantes, mais pour les élèves aussi. Dans les deux Grands Conseils, ce sont des majorités de droite et centre-droit, dont des vert’libéraux, qui l’ont emporté. Contre l’avis du PS et des Verts, et parfois d’élus du Centre.

Pour la spécialiste de l’islamisme en Suisse, la Suisso-Tunisienne Saïda Keller-Messahli, qui approuve ces décisions:

«La droite occupe un terrain abandonné par la gauche, qui a malheureusement retourné sa veste sur la question du voile»
Saïda Keller-Messahli

Elle ajoute: «Ces interdictions prononcées par les parlements argovien et zurichois ne sont bien sûr pas totalement dépourvues d’une dimension identitaire, surtout à l’UDC, mais la revendication du voile répond elle-même à une motivation, voire à une injonction identitaire. Il n’empêche, ces interdictions obéissent aussi et surtout à une volonté de protéger les jeunes musulmanes contre les discours réactionnaires de type islamiste, et la gauche n’est malheureusement pas au rendez-vous de ce combat-là.»

Les gouvernements argovien et zurichois sont à présent tenus de rédiger des lois en conformité avec les motions votées. Un parlementaire UDC zurichois menace de lancer une initiative s’inspirant de la loi française de 2004 interdisant les signes religieux ostensibles à l’école si l’exécutif devait faire durer les choses.

«Juridiquement inapplicable»

Cité par l’Agence télégraphique suisse (ATS), le PS zurichois juge une interdiction du voile à l’école «juridiquement inapplicable», car contraire à la liberté religieuse. Une élue socialiste du même canton, de confession musulmane, elle-même contre la motion votée, affirme:

«Certaines femmes portent le foulard parce qu'elles le souhaitent explicitement»
Une élue socialiste et musulmane zurichoise

Jusqu’en mars de cette année, le Saint-Gallois Bernhard Hauser était encore membre du Parti socialiste. Il en a démissionné après le changement de pied opéré par sa famille politique sur la question du voile des enseignantes musulmanes. C’était lors du congrès de Bienne.

Le congrès du revirement

Jusque-là opposé au port du voile islamique par les enseignantes au nom de l’émancipation de la femme, le PS adoptait une résolution déposée par le groupe «migrants-migrantes» du parti allant dans le sens inverse.

Bernhard Hauser:

«Je n’ai pas accepté que mon parti renonce, à cette occasion, à une vision laïque qui a toujours été celle de la gauche. D’autant que, pour citer mon canton, Saint-Gall, des efforts ont été faits ces dernières années pour ôter les signes religieux des établissements scolaires, de manière à accueillir les élèves et parents de culture non-chrétienne dans un environnement neutre.»
Bernard Hauser

C’est dans ce même canton de Saint-Gall qu’une enseignante a été licenciée en 2025 parce qu’elle refusait d’ôter son voile pour enseigner.

Inscrit depuis chez les Vert’libéraux, l’enseignant à la retraite Bernhard Hauser, président du conseil scolaire de Sargans, sa commune, affirme que «le Parti socialiste est naïf sur la question du voile».

«Le PS se laisse convaincre par des discours selon moi faussement inclusifs venant de la jeunesse du parti»
Bernhard Hauser

Si la gauche se positionne à présent pour le libre choix des enseignantes et élèves de porter le voile durant les cours, elle ne promeut pas pour autant le port du voile.

A ce propos, voici ce que conseiller national socialiste vaudois Samuel Bendahan pense des motions anti-voile à l'école adoptées en Argovie et dans le canton du Zurich:

«Ce qui compte, c'est l'égalité de traitement et l'absence de discrimination. Il faut donc, déjà, si une approche laïque s'impose, qu'elle soit appliquée de façon indépendante des convictions religieuse (turban, voile, kippa, etc..). En ce qui me concerne, je pense que proposer cette mesure uniquement pour le voile, c'est stigmatiser une partie de la population, et cela va contre la liberté et notre constitution.»
Samuel Bendahan

L'élu vaudois d'ajouter:

«D'ailleurs, l'interdiction a déjà été jugée anticonstitutionnelle par le TF en 2015, car c'est une atteinte disproportionnée à la liberté religieuse. Les écoles publiques doivent être neutres en ce qui concerne les symboles religieux, ce qui n'est plus le cas si on interdit un symbole en particulier.»
Samuel Bendahan

Sur le voile des élèves et des enseignantes, le Conseil fédéral se retranche derrière la compétence cantonale en matière d'instruction publique.

«La motion de l'UDC est islamophobe»

La conseillère nationale socialiste genevoise Laurence Fellmann Rielle dénonce de son côté une «motion islamophobe de l'UDC».

«Tout d’abord, je pense que cette motion de l’UDC est islamophobe tout comme leurs précédentes initiatives pour interdire les minarets et la burka qui est rarissime en Suisse. Sans être une partisane du port du voile, je pense qu’il est caricatural de penser qu’il est toujours porté sous la contrainte et ainsi contraire à l’égalité hommes-femmes. Il y a moult raisons qui guident ce choix. D’ailleurs ceux qui se prétendent les chantres de l’égalité comme l’UDC ne soutiennent aucune mesure concrète pour lutter contre les violences faites aux femmes.»

Laurence Fellmann Rielle estime que «le fait d’interdire aux jeunes filles de porter un foulard pour aller à l’école aura pour conséquence de les exclure des activités scolaires ce qui est injuste et absurde. Dernière remarque: il est préoccupant que l’on veuille toujours donner des injonctions vestimentaires aux femmes: trop long, trop découvert, etc.»

«Je dirais entre 0 et 3 élèves voilées par an»

Il n’existe apparemment pas de statistiques sur le nombre d’élèves voilées dans les sections secondaires de l’école obligatoire, celles qui sont principalement concernées par les motions votées dans les cantons de Zurich et Argovie.

«Le phénomène, quand il existe, reprend Bernhard Hauser, concerne surtout les grandes villes. A l’école secondaire de Sargans (6500 habitants), qui compte 180 élèves en tout, il y a je dirais entre zéro et trois élèves voilées par an.»

L’enseignant retraité n’est pas pour une interdiction absolue du voile des élèves à l'école. «Il ne faut pas que l’interdiction pousse à l’exclusion d’élèves du système scolaire. On peut réfléchir à des aménagements. Mais il importe que soit rappelé le principe d’une école laïque, où enseignants et élèves sont à l’abri de la pression du religieux.»

Joint par SMS et par téléphone, deux collaborateurs du Centre Suisse Islam et Société de l’Université de Fribourg n’ont pas donné suite ou pas souhaité répondre à nos demandes de réactions aux votes des motions argovienne et zurichoise.

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