Les socialistes suisses s'envoient des flèches sur ce thème ultra-sensible
L’antisémitisme était l’un des thèmes débattus lors du dernier congrès du PS à Bienne, le 28 février, le jour de l’attaque israélo-américaine contre la République islamique d’Iran. Un «sujet sensible» qui a fait l’objet d’une résolution présentée par le député socialiste au Grand Conseil d’Argovie, Stefan Dietrich. Son intitulé:
Ce 28 février, il fallait lire entre les lignes, et encore, c’était assez clair, pour comprendre que cette résolution entend aussi combattre l’antisémitisme venant de la gauche. Son «point 1» dit ainsi:
«L’antisémitisme est le socialisme des imbéciles»
Le coprésident du Parti socialiste suisse, Cédric Wermuth, qui appelait à voter cette résolution, a en quelque sorte enfoncé le clou en citant August Bebel. Cette figure de la social-démocratie allemande du 19e siècle, impatientée par les diatribes anti-juives de certains de ses camarades, avait défini l’antisémitisme comme «le socialisme des imbéciles».
Dans le même élan, comme pour éviter toute concurrence victimaire, Cédric Wermuth a prié les centaines de délégués présents au congrès biennois d’adopter une résolution contre le «racisme antimusulman», ce qui fut fait.
Celle contre l’antisémitisme a également passé la rampe facilement. Mais cette facilité cache mal les divisions qui déchirent une partie des militants socialistes sur Israël. Car c’est bien le rapport à l’Etat hébreu qui est au cœur de ce texte.
A notre connaissance, au moins deux délégations ont appelé, non pas à voter «non» à cette résolution, mais à s’abstenir. Les deux délégations en question sont la Jeunesse socialiste suisse (JS Suisse) et la délégation cantonale genevoise. A la tribune, tant le vice-président de la JS Suisse, Julien Berthod, que Sophie Wang, membre du comité directeur de cette même structure, ont dit leur opposition à une formulation, peut-être la plus sujette à polémique de la résolution, où il est dit qu’Israël, sous-entendu l’Etat, a le droit d’exister:
«Les Etats n’ont pas le droit à l’existence»
Un passage qui n’a pas convaincu la JS Suisse. Sophie Wang, à la tribune du congrès:
Sans nommer personne, la JS Suisse a dit s’opposer «à un narratif fasciste, accusatoire, qui pointe du doigt la gauche comme responsable des actes de violence (antisémite) intolérables». La Jeunesse socialiste suisse a à l’inverse «déploré que la résolution n’explicite pas que le narratif antisémite provient de la droite et de l’extrême droite».
A ce propos, le vice-président de la JS Suisse Julien Berthod, s’il reconnaît auprès de watson que «l’antisémitisme n’épargne aucune partie de la société», affirme que «sa matrice est à l’extrême droite». Et de fournir en exemple un ancien visuel de l’UDC suisse convoquant un trope antisémite.
Prenant la parole pour la section PS de la Ville de Genève, Yasmine Berrada a vivement critiqué la politique d’Israël vis-à-vis des Palestiniens, sans toutefois remettre en cause l’existence d’Israël:
Carlo Sommaruga a «invité à voter la résolution»
Pourtant peu avare de reproches envers Israël pour son traitement des Palestiniens à Gaza et dans les territoires occupés, le conseiller aux Etats genevois Carlo Sommaruga, présent au congrès de Bienne, «sollicité par des camarades qui critiquaient un passage de la résolution et se demandaient que faire», «les [a] invités à approuver la résolution», confie-t-il à watson.
Le sénateur genevois les a renvoyés «à la Déclaration de Jérusalem sur l’antisémitisme, signée par plus de 200 spécialistes en études juives et de la Shoah, d’Israël et du monde entier».
Les Guerrières pour la paix
La section PS de la Ville de Genève ne formait qu’une partie de la délégation genevoise au congrès biennois. Des délégués venant du bout du Léman ont ainsi approuvé la résolution contre l’antisémitisme. Comme Halima Delimi, membre du PS genevois, investie dans le dialogue israélo-palestinien, active dans les Guerrières pour la paix, un mouvement de femmes œuvrant pour la paix en terre sainte. Halima Delimi indique à watson vouloir «faire entendre la voix de ces femmes lors de la Grève féministe du 14 juin à Genève».
Joint par watson, Stefan Dietrich, le rapporteur de la résolution contre l’antisémitisme, déposée par cinq socialistes, dont la conseillère nationale zurichoise Priska Seiler Graf, affirme que le texte poursuit deux objectifs centraux:
Stefan Dietrich ajoute «un autre point important pour la précision dans les débats»:
Après des propos parfois pareils à des flèches décochées à la tribune, le congrès socialiste de Bienne s'est terminé par un «apéritif».
