Cette résolution contre l'antisémitisme crée des tensions au PS

Le député argovien Stefan Dietrich, qui portait la résolution. Sophie Wang, de la Jeunesse socialiste suisse, qui appelait à s'abstenir.
Le député argovien Stefan Dietrich, qui portait la résolution. Sophie Wang, de la Jeunesse socialiste suisse, qui appelait à s'abstenir.image: captures d'écran

Les socialistes suisses s'envoient des flèches sur ce thème ultra-sensible

Votée lors du congrès du PS à Bienne, une résolution contre l'antisémitisme, «y compris dans les rangs socialistes», a fait siffler les flèches à la tribune. watson a joint les deux bords opposés.
26.03.2026, 19:0126.03.2026, 22:30

L’antisémitisme était l’un des thèmes débattus lors du dernier congrès du PS à Bienne, le 28 février, le jour de l’attaque israélo-américaine contre la République islamique d’Iran. Un «sujet sensible» qui a fait l’objet d’une résolution présentée par le député socialiste au Grand Conseil d’Argovie, Stefan Dietrich. Son intitulé:

«Combattre l’antisémitisme avec détermination – en passant des paroles aux actes concrets»

Ce 28 février, il fallait lire entre les lignes, et encore, c’était assez clair, pour comprendre que cette résolution entend aussi combattre l’antisémitisme venant de la gauche. Son «point 1» dit ainsi:

«Le PS ne tolère aucune forme d’antisémitisme, que ce soit dans ses propres rangs, dans les organisations amies ou dans les alliances politiques – quelle que soit leur origine politique ou idéologique»
Extrait de la résolution contre l'antisémitisme

«L’antisémitisme est le socialisme des imbéciles»

Le coprésident du Parti socialiste suisse, Cédric Wermuth, qui appelait à voter cette résolution, a en quelque sorte enfoncé le clou en citant August Bebel. Cette figure de la social-démocratie allemande du 19e siècle, impatientée par les diatribes anti-juives de certains de ses camarades, avait défini l’antisémitisme comme «le socialisme des imbéciles».

Dans le même élan, comme pour éviter toute concurrence victimaire, Cédric Wermuth a prié les centaines de délégués présents au congrès biennois d’adopter une résolution contre le «racisme antimusulman», ce qui fut fait.

Celle contre l’antisémitisme a également passé la rampe facilement. Mais cette facilité cache mal les divisions qui déchirent une partie des militants socialistes sur Israël. Car c’est bien le rapport à l’Etat hébreu qui est au cœur de ce texte.

A notre connaissance, au moins deux délégations ont appelé, non pas à voter «non» à cette résolution, mais à s’abstenir. Les deux délégations en question sont la Jeunesse socialiste suisse (JS Suisse) et la délégation cantonale genevoise. A la tribune, tant le vice-président de la JS Suisse, Julien Berthod, que Sophie Wang, membre du comité directeur de cette même structure, ont dit leur opposition à une formulation, peut-être la plus sujette à polémique de la résolution, où il est dit qu’Israël, sous-entendu l’Etat, a le droit d’exister:

«Toute critique dirigée contre le gouvernement israélien et sa politique est tout aussi recevable que la critique visant le gouvernement et la politique de tout autre pays. Le droit à l’existence d’Israël ne doit pas pour autant être remis en question.»
Extrait de la résolution contre l'antisémitisme

«Les Etats n’ont pas le droit à l’existence»

Un passage qui n’a pas convaincu la JS Suisse. Sophie Wang, à la tribune du congrès:

«La mention du droit à l’existence d’Israël, un concept ni juridique ni légitime, est une provocation. Les Etats n’ont pas le droit à l’existence, la Suisse n’a pas le droit d’exister, la France non plus (…). Les peuples, en revanche, ont le droit d’exister. Et le peuple israélien et le peuple palestinien ont le droit d’exister, et c’est celui-ci que nous devons défendre.»
Sophie Wang, membre du comité directeur de la JUSO

Sans nommer personne, la JS Suisse a dit s’opposer «à un narratif fasciste, accusatoire, qui pointe du doigt la gauche comme responsable des actes de violence (antisémite) intolérables». La Jeunesse socialiste suisse a à l’inverse «déploré que la résolution n’explicite pas que le narratif antisémite provient de la droite et de l’extrême droite».

A ce propos, le vice-président de la JS Suisse Julien Berthod, s’il reconnaît auprès de watson que «l’antisémitisme n’épargne aucune partie de la société», affirme que «sa matrice est à l’extrême droite». Et de fournir en exemple un ancien visuel de l’UDC suisse convoquant un trope antisémite.

Prenant la parole pour la section PS de la Ville de Genève, Yasmine Berrada a vivement critiqué la politique d’Israël vis-à-vis des Palestiniens, sans toutefois remettre en cause l’existence d’Israël:

«Le droit à l’existence de l’Etat d’Israël (…), qui a été accordé à celui-ci en 1948, ne saurait justifier l’injustifiable et ne saurait servir de bouclier à des politiques contemporaines qui, elles-mêmes, font vivre aux Palestiniens et aux Palestiniennes l’horreur d’un génocide sur leur propre terre occupée.»
Yasmine Berrada, conseillère municipale (législatif) de la Ville de Genève

Carlo Sommaruga a «invité à voter la résolution»

Pourtant peu avare de reproches envers Israël pour son traitement des Palestiniens à Gaza et dans les territoires occupés, le conseiller aux Etats genevois Carlo Sommaruga, présent au congrès de Bienne, «sollicité par des camarades qui critiquaient un passage de la résolution et se demandaient que faire», «les [a] invités à approuver la résolution», confie-t-il à watson.

«Je leur indiqué que la lutte contre l’antisémitisme faisait partie des valeurs de base de la social-démocratie»
Carlo Sommaruga, conseiller aux Etats Ge

Le sénateur genevois les a renvoyés «à la Déclaration de Jérusalem sur l’antisémitisme, signée par plus de 200 spécialistes en études juives et de la Shoah, d’Israël et du monde entier».

Les Guerrières pour la paix

La section PS de la Ville de Genève ne formait qu’une partie de la délégation genevoise au congrès biennois. Des délégués venant du bout du Léman ont ainsi approuvé la résolution contre l’antisémitisme. Comme Halima Delimi, membre du PS genevois, investie dans le dialogue israélo-palestinien, active dans les Guerrières pour la paix, un mouvement de femmes œuvrant pour la paix en terre sainte. Halima Delimi indique à watson vouloir «faire entendre la voix de ces femmes lors de la Grève féministe du 14 juin à Genève».

Joint par watson, Stefan Dietrich, le rapporteur de la résolution contre l’antisémitisme, déposée par cinq socialistes, dont la conseillère nationale zurichoise Priska Seiler Graf, affirme que le texte poursuit deux objectifs centraux:

«Premièrement, la tolérance zéro envers l’antisémitisme, y compris dans les rangs socialistes. Deuxièmement, des actions concrètes, par exemple en matière de protection des institutions juives, de poursuites pénales, de prévention et d’éducation.»
Stefan Dietrich, député au Grand Conseil d'Argovie

Stefan Dietrich ajoute «un autre point important pour la précision dans les débats»:

«La critique de la politique du gouvernement israélien est légitime, mais elle ne doit jamais basculer dans des discours antisémites ni les reproduire»
Stefan Dietrich, député au Grand Conseil d'Argovie

Après des propos parfois pareils à des flèches décochées à la tribune, le congrès socialiste de Bienne s'est terminé par un «apéritif».

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