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Santé

Pourquoi il est illégal d'offrir des médicaments en Suisse

Ils offrent des médicaments anticancéreux sur Telegram: mauvaise idée
Il reste souvent des médicaments à la fin d'un traitement. Mais qu'en faire?Image: Shutterstock

Ils offrent des médicaments à 5000 frs au lieu de les jeter: c'est illégal

Dans les groupes Telegram, des particuliers donnent toutes sortes d'objets, y compris des médicaments. Les autorités tirent la sonnette d'alarme.
02.08.2026, 12:0202.08.2026, 12:04
Pascal Michel / ch media

Un lit d'enfant, une bouilloire ou même un paquet de farine entamé: sur Telegram, des groupes permettent à leurs membres de proposer toutes sortes d'objets à venir récupérer gratuitement.

Le groupe dédié à la ville de Zurich compte, par exemple, près de 35 000 membres. Dès qu'une annonce est publiée, les personnes intéressées se manifestent généralement en quelques minutes. Certains indiquent aussi très franchement ce qu'ils aimeraient obtenir gratuitement, comme un aspirateur Dyson vendu neuf près de 600 francs. Qui ne tente rien n'a rien.

Mais, au-delà de ces annonces parfois amusantes, des offres bien plus problématiques circulent aussi sur Telegram. Dans ce même groupe zurichois, une femme a récemment expliqué qu'elle souhaitait offrir des médicaments anticancer de Roche. Elle proposait notamment deux boîtes de Zelboraf, un traitement contre le mélanome, vendues 1610 francs pièce. Elle proposait également une boîte de Cotellic, un autre médicament anticancéreux de Roche, dont le prix dépasse les 5000 francs.

Vigilance particulière

Partir d'une bonne intention – personne n'a envie de jeter des médicaments coûteux encore utilisables – n'est pourtant pas sans risque. «S'agissant des traitements contre le cancer, la prise d'un médicament inadapté ou mal dosé peut avoir de graves conséquences sur la santé», écrit la Direction de la santé du canton de Zurich en réponse à notre demande.

Un suivi par un professionnel est indispensable. Les autorités soulignent en outre que, sur ce type de canaux en ligne, rien ne garantit l'authenticité des médicaments: il peut s'agir de contrefaçons dépourvues de principe actif ou contenant une substance non conforme.

Capture d'écran du groupe Telegram de la ville de Zurich: une femme fait don d'un médicament anticancéreux. Si l'intention est louable, la loi interdit ce type de don.
Donner des médicaments: une bonne intention, mais la loi l'interdit.Image: capture d'écran Telegram

L'autorité de contrôle des médicaments Swissmedic met également en garde contre les risques liés aux médicaments anticancéreux:

«La dose est adaptée au diagnostic, à la surface corporelle, aux autres fonctions de l'organisme ainsi qu'aux traitements administrés en parallèle. Les médicaments anticancéreux présentent souvent une marge thérapeutique étroite et nombre d'entre eux doivent être conservés sans rupture de la chaîne du froid, dans des conditions de stockage appropriées.»

Dans le pire des cas, ils peuvent être inefficaces ou provoquer des effets indésirables graves, en particulier chez les patients dont le système immunitaire est affaibli.

Les dons de médicaments sur ordonnance sont illégaux

C'est pour toutes ces raisons que la Suisse interdit de céder des médicaments soumis à ordonnance. «Cette interdiction vaut également lorsqu'ils sont donnés gratuitement. En principe, seuls des établissements autorisés sont habilités à délivrer des médicaments», rappelle la Direction de la santé du canton de Zurich.

Les autorités cantonales ne disposent d'aucune statistique sur le nombre de médicaments distribués illégalement via des groupes Telegram. Elles assurent toutefois donner systématiquement suite aux signalements et prendre les mesures nécessaires. Celles-ci comprennent notamment des vérifications, la demande de retirer l'annonce et de cesser toute distribution, ainsi que, le cas échéant, la saisie des médicaments et leur élimination dans les règles. La Direction de la santé du canton de Zurich précise:

«En cas de soupçon d'infraction pénale, le dossier est transmis aux autorités de poursuite pénale compétentes»

Les administrateurs du groupe Telegram zurichois savent eux aussi que les médicaments ne peuvent pas être donnés. La description du groupe précise d'ailleurs: «Pas de médicaments.» Impossible toutefois de savoir comment cette règle est appliquée. L'un des administrateurs contactés n'a pas répondu à nos questions.

L'annonce proposant les médicaments anticancéreux a depuis disparu. Il en va de même pour une boîte entamée de pilules contraceptives, que quelqu'un avait mise en ligne peu après.

Que faire alors des médicaments dont on n'a plus besoin? Les autorités recommandent de les rapporter là où ils ont été obtenus, c'est-à-dire chez le médecin ou en pharmacie. Ils ne doivent en aucun cas être jetés avec les ordures ménagères, ni dans les toilettes ou le lavabo.

Peut-on éviter les surplus de médicaments?

Les annonces publiées sur Telegram soulèvent une question de fond: les boîtes de médicaments sont-elles trop grandes? Ou les médecins prescrivent-ils des quantités trop importantes?

L'Office fédéral de la santé publique (OFSP) souligne qu'il demande aux fabricants de proposer des boîtes plus petites, notamment au début d'un traitement de longue durée. C'est par exemple le cas des médicaments contre l'hypertension.

«Des formats réduits permettent, lorsqu'un traitement est interrompu en raison d'effets secondaires ou parce qu'il n'est plus nécessaire, de limiter au maximum les quantités de médicaments à éliminer.»

Une autre mesure permettrait de réduire à la fois le gaspillage et les coûts: délivrer exactement le nombre de comprimés nécessaires. Mais les choses ne sont pas si simples, comme le montre l'exemple des antibiotiques. La Confédération a récemment mis en consultation un projet en ce sens. Il prévoit d'encourager les médecins à ne remettre que le nombre exact de comprimés prescrits. Les médicaments restants pourraient ensuite être réutilisés pour un autre patient.

Cette mesure ferait baisser de 4,5 millions de francs par an les coûts de l'assurance de base. En contrepartie, les pharmacies devraient reconditionner et stocker les comprimés, ce qui entraînerait des coûts supplémentaires supérieurs aux économies réalisées. Au final, la mesure générerait environ 600 000 francs de coûts additionnels par an. L'OFSP estime toutefois que cet effort se justifie, car il contribuerait à freiner le développement des résistances aux antibiotiques.

En attendant que de meilleures solutions voient le jour, les médecins et les pharmaciens sont sans doute les mieux placés pour agir. Selon l'OFSP, ils sont tenus de délivrer la quantité de médicaments la plus adaptée au traitement. Comme pour les groupes Telegram, les contrôles relèvent de la compétence des cantons. (trad.: mrs)

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