Ce sextoy vous rendra stérile, mais le problème est ailleurs
Dans des vestes de pluie, des sandales de bain, une gourde pour enfants ou des sextoys, les phtalates sont partout. Ce sont des plastifiants qui rendent le plastique souple, dont l'utilisation est en principe strictement encadrée. Et certaines substances sont même totalement interdites.
Mais manifestement, de nombreux fabricants, importateurs et vendeurs ne respectent pas les recommandations en vigueur. Rien que cette année, neuf produits ont déjà dû être retirés du marché. Toujours avec la mention d’«effets négatifs sur la reproduction», comme l’indiquent les avertissements. L’automne dernier déjà, huit rappels avaient été enregistrés.
Les rappels concernent aussi bien des commerçants en ligne que de grands distributeurs. Tapis, trousses de maquillage ou encore sextoys sont concernés et les communiqués précisent:
Une campagne de contrôle d’envergure
Pourquoi une telle multiplication des cas? La réponse est simple: les contrôles se sont intensifiés. Les services cantonaux spécialisés dans les produits chimiques ont mené une action ciblée sur les objets du quotidien en plastique afin d’y détecter des plastifiants interdits. Yves Parrat, chimiste cantonal de Bâle-Ville, est responsable de ce type de contrôles.
Les chiffres qu’il avance sont frappants: 1 669 produits ont été contrôlés l’an dernier à l’aide de stations mobiles. Parmi eux, 201 cas ont nécessité des analyses approfondies. A l’issue de ces examens, 107 produits ont fait l’objet d’une interdiction de vente. Pour 33 d’entre eux, jugés particulièrement dangereux, un rappel public a été ordonné.
Le problème tient au fait que certains phtalates ont un effet hormonal, ce qui peut, dans certaines conditions, influencer la reproduction. Selon le chimiste, ces substances ne sont pas des poisons aux effets immédiats visibles, mais elles peuvent, sur la durée, affecter la fertilité: «Il faut donc éviter tout contact avec ces substances.»
Yann Parrat se dit lui-même surpris par ces résultats:
Plus de 6% des objets testés contenaient des substances interdites. «C’est clairement trop», ajoute-t-il.
Temu, Shein ou Aliexpress échappent aux contrôles
Il souligne également que les autorités ne peuvent pas intervenir dans l’un des domaines les plus sensibles: le commerce en ligne étranger, notamment en provenance de Chine.
Face à des plateformes comme Temu et d’autres vendeurs à bas prix, les moyens juridiques font défaut. Or, les contrôles et enquêtes montrent régulièrement que ces produits contiennent souvent des substances interdites.
C’est aussi pour cette raison que lui et ses collègues ont décidé de concentrer leurs efforts sur les phtalates:
Mais ceux-ci sont parfois eux-mêmes trompés par les fabricants: dans certains cas, des certificats attestant l’absence de substances interdites ont été présentés, alors que les contrôles ont prouvé le contraire.
Pourquoi, sur les 33 rappels publics, seuls 16 ont-ils été publiés jusqu’à présent? Le chimiste bâlois explique: «Malheureusement, tous les rappels ne doivent pas nécessairement être rendus publics.» Lorsque les produits ont été vendus exclusivement en ligne, le vendeur doit «seulement» informer les acheteurs par e-mail ou courrier. Une situation qu'il regrette:
Yann Parrat et ses collègues des laboratoires cantonaux entendent poursuivre leurs efforts:
Probablement plus sous forme d’une action nationale coordonnée, mais à l’échelle cantonale. (trad. hun)
