Pourquoi ces boîtes roses vont se répandre en Suisse
Podcasts vidéo, formats courts sur les réseaux sociaux: la Confédération veut atteindre les jeunes de 16 à 26 ans «dans leur langage et sur les canaux qu'ils utilisent» pour leur parler de la santé sexuelle et des moyens de la préserver. Elle a lancé vendredi sa nouvelle campagne «Love life».
Chaque année en Suisse, quelque 90 000 jeunes vivent leurs premières expériences sexuelles, selon l'Office fédéral de la santé publique (OFSP). Dans le même temps, ces adolescents et jeunes adultes font parfois partie des groupes de population à risque élevé de contracter le VIH ou d'autres infections sexuellement transmissibles (IST).
Devant les médias à Berne, la directrice de l'OFSP Anne Lévy a rappelé que la Suisse a fait office de pionnière il y a une quarantaine d'années dans la prévention du VIH et des hépatites virales.
Une omniprésence des contenus sexualisés
La nouvelle campagne s'adresse donc spécifiquement aux jeunes, afin de les sensibiliser de manière précoce au «safer sex» (sexe sans risque). Parham Sendi, infectiologue et responsable de la division Maladies transmissibles à l'OFSP, a trouvé important que toute la population en Suisse soit dès le plus jeune âge informée sur les moyens de se protéger contre les IST.
Yaël Meier, cofondatrice de l'agence ZEAM, qui s'est chargée d'élaborer la campagne, a relevé que les adolescents sont aujourd'hui en permanence confrontés, souvent de manière non sollicitée, à des contenus sexualisés sur les réseaux sociaux. Cette omniprésence et cette hypersexualisation ne comblent pas pour autant le manque de repères, les informations restant limitées.
Un quart des jeunes ne peut nommer correctement les moyens de protection contre les IST, selon Meier. Et un cinquième d'entre eux seulement connaît des moyens de protection autres que le préservatif.
L'OFSP estime donc que ces jeunes ont besoin d'informations fiables pour renforcer leurs connaissances en matière de santé sexuelle. La nouvelle campagne allie information, divertissement et dialogue, sur la base des questions, des expériences et des thèmes soulevés par le groupe cible.
Des «storyholes» dans différentes régions
Dans le détail, la campagne fournit des informations concrètes, pratiques et faciles à comprendre sur ces thématiques, en complément des connaissances transmises à l'école. Des spécialistes élaborent des contenus sur la base de données factuelles. Un groupe d'accompagnement composé de personnes du public cible donnera régulièrement son avis sur le dispositif.
La campagne sera menée sur les réseaux sociaux, mais aussi dans la vraie vie, via des boîtes physiques mobiles appelées «storyholes». Ces boîtes seront installées dans des lieux fréquentés par les jeunes, dans différentes régions de la Suisse, a précisé Yaël Meier.
Ces derniers pourront y soumettre, partiellement anonymement, leurs expériences, questions et préoccupations. Les contributions recueillies seront prises en compte pour la suite de la campagne.
Celle-ci renverra en outre à des offres complémentaires telles que le «safer sex check». Plutôt que de donner des règles générales, cet outil pose des questions sur les pratiques et les habitudes individuelles pour offrir des conseils adaptés et des recommandations de dépistage ou de vaccination contre les IST.
La sensibilisation s'adresse à tous les groupes d'âge
Le Conseil fédéral a adopté en novembre 2023 le programme national «Stop au VIH, aux virus des hépatites B et C et aux infections sexuellement transmissibles». L'objectif est, d'ici 2030, de stopper la transmission du VIH ainsi que des hépatites B et C et de diminuer l'incidence des autres IST.
La Confédération mène depuis les années 1980 et l'apparition du Sida des campagnes à ce sujet. Même si la nouvelle campagne se focalise sur les adolescents et les jeunes adultes, la sensibilisation continue à s'adresser à tous les groupes d'âge, a commenté Lévy.
L'OFSP n'a pas fixé d'objectifs chiffrés. Le but est de renforcer les compétences autour de la santé sexuelle et de faire connaître de plus en plus la marque «Love life» ainsi que le «safer sex check».
Une nombre d'IST stable
La nouvelle campagne démarre immédiatement, mais les podcasts vidéo ne seront disponibles qu'à partir du printemps 2027. Elle est menée conjointement par l'OFSP, l'Aide Suisse contre le Sida et Santé sexuelle Suisse. Le budget annuel pour la période 2026-2029 est d'environ 450 000 francs.
L'OFSP a encore donné quelques chiffres sur les différentes IST. Globalement, le nombre de cas diminue ou est stable. En 2025, 387 cas confirmés de VIH ont été déclarés à l'OFSP. Pour cette même année, le nombre de cas s'est monté à 1186 pour l'hépatite B, à 972 pour l'hépatite C, à 1165 pour la syphilis, à 6894 pour la gonorrhée et à 12'707 pour la chlamydiose.
Ces IST ne mènent aujourd'hui plus autant qu'avant à des décès, selon Anne Lévy. Toutefois, certaines personnes doivent suivre un traitement médical à vie. Faire campagne contre ces IST permet d'éviter les coûts élevés de ces traitements, mais cela permet aussi aux individus concernés de mener une longue vie saine, a complété Sendi. In fine, la santé publique en bénéficie. (jzs/ats)
