Cette Suissesse a été réanimée neuf fois: «C'est un miracle»
Dans le salon de la maison familiale, un petit sapin de Noël scintille. A côté de lui, un vélo d'appartement. Gabi Essig est assise à la table à manger et sourit. Sa voix est claire, mais elle parle lentement, ses phrases sont saccadées. «De l'exercice, ça j'y arrive. Mais rien d'autre. J'aimerais pouvoir faire quelque chose», avoue-t-elle.
Il y a encore un an, bouger était une évidence pour elle. Aujourd'hui, elle a besoin d'aide, même pour les tâches les plus simples. A 53 ans, elle vit avec de graves problèmes de santé suite à une crise cardiaque aiguë. Sa fonction cardiaque n'est plus que de 20% environ. Elle voit mal et souffre de graves troubles moteurs et neurologiques. Les petites choses du quotidien lui sont difficiles, explique son mari David, avant d'ajouter:
Quand Gabi appelle son époux tôt le matin du 14 février 2025, celui-ci sent immédiatement que quelque chose ne va pas. Elle se plaint de douleurs dans le bras gauche et d'une pression sur la poitrine. David est déjà au travail, à dix minutes de son domicile. Il laisse tout en plan, rentre chez lui et prend la tension de sa femme: 217/134. «Incroyable», dit-il. Ils prennent rapidement la route pour l'hôpital cantonal. Aux urgences, Gabi est immédiatement prise en charge.
Survient alors un événement qui restera gravé dans la mémoire de David. Pendant que sa femme est branchée à l'électrocardiogramme, il commence à lui retirer ses chaussures et sa montre. David se souvient:
Réanimation, défibrillateur, «tout le monde dehors, comme dans les films», raconte-t-il. Elle reprend ses esprits, le regarde et lui demande: «Que s'est-il passé?» Il lui répond que ça va aller. Quelques secondes plus tard, son cœur s'arrête à nouveau. Ce sont les derniers mots qu'il entendra de sa femme pendant des mois.
Irruption inattendue de la maladie
Jusqu'alors, Gabi menait une vie on ne peut plus saine. Elle était sportive, disciplinée et surveillait son alimentation. Une vie parfaitement sous contrôle. David énumère:
Mais ce vendredi 14 février, sa vie bascule soudainement. En cause: une déchirure de la paroi interne de deux artères coronaires. De quoi entraîner un infarctus ou une mort cardiaque subite. «C'est extrêmement rare», prévient David. Aujourd'hui encore, il aimerait comprendre pourquoi cela est arrivé à Gabi:
Après l'incident, le cauchemar médical commence. A l'hôpital, à Baden, la quinquagénaire subit plusieurs arrêts cardiaques. On la réanime six fois. Trois jours plus tard, elle est transférée par hélicoptère à l'hôpital universitaire de Zurich où elle subit un triple pontage coronarien, puis une pose de clip mitral. Selon son mari, une erreur s'est produite sur la machine cœur-poumon (ECMO) lors de la première intervention. Son cerveau a été gravement sous-alimenté pendant près d'une demi-heure et il aura fallu trois réanimations. Elle aura également subi plusieurs petits accidents vasculaires cérébraux et des ischémies.
Après plusieurs semaines aux soins intensifs et dans le coma, Gabi est transférée dans une unité de surveillance. Nouvelle erreur: elle chute et s'ouvre le nez. Ce qui provoque une hémorragie cérébrale et des lésions neurologiques supplémentaires.
Elle passe 310 jours dans des hôpitaux et des cliniques de rééducation. Son mari passe des heures à son chevet. Il tient méticuleusement un journal, espère, désespère, tient bon:
Les médecins gardent espoir. Et Gabi s'accroche.
Plus que 20% de fonction cardiaque
Outre des soucis de santé, il a aussi fallu régler des questions juridiques. Le couple n'était alors pas marié, Gabi avait la garde exclusive des deux filles, Lia (17 ans) et Lynn (13 ans). Ils ont finalement décidé de s'unir cet été. «Gabi pourra ainsi rester dans la maison s'il m'arrivait quelque chose», précise David. Mais la famille a déboursé des dizaines de milliers de francs en expertises, procurations et autres assurances. Elle n'a eu droit à aucune aide financière.
L'Argovienne est rentrée chez elle le 20 décembre. Eveillée, présente, aimable, reconnaissante, «mais pas autonome et un peu craintive», décrit son mari. Tant médicalement que psychologiquement, elle ne peut s'en sortir sans une structure quotidienne stable. A partir de janvier 2026, elle fréquentera donc un centre de jour de la Croix-Rouge.
58 000 francs déjà récoltés
Il ne reste qu'à organiser le transport. A 53 ans, elle ne peut pas se rendre seule à Aarau, où se situe le centre. «Impossible d'y aller en transports publics. Et un service privé coûte entre 3200 et 4300 francs par mois», précise son mari. Ni l'AI, ni la caisse maladie, ni la commune ne prennent en charge ces frais. Des demandes ont été déposées auprès de divers organismes, qui ne les ont pas encore traitées:
Son mari a lancé dimanche une campagne de financement participatif sur la plateforme Gofundme. Il souligne que ce n'est pas par manque de moyens, mais par principe:
L'engouement impressionne: dès le premier jour, près de 30 000 francs ont été récoltés, et ce mercredi 21 décembre, le montant atteignait déjà 58 000 francs. Les dons proviennent non seulement de particuliers, mais aussi d'associations et d'entreprises. «Cette solidarité est tout simplement incroyable», s'émerveillent les époux.
Les derniers mois ont été extrêmement éprouvants pour eux. Leurs deux filles ont également dû faire des sacrifices. «J'ai été très souvent absent, mais elles gèrent très bien cette situation difficile», estime David. Son employeur l'a également beaucoup soutenu, ce qui ne va pas de soi.
Grâce au financement participatif, le transport vers Aarau est désormais assuré pour les mois à venir. Ensuite, on verra. Une nouvelle intervention est prévue en janvier: on lui implantera un défibrillateur à Zurich. Néanmoins, David et ses deux filles sont avant tout reconnaissants:
Traduit et adapté par Valentine Zenker
