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Santé

Hantavirus: les symptômes à surveiller au retour de voyage

Hantavirus: «les autorités suisses prennent cette affaire très au sérieux»

Cette maladie rare mobilise déjà les autorités sanitaires suisses.
Une équie médicale arrive pour évacuer des patients du paquebot MV Hondius dans un port de Praia, au Cap-Vert, le mercredi 6 mai 2026.Image: montage watson avec agences
Trois morts sur un bateau de croisière, un cas confirmé en Suisse: le spécialiste de la médecine des voyages Jan Fehr fait le point sur les risques réels.
07.05.2026, 11:4407.05.2026, 13:05
Kilian Marti
Kilian Marti

Trois personnes sont mortes après une épidémie d’hantavirus sur un bateau de croisière, tandis qu’un cas a été confirmé en Suisse. La souche des Andes, rare mais transmissible entre humains dans certaines conditions, ravive les inquiétudes sanitaires et le sinistre souvenir du Covid. Le professeur zurichois Jan Fehr, spécialiste des maladies infectieuses et de la santé mondiale, explique pourquoi la situation reste très différente d’une pandémie précédente.

Trois personnes sont décédées à la suite d’une épidémie d’hantavirus sur un bateau de croisière, et un cas a désormais été confirmé en Suisse. Cet événement est-il si exceptionnel?
Jan Fehr: Dans le contexte des voyages en particulier, il s’agit d’un événement très rare pour nous, spécialistes de la médecine des voyages.

«Certes, il existe également en Europe des hantavirus transmis par les rongeurs»

Mais les infections sont souvent asymptomatiques ou bénignes, et selon l’état actuel des connaissances, il n’y a pas de transmission interhumaine.

Portrait
Jan Fehr est professeur de santé mondiale et de mobilité à l’Université de Zurich. Il dirige le département de santé publique et mondiale et est médecin-chef du Centre de médecine des voyages et du Centre de référence en matière de vaccination. Il est également codirecteur du Centre collaborateur de l’OMS pour la santé des voyageurs.
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Le Dr Jan FehrBild: keystone

Les Hôpitaux universitaires de Genève ont identifié la souche d’hantavirus qui serait responsable des décès: il s’agit de la souche des Andes. Que sait-on à son sujet?
Le virus Andes peut, dans de rares cas, se transmettre d’une personne à l’autre. Les personnes atteintes peuvent développer des formes graves accompagnées d’une atteinte pulmonaire. Dans ce cas, le système cardiovasculaire et l’ensemble de l’organisme sont également touchés.

Comment se produit cette transmission interhumaine?
En cas d'atteinte pulmonaire, une personne malade peut transmettre le virus par les voies respiratoires, via des gouttelettes ou des aérosols.

Quel type de contact faut-il pour que ce virus se transmette?
Il faut un contact étroit et prolongé. Ce n’est pas comme pour le SARS-CoV-2, où quelques minutes dans un bus peuvent suffire à contaminer son voisin.

«La transmission interhumaine a pu être bien étudiée lors d’une épidémie en Argentine»

Elle a fait l’objet d’une publication en 2020 dans une revue spécialisée de renom. Après une fête d'anniversaire réunissant une centaine de personnes, il est apparu que les personnes contaminées étaient principalement celles qui s'étaient assises pendant un certain temps à proximité de la personne déjà malade.

Une Néerlandaise, qui a ensuite été testée positive, se trouvait à bord d’un vol reliant Sainte-Hélène à Johannesburg. L’OMS recherche désormais d’autres passagers de ce vol. Comment évaluez-vous le risque de transmission dans un avion?
Dans un avion, la situation peut être similaire si les passagers sont assis à proximité les uns des autres pendant plusieurs heures. C’est pourquoi il semble judicieux de poursuivre les investigations.

Beaucoup entendent «transmissible entre êtres humains» et pensent immédiatement au coronavirus. Que pensez-vous de cette comparaison?
Nous ne sommes absolument pas en situation de pandémie. Il s’agit d’une situation fondamentalement différente. A l’époque, nous avions affaire à un virus très contagieux qui se propageait comme une traînée de poudre. De nombreuses infections passaient inaperçues ou se manifestaient de manière bénigne chez les personnes en bonne santé. Il en va autrement avec le virus des Andes: la plupart du temps, les personnes atteintes présentent des symptômes, sont effectivement malades et ne ne sortent plus dans les lieux publics.

L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) estime que le risque pour la population suisse est faible. Dans le même temps, la personne actuellement en traitement était rentrée en Suisse quelques jours avant son admission à l’hôpital. Peut-on supposer que tous les contacts à risque sont retracés – et pas seulement dans l’avion?
Les autorités cantonales vérifient actuellement si ce patient a été en contact avec d’autres personnes pendant son voyage alors qu’il était déjà malade. Nous connaissons cette procédure grâce au traçage des contacts mis en place pendant la pandémie de coronavirus.

«D’après les informations dont je dispose, les autorités prennent cette affaire très au sérieux et la traitent avec la plus grande rigueur»

L’épouse du patient était également présente lors du voyage. Selon les informations officielles, elle ne présente pour l’instant aucun symptôme et a décidé de s’isoler par mesure de précaution.

Combien de temps doit durer cet isolement?
On estime que la période de contagion est relativement courte: généralement une à deux semaines à compter de l'apparition des symptômes. Cela peut varier d'un individu à l'autre, en fonction de la charge virale, des défenses immunitaires de la personne exposée et de l'évolution de la maladie.

A quoi les voyageurs de retour d’Amérique du Sud doivent-ils prêter attention actuellement? Quels sont les symptômes à surveiller?
C’est sans doute le message le plus important, outre celui de ne pas céder à la panique:

«Si une personne présente de la fièvre et des symptômes grippaux, c’est-à-dire des maux de tête, des nausées ou des courbatures, et qu’elle a récemment voyagé dans des régions tropicales, elle doit consulter un médecin.»

Cette recommandation ne date pas des derniers cas d’hantavirus. D’autres maladies dangereuses, telles que le paludisme ou les infections bactériennes, restent beaucoup plus fréquentes. Elles doivent être diagnostiquées et traitées rapidement.

Existe-t-il un traitement spécifique pour les hantavirus?
Il s'agit avant tout d'un traitement symptomatique. Il n'existe pas vraiment de traitement ciblant directement l'agent pathogène, comme c'est le cas par exemple pour le paludisme.

«Il existe des traitements expérimentaux qui peuvent fonctionner»

Mais de manière générale le traitement des symptômes est très important. Si une personne tombe gravement malade, elle doit pouvoir bénéficier rapidement d’une prise en charge hospitalière de qualité, dispensée par des spécialistes et si nécessaire en soins intensifs. Le corps humain est souvent capable de se rétablir de lui-même, mais il faut l’aider dans ce processus.

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