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Un détail du parcours du tireur jurassien fait réagir un expert

Fusillade d’Aarau: ce détail sur le tireur est «totalement aberrant»

L'auteur présumé de la fusillade d'Aarau avait refusé une thérapie. Un spécialiste explique ce que les établissements psychiatriques pourraient améliorer.
12.09.2026, 15:5012.09.2026, 16:58
Andreas Maurer

Julien G., l'auteur présumé de la fusillade d'Aarau, avait été traité pour schizophrénie, il y a une vingtaine d'années. C'est ce qu'a déclaré son père au Quotidien Jurassien. Mais son fils aurait interrompu son traitement et se serait isolé.

Pour mieux comprendre ce que ce diagnostic peut changer dans l'analyse de son acte, nous avons interrogé le psychiatre Josef Sachs, 77 ans. Il a créé la clinique de psychiatrie forensique de Königsfelden, en Argovie, qu'il a dirigée pendant 25 ans. Considéré comme l'un des experts les plus reconnus de Suisse, il a largement contribué au développement de la psychiatrie forensique dans le pays.

En quoi ce diagnostic change-t-il votre appréciation de l'auteur présumé?
Josef Sachs: Nous n'avons plus à chercher en priorité des motivations relevant de la psychologie ordinaire, comme une déception personnelle. Son acte trouve probablement son origine dans la maladie: des idées délirantes ou de persécution, peut-être aussi des voix qui lui ordonnaient de faire quelque chose

Qu'est-ce qui caractérise la schizophrénie paranoïde?
Elle apparaît généralement entre 20 et 30 ans et évolue par poussées. Elle se caractérise notamment par des troubles de la pensée et des émotions, des idées délirantes ou des hallucinations.

«Les personnes concernées ont l'impression que la frontière entre leurs pensées et le monde extérieur devient perméable»

Elles ont le sentiment que leur pensée est contrôlée de l'extérieur et qu'elles sont à la merci de forces extérieures. C'est pourquoi elles ont souvent tendance à se replier sur elles-mêmes.

Un psychiatre expérimenté
Josef Sachs, 77 ans, a créé la clinique de psychiatrie forensique de Königsfelden, qu’il a dirigée pendant 25 ans. Considéré comme l’un des experts les plus reconnus de Suisse, il a contribué à façonner la psychiatrie forensique dans le pays.
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Image: dr

Une personne gravement malade peut-elle vivre recluse pendant des années sans que personne ne s'en aperçoive?
Tout à fait. L'entourage a souvent tendance à laisser tranquille une personne qui vit en retrait. Le contact est souvent difficile: les personnes atteintes de schizophrénie paranoïde parlent peu ou répondent à côté. Il faut malgré tout aller vers elles. Beaucoup finissent par s'isoler, alors que les contacts sociaux leur feraient du bien.

Que peut faire une famille lorsqu'une personne refuse une thérapie et des médicaments?
C'est particulièrement difficile pour les proches en raison de la proximité affective. D'après les déclarations du père, les parents avaient gardé le contact et proposé à plusieurs reprises leur aide à leur fils. Mais il ne s'ouvrait pas à eux.

Quels signaux d'alerte les proches doivent-ils prendre au sérieux?
La situation devient critique lorsqu'une personne se replie de plus en plus sur elle-même tout en exprimant des sentiments hostiles ou des idées délirantes à l'égard de certaines personnes ou de certains groupes. Le risque augmente encore en cas de consommation excessive de drogues ou d'alcool.

Julien G. possédait une kalachnikov et deux pistolets. Les personnes atteintes d'un trouble aussi grave peuvent-elles être autorisées à posséder des armes?
Non. C'est totalement aberrant et incompréhensible. Si le Bureau des armes du canton du Jura avait eu connaissance de son trouble psychique, il aurait dû, à mon avis, demander une expertise. Peut-être que sa maladie n'était pas connue et qu'il est passé sous les radars.

«Mais un trouble de ce type constitue une contre-indication absolue à la possession d'armes»

Il avait acquis légalement ses armes à une époque où la législation était moins stricte. Etait-ce une erreur de ne pas avoir réexaminé la situation des détenteurs d'armes concernés?
Oui. L'accès aux armes était autrefois beaucoup trop laxiste. Il faudrait désormais contrôler tous les détenteurs qui ont acquis leurs armes à cette époque.

Après un tel acte, on peut avoir l'impression que les personnes atteintes de schizophrénie sont dangereuses. Quel est réellement le risque?
La grande majorité, soit 90%, n'est pas plus dangereuse que le reste de la population. Il existe toutefois un petit sous-groupe à risque: les personnes qui ont des idées délirantes dirigées contre certaines personnes ou certains groupes, ainsi que celles qui consomment en plus des drogues hallucinogènes, du cannabis ou beaucoup d'alcool. Le risque est particulièrement élevé en l'absence de traitement

Les médicaments suffisent-ils?
Non. Il faut des médicaments, une psychothérapie et une sociothérapie. Lors des consultations de psychoéducation, les personnes concernées apprennent à reconnaître les signes avant-coureurs et les rechutes. La sociothérapie structure le quotidien et lutte contre le repli social. Une personne qui vit seule et n'a aucun échange avec les autres peut s'enfoncer toujours davantage dans ses idées délirantes.

«Et personne ne remarque alors que la maladie s'aggrave»
Marche blanche à Aarau après la fusillade.
Une marche blanche a été organisée à Aarau après la fusillade. image: Valentin Hehli

La police a perquisitionné le domicile des parents, mais ne les a pas interrogés sur l'état psychique de leur fils. Est-ce une omission?
Personnellement, je les aurais interrogés à ce sujet, ainsi que sur d'éventuels conflits et sur une consommation de drogues ou d'alcool. Le suspect était toutefois déjà en détention et le danger immédiat avait été écarté. Ces questions devront être clarifiées dans le cadre de la procédure pénale, à l'aide d'une expertise psychiatrique.

Pensez-vous que le suspect pourrait être pénalement irresponsable?
Un auteur est pénalement irresponsable si son acte peut s'expliquer par sa maladie psychique. Dans ce cas, le tribunal ordonne un traitement plutôt qu'une peine. Mais les personnes atteintes de schizophrénie peuvent aussi agir pour des motifs relevant de la psychologie ordinaire et être pénalement responsables.

«C'est à la procédure de l'établir»

Le terme de tuerie de masse reste-t-il approprié?
Oui. Il décrit le déroulement des faits: une personne s'en prend soudainement à des inconnus. Beaucoup d'auteurs de ce type de tuerie souffrent de troubles psychiques. Le terme «tuerie de masse» décrit la manière dont les faits se sont déroulés. La schizophrénie pourrait expliquer pourquoi ils se sont produits.

Le fait qu'un tel acte puisse s'expliquer par une maladie a-t-il quelque chose de rassurant?
Non, absolument pas. Il faut alors se demander si nous prenons correctement en charge les personnes atteintes de troubles psychiques graves qui se soustraient au traitement. Les cliniques psychiatriques devraient assurer plus souvent un suivi actif et aller au-devant des personnes qui ne se présentent plus à leur traitement.

Que faut-il faire lorsqu'une personne refuse cette aide?
Il faut alors évaluer la situation: existe-t-il un danger pour elle-même ou pour autrui? Si oui, il faut saisir l'autorité de protection de l'enfant et de l'adulte. S'il n'y a pas de risque et que le retrait est volontaire, il faut sans doute respecter ce choix. D'après mon expérience, seule une petite minorité refuse activement un suivi professionnel avec des prises de contact régulières.

Les cliniques devraient-elles contacter toutes les personnes souffrant de troubles psychiques graves qui ont interrompu leur traitement?
Absolument. Je ne parle pas de troubles légers, mais de maladies chroniques graves. La clinique prend d'abord contact par téléphone, e-mail ou courrier. Ensuite, une équipe de deux personnes pourrait se rendre au domicile de la personne. Il s'agit surtout de personnes qui, en raison de leur maladie, ne perçoivent plus la nécessité d'un traitement et ne sont plus en mesure de prendre suffisamment soin d'elles-mêmes.

Mais ces personnes peuvent tout de même refuser d'être contactées.
Beaucoup se sentent seules et souffrent du fait que personne ne s'intéresse à elles. D'après mon expérience, nombre d'entre elles sont reconnaissantes lorsqu'on va vers elles.

«Certaines refusent certes les médicaments, mais apprécient malgré tout le contact»

Une fois qu'une relation s'est établie, il est parfois possible de les convaincre à nouveau de la nécessité de prendre un traitement médicamenteux.

Les services psychiatriques sont déjà débordés. Où trouver les ressources nécessaires?
Nous devons revoir nos priorités. Aujourd'hui, de nombreuses personnes souffrant de troubles moins graves sont prises en charge en psychiatrie alors qu'elles pourraient l'être autrement. Cela ne doit pas avoir pour conséquence que les personnes atteintes des troubles psychiques les plus graves ne soient plus correctement suivies. Le suivi proactif demande davantage de ressources, mais il sera payant à long terme. (trad.: mrs)

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