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Voici pourquoi nous faisons de moins en moins d'enfants

Les couples ont de moins en moins d'enfants, voire plus du tout.
Les couples ont de moins en moins d'enfants, voire plus du tout.Image: Getty

Ce «nivellement» expliquerait la chute de la natalité

Des chercheurs zurichois avancent une thèse audacieuse: si les taux de natalité continuent de baisser, la capacité à avoir des enfants sans assistance médicale pourrait elle-même s'éroder.
03.04.2026, 12:0403.04.2026, 12:04
Stephanie Schnydrig

Presque partout dans le monde, les taux de natalité diminuent. En Suisse aussi, les couples font de moins en moins d'enfants, ou n'en font plus du tout. Les raisons semblent connues: les enfants ne s'intègrent plus dans les projets de vie actuels, notamment le désir de voyager ou de faire carrière avant de fonder une famille.

De plus, ceux repoussent la parentalité se retrouvent avec moins de temps pour avoir plusieurs enfants. D'autres encore invoquent le coût de la vie, ou l'état trop incertain du monde.

Derrière le phénomène, un facteur peu étudié

S'y ajoutent de possibles influences environnementales susceptibles d'altérer la fertilité. On débat notamment de la question de savoir si certaines substances, comme les pesticides ou les microplastiques, contribuent à la baisse de la qualité du sperme. Frank Rühli, professeur de médecine évolutive à l'Université de Zurich, pondère:

«De telles études sont souvent loin de faire l'unanimité»

C'est aussi pour cette raison qu'il soupçonne d'autres facteurs de jouer un rôle en matière de fertilité. L'un d'eux, jusqu'ici peu étudié: la biologie elle-même. Serait-il donc possible que ce ne soit pas seulement le comportement des êtres humains qui ait changé, mais aussi leur capacité biologique à avoir des enfants?

C'est la question que posent Rühli et son collègue, Maciej Henneberg, professeur à l'Université d'Adélaïde, dans une publication récente. Leur thèse: la taille des familles n'est pas uniquement déterminée socialement, mais obéit également à des caractéristiques biologiques et évolutives. L'héritabilité de la fertilité n'est certes pas particulièrement élevée, concède Rühli. Mais elle existe.

«Sur plusieurs générations, cela peut se faire sentir»

Une différence décisive par rapport à d'autres caractéristiques réside, selon lui, dans la nature même de la reproduction:

«La fertilité n'est pas un facteur continu comme la taille. Si les parents sont petits, les enfants seront très probablement plus petits aussi. Mais pour la reproduction, c'est tout ou rien.»

On ne peut donc pas être un peu enceinte ni avoir «presque» un enfant. De plus, il ne suffit pas qu'une seule des deux personnes soit fertile, il en faut deux. Rühli souligne:

«Cette binarité rend le système particulièrement vulnérable»

La «sélection naturelle» mise hors jeu

Comment explique-t-il alors ce possible déclin évolutif de la fertilité? La clé réside, selon lui, dans une transformation de la «sélection naturelle». Pour simplifier: autrefois, les personnes présentant une moindre capacité biologique avaient souvent moins d'enfants, voire aucun. Les prédispositions génétiques correspondantes se transmettaient donc moins fréquemment. Aujourd'hui, c'est différent.

Les personnes dont la fertilité est limitée peuvent néanmoins devenir parents grâce à l'assistance médicale. Et avec elles se transmettent potentiellement des prédispositions génétiques susceptibles de rendre la reproduction plus difficile.

Parallèlement, la contraception et les nouveaux modes de vie effacent les différences de fertilité biologique. Beaucoup de gens font délibérément peu d'enfants, voire aucun, indépendamment de leur fertilité réelle. Rühli parle d'un «nivellement»:

«Autrefois, les personnes très fertiles avaient beaucoup d'enfants. Aujourd'hui, beaucoup choisissent consciemment d'en avoir un ou deux, et n'exploitent souvent pas leur potentiel biologique.»

Ils ne transmettent ainsi leurs «gènes de fertilité performants» qu'à un petit nombre de descendants.

Une hypothèse aux implications alarmantes

Bien que les données soient peu nombreuses, Rühli et Henneberg ont tenté d'étayer leurs réflexions par des modèles de calcul. Selon ceux-ci, la proportion de couples biologiquement incapables d'avoir des enfants serait passée d'environ 5% vers 1900 à quelque 15% aujourd'hui.

Si cette tendance se poursuit, le scénario devient alarmant: d'ici la fin de ce siècle, près d'un tiers des couples pourrait être concerné. Un siècle plus tard, ce seraient, selon ce modèle, environ les trois quarts. Et dans un futur lointain, vers l'an 2300, l'ensemble de la population dépendrait théoriquement de traitements de fertilité pour pouvoir encore avoir des enfants.

Cela semble dystopique, et Rühli souligne d'ailleurs que ces chiffres sont à prendre avec prudence. Il indique:

«Ils reposent sur des hypothèses et des données historiques limitées, elles-mêmes parfois difficiles à interpréter.»

On ignore également combien de personnes dans le monde pourront s'offrir à l'avenir des traitements de fertilité. L'article ne vise pas à apporter des preuves définitives, précise Rühli, mais à être compris comme une invitation à la réflexion.

Et il met en garde contre les malentendus:

«Il ne s'agit pas de critiquer les progrès technologiques, comme les traitements modernes de la fertilité, bien au contraire.»

La situation ne deviendrait problématique que si l'humanité devait se reposer exclusivement sur une assistance technologique. Rühli poursuit:

«On peut faire la comparaison avec d'autres technologies: elles aident, mais elles ne résolvent souvent pas tous les problèmes fondamentaux.»

Un processus difficile à inverser

Alors que faire? Pour le médecin évolutionniste, la réponse est claire:

«La taille des familles est toujours le fruit d'une interaction entre biologie et culture»

Les sociétés peuvent réagir aux changements, y compris à la baisse des taux de natalité, notamment par d'autres modes de vie ou des cadres politiques adaptés.

Mais ce n'est pas simple. Et les interventions étatiques, tel qu'elles sont débattues ou déjà mises en œuvre dans certains pays, Rühli les rejette. En Russie, par exemple, où la pression sur les femmes pour qu'elles aient des enfants est déjà forte, on débat de l'idée d'envoyer les femmes sans désir d'enfant chez un psychologue afin de les amener à adopter une «attitude positive» envers la maternité.

Rühli est affirmatif:

«La contrainte n'est pas la bonne voie. Dicter qui doit avoir combien d'enfants touche à la liberté personnelle et à des questions éthiques fondamentales»

Ce qui importe davantage, c'est un débat sociétal et politique ouvert sur la place que les enfants devront occuper à l'avenir, pour les individus comme pour la société dans son ensemble.

Quand des adultes colorient des livres pour enfants
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Les plus belles chutes d'enfants à ski (promis, c'est gentil)
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