Incités à détruire leur maison, les habitants de Brienz sont fâchés
Pendant des années, la population de Brienz (GR) a vécu dans l’angoisse. Pour ses biens. Pour sa maison. Pour son village. La montagne menaçait d’engloutir le tout sous les rochers. En mai dernier, le président de la commune posait ouvertement la question: fallait-il abandonner entièrement ce village grison? Chaque bloc de roche, chaque glissement de terrain était surveillé avec la plus grande attention.
Heureusement, Brienz semble tiré d'affaire – du moins pour l’instant. Fin janvier, les autorités ont mis fin à l’évacuation qui aura duré 62 semaines; les habitantes ont pu regagner leurs maisons. Vendredi, la commune a annoncé d’autres nouvelles positives: les glissements de terrain ralentissent nettement.
Aux points de mesure situés dans le village, le sol se déplace désormais de moins de 10 centimètres par an – contre deux mètres et demi par jour encore à l’été 2024. Plus haut sur le versant rocheux aussi, les vitesses mesurées sont en baisse. Conclusion des autorités:
Il y a deux raisons principales à cette évolution. D'abord, la nature. Fin novembre 2025, d’énormes masses rocheuses du plateau instable de l’Est se sont détachées et ont dévalé la pente, mais se sont immobilisées avant d’atteindre le village. Cela a modifié l’équilibre de la montagne. Christian Gartmann, membre de l’état-major communal de conduite d’Albula, dont dépend Brienz, explique:
La technique ensuite. La construction d’une galerie de drainage, qui a coûté plusieurs millions, freine la dynamique des glissements. Jusqu’à présent, 27 forages ont été réalisés dans ce tunnel, le dernier mercredi passé. La pression dans le sous-sol est énorme: du forage le plus récent s’écoulent environ 1000 litres d’eau par minute vers la galerie. Les volumes sont tels que le travail sous terre est devenu difficile, selon Christian Gartmann.
Aucune technologie au monde ne peut toutefois empêcher que des masses rocheuses continuent de se détacher. Il y a encore une semaine, de gros blocs se sont précipités dans la vallée. Certains se sont arrêtés à 150 mètres de la maison habitée la plus proche – dans les prairies au nord-ouest du village. Cette zone fait partie du périmètre de sécurité interdit d’accès. Elle a été définie à l’aide de modèles informatiques pointus, assure Christian Gartmann. Selon lui, rien n’indique qu’une nouvelle évacuation du village sera nécessaire dans les prochaines années.
Pour partir, il faut détruire
Malgré tout, Brienz n’est plus le village qu’il était autrefois. L'unique restaurant reste fermé. Sur les 91 personnes évacuées, environ un tiers ont définitivement déménagé. La commune ignore combien sont revenues depuis janvier. Une chose est toutefois certaine: un autre tiers de l’ancienne population s’est inscrit pour une relocalisation préventive. Autrement dit, ces habitants souhaitent eux aussi partir.
La commune d’Albula devrait décider en mai, lors de son assemblée communale, où ces personnes pourront construire leur nouveau logement. La création de zones de relocalisation dans une autre partie du territoire communal sera soumise au vote. La Confédération et le canton ont promis de prendre en charge jusqu’à 90% des coûts de cette opération. Une condition toutefois: les habitants de Brienz devront démolir leurs maisons actuelles, afin que l’opération soit juridiquement considérée comme une véritable relocalisation.
Pour certains de ceux qui souhaitent rester, cette perspective suscite de la frustration. La population risque de diminuer et la vie du village de s’éteindre peu à peu, mais une trentaine de bâtiments pourraient en plus être détruits – et par la main humaine, cette fois. Entre les maisons restantes apparaîtraient alors des espaces vides, des jardins et des prairies.
Brienz a perdu son attrait
Les habitants réagissent très différemment face à ces perspectives, selon Christian Gartmann:
Les habitants de Brienz avaient jusqu'à aujourd'hui pour revoir leur décision concernant une relocalisation. La commune leur a accordé ce nouveau délai après la levée de l’évacuation et l’évolution de la situation sécuritaire. Une seule propriété déjà inscrite à la relocalisation a finalement choisi de rester à Brienz.
Dans le même laps de temps, quatre autres bâtiments ont été annoncés pour une relocalisation préventive. Même si ces décisions ne sont pas encore juridiquement contraignantes, les chiffres parlent d’eux-mêmes: bien que les autorités affirment qu’aucun danger naturel ne menace actuellement le village, Brienz continue de perdre de son attrait pour les résidents. (adapt. tam)
