Cette élue fédérale a subi des violences conjugales: «J'ai menti par honte»
«Ce genre de choses, ça arrive.» C'est ce que Maya Bally a déclaré à un médecin après avoir reçu une gifle de son compagnon de l'époque, alors qu'elle avait la vingtaine.
Plus tard, lorsque cet homme l'a frappée si violemment qu'elle est tombée dans la baignoire, s'est fendu la lèvre et s'est retrouvée avec des côtes contusionnées, elle a inventé une autre explication: «J'ai raconté avoir trébuché sur le chat».
Dans un entretien accordé à la Sonntagszeitung, la conseillère nationale du Centre témoigne pour la première fois des violences qu'elle a subies dans sa jeunesse. Elle confie:
Son entourage ne croyait pas vraiment à ses histoires, mais personne n'a osé lui dire quoi que ce soit. «Pourtant, c'est justement essentiel pour briser la honte», explique-t-elle.
Lorsqu'elle a finalement quitté son compagnon violent, celui-ci s'est mis à la harceler, la surveillant en permanence et la bombarder d'appels téléphoniques.
Les séquelles se sont estompées au fil des années, et sont aujourd'hui surmontées, assure l'Argovienne. Mais sortir de cette relation a été extrêmement difficile. Ainsi, en prenant aujourd'hui la parole, Maya Bally veut faire entendre un double message:
Un service spécialisé en Argovie
Le canton d'Argovie dispose depuis 2009 d'un service spécialisé contre les violences domestiques. Jusqu'à présent, celui-ci était géré par le Centre des femmes, dans le cadre d'un mandat de prestations. Dès l'an prochain, il sera rattaché au Département de l'intérieur. Comme l'a récemment indiqué le gouvernement cantonal, il s'agit du seul service de ce type en Suisse à accompagner à la fois les victimes et les auteurs de violences.
En repensant à ce qu'elle a vécu à 20 ans, Maya Bally estime qu'une telle structure lui aurait été précieuse.
Elle reconnaît toutefois avoir eu la chance de pouvoir compter sur un entourage solide, et d'avoir pu demander de l'aide à sa famille.
Pour une loi-cadre nationale
S'appuyer sur sa famille, c'est ce qu'elle a fini par faire, à l'époque: son père est venu la chercher dans l'appartement où elle vivait avec ce compagnon dangereux.
Aujourd'hui, dans ce type de situations, c'est souvent la police qui intervient directement. En Argovie, après une intervention, le rapport est transmis dans les 48 heures au service spécialisé, ainsi qu'à la commune de domicile. Maya Bally salue cette procédure:
Selon elle, une loi-cadre nationale est nécessaire afin de définir des règles applicables dans tout le pays. Cette demande est aussi portée par la conseillère aux Etats valaisanne Marianne Maret.
Le Conseil fédéral et le Conseil des Etats soutiennent sa motion. Le futur texte doit harmoniser la prévention, la protection des victimes et les poursuites pénales, tout en comblant les lacunes juridiques, organisationnelles et financières.
«J'imagine que la motion sera également adoptée par le Conseil national cet automne. Il faudra ensuite passer à l'implémentation», explique Maya Bally.
L'une des pistes envisagées est le modèle espagnol de lutte contre les violences domestiques. Dans ce système, l'auteur des violences porte un bracelet électronique tandis que la victime est équipée d'un dispositif GPS mobile. Si l'agresseur s'approche, la victime est immédiatement avertie et la police est alertée. La conseillère nationale affirme:
Elle précise que seuls les auteurs les plus dangereux sont soumis au port d'un bracelet électronique.
Plus de 6700 signalements
Rien que dans le canton d'Argovie, le nombre de personnes annoncées au service spécialisé contre les violences domestiques est passé de 1030 en 2010 à 6721 en 2025. Une évolution ambivalente, selon Maya Bally:
Tous les cas ne donnent pas lieu à une intervention de la police. En 2025, la police cantonale argovienne a enregistré 2654 interventions pour violences domestiques. Elles ont débouché sur 583 dénonciations pénales, 415 expulsions du domicile ainsi que 45 interdictions de contact ou d'approche. (adapt. tam)
