Suisse
Société

Cette élue fédérale a subi des violences conjugales

violence conjugale Maya Bally (conseillère nationale Centre/AG)
Maya Bally (Centre/AG) est favorable à une loi-cadre nationale sur la gestion des violences conjugales. Image: keystone/shutterstock

Cette élue fédérale a subi des violences conjugales: «J'ai menti par honte»

Plus de 40 ans après les faits, la conseillère nationale Maya Bally brise le silence sur les violences qu'elle a subies dans sa jeunesse. Son objectif: encourager les victimes à demander de l'aide et leur entourage à intervenir.
18.07.2026, 16:0018.07.2026, 16:13
Fabian Hägler / ch media

«Ce genre de choses, ça arrive.» C'est ce que Maya Bally a déclaré à un médecin après avoir reçu une gifle de son compagnon de l'époque, alors qu'elle avait la vingtaine.

Plus tard, lorsque cet homme l'a frappée si violemment qu'elle est tombée dans la baignoire, s'est fendu la lèvre et s'est retrouvée avec des côtes contusionnées, elle a inventé une autre explication: «J'ai raconté avoir trébuché sur le chat».

Dans un entretien accordé à la Sonntagszeitung, la conseillère nationale du Centre témoigne pour la première fois des violences qu'elle a subies dans sa jeunesse. Elle confie:

«J'ai menti par honte»

Son entourage ne croyait pas vraiment à ses histoires, mais personne n'a osé lui dire quoi que ce soit. «Pourtant, c'est justement essentiel pour briser la honte», explique-t-elle.

Lorsqu'elle a finalement quitté son compagnon violent, celui-ci s'est mis à la harceler, la surveillant en permanence et la bombarder d'appels téléphoniques.

Maya Bally conseillère nationale Centre (Argovienne)
La conseillère nationale Maya Bally raconte la violence conjugale qu'elle a subie dans sa jeunesse.image: rebecca deppeler

Les séquelles se sont estompées au fil des années, et sont aujourd'hui surmontées, assure l'Argovienne. Mais sortir de cette relation a été extrêmement difficile. Ainsi, en prenant aujourd'hui la parole, Maya Bally veut faire entendre un double message:

«D'une part, je veux m'adresser aux personnes concernées, pour qu'elles osent se tourner vers quelqu'un. Mais je m'adresse aussi à leurs proches, pour qu'ils et elles abordent directement le sujet, et encouragent les victimes à demander de l'aide.»

Un service spécialisé en Argovie

Le canton d'Argovie dispose depuis 2009 d'un service spécialisé contre les violences domestiques. Jusqu'à présent, celui-ci était géré par le Centre des femmes, dans le cadre d'un mandat de prestations. Dès l'an prochain, il sera rattaché au Département de l'intérieur. Comme l'a récemment indiqué le gouvernement cantonal, il s'agit du seul service de ce type en Suisse à accompagner à la fois les victimes et les auteurs de violences.

Claudia Wyss, directrice du centre spécialisé contre les violences domestiques en Argovie
Claudia Wyss, directrice du service spécialisé d'Argovie, conseille les auteurs de violences conjugales.image: raphaël dupain

En repensant à ce qu'elle a vécu à 20 ans, Maya Bally estime qu'une telle structure lui aurait été précieuse.

«J'aurais su que le problème était reconnu, qu'il existait un endroit où s'adresser et obtenir de l'aide»

Elle reconnaît toutefois avoir eu la chance de pouvoir compter sur un entourage solide, et d'avoir pu demander de l'aide à sa famille.

Pour une loi-cadre nationale

S'appuyer sur sa famille, c'est ce qu'elle a fini par faire, à l'époque: son père est venu la chercher dans l'appartement où elle vivait avec ce compagnon dangereux.

Aujourd'hui, dans ce type de situations, c'est souvent la police qui intervient directement. En Argovie, après une intervention, le rapport est transmis dans les 48 heures au service spécialisé, ainsi qu'à la commune de domicile. Maya Bally salue cette procédure:

«La collaboration entre la police et les services spécialisés est indispensable, tout comme celle entre la Confédération et les cantons»

Selon elle, une loi-cadre nationale est nécessaire afin de définir des règles applicables dans tout le pays. Cette demande est aussi portée par la conseillère aux Etats valaisanne Marianne Maret.

Le Conseil fédéral et le Conseil des Etats soutiennent sa motion. Le futur texte doit harmoniser la prévention, la protection des victimes et les poursuites pénales, tout en comblant les lacunes juridiques, organisationnelles et financières.

«J'imagine que la motion sera également adoptée par le Conseil national cet automne. Il faudra ensuite passer à l'implémentation», explique Maya Bally.

L'une des pistes envisagées est le modèle espagnol de lutte contre les violences domestiques. Dans ce système, l'auteur des violences porte un bracelet électronique tandis que la victime est équipée d'un dispositif GPS mobile. Si l'agresseur s'approche, la victime est immédiatement avertie et la police est alertée. La conseillère nationale affirme:

«Les chiffres montrent que ce système fonctionne. C'est une mesure très efficace»
Bracelet électronique cheville
Le modèle espagnol mise sur des bracelets électroniques pour prévenir la violence à l'égard des femmes.Image: keystone

Elle précise que seuls les auteurs les plus dangereux sont soumis au port d'un bracelet électronique.

«L'Espagne distingue plusieurs catégories d'auteurs auxquelles correspondent différentes mesures. A mes yeux, ce serait aussi une bonne solution pour la Suisse»

Plus de 6700 signalements

Rien que dans le canton d'Argovie, le nombre de personnes annoncées au service spécialisé contre les violences domestiques est passé de 1030 en 2010 à 6721 en 2025. Une évolution ambivalente, selon Maya Bally:

«C'est positif dans la mesure où le problème devient visible: les victimes osent demander de l'aide et les violences domestiques sortent du tabou. Mais cela peut aussi signifier que le nombre de cas augmente.»

Tous les cas ne donnent pas lieu à une intervention de la police. En 2025, la police cantonale argovienne a enregistré 2654 interventions pour violences domestiques. Elles ont débouché sur 583 dénonciations pénales, 415 expulsions du domicile ainsi que 45 interdictions de contact ou d'approche. (adapt. tam)

Cette Romande raconte son viol et l'enfer judiciaire qu'elle a subi
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
0 Commentaires
Votre commentaire
YouTube Link
0 / 600
Sion sous les étoiles séduit 45 000 spectateurs
Malgré une édition réduite à trois jours, Sion sous les étoiles a fait le plein. Les 45 000 billets disponibles ont trouvé preneur, au terme d'un festival marqué par une programmation largement francophone.
Le festival Sion sous les étoiles a affiché complet pendant les trois soirs de cette 11e édition, de jeudi à samedi, avec 45 000 spectateurs. La manifestation, qui a mis à l'honneur la chanson française, était raccourcie de deux jours à cause de la Coupe du monde de football.
L’article