Voici ce qu'une criminologue remarque en premier chez vous
Mentir laisse-t-il forcément des traces sur le visage? Peut-on vraiment démasquer quelqu'un en observant ses micro-expressions? Criminologue et profileuse, Denise von Moos explique ce que la science dit réellement du mensonge, des émotions et du langage corporel.
Quand je veux savoir si mon fils de 5 ans me raconte des histoires, je lui dis: «Regarde-moi dans les yeux!» Peut-on vraiment savoir si quelqu'un dit la vérité de cette manière?
Denise von Moos: Cela dépend des personnes. Le contact visuel varie effectivement d'un individu à l'autre. Pour ma part, si je vous mentais, je vous regarderais droit dans les yeux. D'autres détournent le regard. En revanche, une idée reçue continue d'être répétée à tort: celle selon laquelle les gens regarderaient en haut à droite lorsqu'ils mentent. C'est faux. Ce mythe a la vie dure et circule encore partout, notamment sur LinkedIn ou d'autres réseaux sociaux.
Existe-t-il malgré tout une expression faciale typique du mensonge?
Oui. Les recherches scientifiques ont identifié trois émotions qui apparaissent particulièrement souvent lorsqu'une personne ment.
- La première est la peur: celle d'être démasqué.
- La deuxième est la culpabilité. On observe alors fréquemment que les sourcils se relèvent du côté intérieur tandis que la tête s'abaisse. C'est notamment ce que l'on a pu voir chez Bill Clinton lors de sa déclaration publique pendant l'affaire Lewinsky.
- La troisième émotion est la joie. Si votre fils de cinq ans réussit à vous tromper, il peut même en ressentir une certaine satisfaction.
Si un menteur sait que ces signes existent, peut-il les contrôler?
La très grande majorité des gens en est incapable. J'ai travaillé dans les poursuites pénales et je l'ai constaté à maintes reprises. Lorsqu'une personne est assise en face de moi en ayant fermement décidé de ne surtout pas dire la vérité, le centre émotionnel du cerveau réagit malgré tout.
Si quelqu'un ressent de la peur, cela se voit. On ne peut pas simplement la refouler. Bien sûr, il existe des psychopathes. Ils ressentent souvent moins la peur et peuvent donc mentir plus facilement. Mais ils ne représentent qu'une faible proportion de la population.
Le pouls s'accélère-t-il lorsqu'on ment?
Lorsqu'une personne craint d'être découverte ou éprouve un fort sentiment de culpabilité, son pouls augmente, tout comme son niveau de concentration. Imaginez que vous traversiez le centre-ville en voiture à 17 heures. Vous devez surveiller les bus, les vélos, les piétons et le reste de la circulation. Si je vous mentais, ce serait comparable. Je devrais me concentrer à un tel point que je clignerais à peine des yeux.
Le clignement des yeux constitue donc lui aussi un indice?
Oui, cela peut être un signe, surtout à la fin d'un mensonge. On observe souvent que les personnes se mettent soudain à cligner rapidement plusieurs fois de suite. C'est comparable au moment où, après avoir roulé dans une circulation urbaine dense, vous trouvez enfin une place de stationnement et vous dites: «Ça y est.» La tension retombe.
En tant que profileuse, vous avez interrogé de nombreuses personnes. Comment procédez-vous?
Lors d'une audition, il arrive souvent que deux personnes impliquées livrent des versions totalement différentes. Prenons un exemple: une femme affirme que son mari la frappe. Lui le nie. Tous deux paraissent extrêmement crédibles. Dans ce type de situation, on cherche notamment à mettre au jour les contradictions. Les micro-expressions jouent alors un rôle important:
En quoi consiste précisément cette technique?
Lorsqu'on pense qu'une personne ment, il est préférable de quitter d'abord le sujet. Quelques minutes plus tard, on peut y revenir calmement et observer si elle présente à nouveau des signes de mensonge. Si, par exemple, elle répond une nouvelle fois avec retard, commence à bégayer ou cligne fortement des yeux à la fin de sa réponse, cela constitue des indices supplémentaires. Il faut plusieurs signaux simultanés. Plus ils sont nombreux, plus il est probable que la personne ne dise pas la vérité.
Vous travaillez également avec des services de ressources humaines. Qu'est-ce qui intéresse les entreprises dans votre expertise?
Dans les entreprises, il s'agit souvent d'apprendre à lire les micro-expressions. Les gens négocient chaque jour, que ce soit au sein d'une équipe ou en tête-à-tête. Il est question d'argent, d'arguments et de décisions. Or, de nombreuses expressions du visage sont mal interprétées, voire passent complètement inaperçues.
Pouvez-vous donner un exemple?
Vous vendez des voyages et vous me présentez un séjour en Namibie. A un moment donné, vous annoncez le prix: 20 000 francs. A cet instant précis, je fronce brièvement le nez avant de sourire de nouveau. Cette micro-expression traduit le dégoût, ou plus exactement le rejet. Elle n'apparaît qu'une fraction de seconde, puis elle est souvent masquée par un sourire. Celui qui sait lire les micro-expressions comprend malgré tout ce qui se passe réellement chez son interlocuteur.
Froncer le nez signifie donc un rejet?
Exactement. Dans ce cas, cela exprime même davantage qu'un simple refus. Cela montre que la personne a déjà pris ses distances intérieurement. Elle préférera peut-être réserver ce voyage elle-même sur internet. En revanche, si j'exprime de la peur, la situation est différente. Le prix est peut-être simplement trop élevé. On peut alors réagir en proposant d'autres offres.
A quoi ressemble la micro-expression de la peur?
Les yeux s'ouvrent très grand et la bouche se tend vers l'arrière. Tout cela se produit extrêmement vite, généralement en une demi-seconde.
Et personne ne peut contrôler cela?
Non. C'est précisément pour cette raison que de nombreux joueurs de poker portent des lunettes de soleil ou utilisent d'autres accessoires pour dissimuler leur visage. Les toutes premières fractions de seconde d'une émotion échappent au contrôle.
Quelles sont les autres micro-expressions?
Les sept émotions universelles sont la joie, la peur, la tristesse, la colère, le dégoût, le mépris et la surprise.
Comment reconnaître une joie authentique?
La véritable joie se lit dans les yeux. Lors d'un sourire sincère, ils se plissent légèrement. Dans un sourire forcé, ils restent inchangés. C'est ce qui permet de distinguer un sourire authentique d'un sourire de circonstance.
Et la tristesse?
La tristesse est particulièrement difficile à imiter. Les sourcils se relèvent alors vers le haut du côté intérieur, tandis que les commissures des lèvres s'abaissent. Ce mouvement des sourcils est quasiment impossible à produire consciemment lorsqu'on n'est pas réellement triste.
Comment utilisez-vous ces connaissances dans la vie quotidienne?
Principalement lors des négociations. Lorsque j'annonce mes honoraires pour un séminaire, je vois souvent immédiatement si mon interlocuteur juge le prix trop élevé ou, au contraire, trop bas. C'est la même chose sur un marché à l'étranger ou même chez le médecin. Si je pose une question et que je décèle de la peur sur le visage de mon interlocuteur, je sais que le sujet provoque chez lui une forte réaction émotionnelle. J'utilise donc ces compétences dans pratiquement tous mes échanges professionnels. Cela ouvre une toute nouvelle dimension de la perception.
Utilisez-vous vous-même une expression particulière pour paraître plus convaincante?
Moins les expressions du visage que la position de la tête. Lorsque je négocie avec quelqu'un en gardant la tête droite, je parais nettement plus compétente et plus sûre de moi. En outre, je souris avec parcimonie au début d'une négociation. A l'inverse, si je penche la tête sur le côté et souris en permanence, je renvoie une tout autre image. C'est pourquoi je recommande de garder la tête droite et d'éviter le sourire permanent lors d'une négociation.
Et lors d'un rendez-vous amoureux?
C'est différent. Dans ce contexte, on peut bien sûr sourire. Un sourire authentique, qui se lit aussi dans les yeux, est particulièrement séduisant. Une légère inclinaison de la tête peut également exprimer la sympathie et la proximité. Par exemple, lorsque je souhaite obtenir quelque chose de mon mari, il m'arrive d'adopter cette attitude. Mon mari et mon fils la reconnaissent désormais immédiatement.
Et lorsqu'on souhaite présenter des excuses?
Tout dépend si les regrets sont sincères. Une personne qui éprouve une véritable culpabilité relève souvent légèrement les épaules, abaisse les commissures des lèvres et relève l'intérieur des sourcils. Il ne faut pas chercher à reproduire artificiellement ces signaux. Lorsque l'émotion est réelle, elle apparaît généralement d'elle-même.
Les mensonges et les expressions du visage jouent également un rôle en politique. Que vous inspire, par exemple, le langage corporel de Donald Trump?
Donald Trump dégage beaucoup de fierté dans son langage corporel. La fierté se reconnaît à une tête relevée associée à un sourire. Sans ce sourire, l'attitude paraîtrait arrogante. Ce qui est particulièrement intéressant, c'est ce que Donald Trump ne montre pas:
Bien qu'il prenne constamment des décisions aux conséquences considérables, cette émotion est presque absente. Il occupe également beaucoup d'espace physiquement, pointe souvent du doigt et donne une impression de domination et d'assurance.
Et Vladimir Poutine?
Vladimir Poutine projette lui aussi une image de puissance, mais d'une manière différente. Il exerce un contrôle extrême sur lui-même. Il gesticule peu et laisse très rarement transparaître ses émotions. Il est tout à fait possible qu'il se soit entraîné pendant des années à les réprimer. Chez Donald Trump, on voit immédiatement s'il est en colère ou s'il est heureux.
En revanche, il observe son interlocuteur avec une grande intensité. Sa gestuelle faciale est minimaliste. Tous deux paraissent puissants, mais de façons totalement différentes.
Son passé d'agent du KGB l'a-t-il aidé à contrôler ses émotions?
Oui. Lorsqu'il marche, on remarque aussi qu'il bouge nettement moins le bras droit que le bras gauche. Une explication tient à son passage au KGB. Son arme était portée du côté droit, ce qui imposait de garder ce bras aussi immobile que possible. Ce schéma de mouvement semble avoir perduré jusqu'à aujourd'hui.
Existe-t-il malgré tout des responsables politiques qui montrent leur peur?
Angela Merkel en était un bon exemple, notamment au début de son mandat. On pouvait plus souvent percevoir chez elle de la peur ou de l'incertitude. Ses yeux s'ouvraient grand et, parfois, seule une partie de l'expression apparaissait. Dans l'ensemble, elle donnait une impression bien plus introvertie que Donald Trump. (trad. hun)
