«Il n'y a plus grand monde à l'apéro»: Crans-Montana fait son deuil
Plus de deux semaines après la tragédie du bar Le Constellation, qui a ôté la vie à 40 personnes et fait 116 blessés, c'est tout un pays qui continue de pleurer. Crans-Montana reste encore à terre en ce 14 janvier.
Les rues sont vides; quelques skieurs empruntent les transports publics pour profiter des dernières chutes de neige. On y croise d'ailleurs Fadri Janutin, skieur professionnel suisse venu taquiner les piquets de slalom lors des épreuves de Coupe d'Europe organisées dans la station.
Les terrasses, elles, sont clairsemées malgré la douceur des températures. Seuls quelques skieurs profitent des conditions radieuses pour parfaire leur bronzage de montagnard.
Mais Crans-Montana est vidée; Crans-Montana ne veut plus répondre. «Non merci», nous répond une passante à qui nous avons demandé si elle souhaitait s'exprimer au sujet du drame. Les personnes croisées préfèrent nous éviter, entre regards noirs et dos tournés.
«Beaucoup de conneries»
La presse n'est plus la bienvenue, comme nous l'explique un employé d'une boutique située tout proche du Constellation:
Mais l'amalgame est fait entre presse étrangère et presse helvétique, selon lui. Pour enfin ajouter qu'un titre en particulier a mis en rogne une partie de la population:
Et maintenant? «Le pouls est à zéro», nous lâche ce même employé. Il nous confie que «le mois de février va faire encore plus mal», que «les hôtels de la station essuient déjà des annulations pour les vacances». Il poursuit:
Quelques rires s'échappent entre deux dames assises sur un banc. L'une d'elles confie qu'elle ne passe plus par cette rue centrale, là où les hommages s'entassent:
Ils sont nombreux à ne plus y mettre les pieds, à fuir cette terre brûlée par l'horreur. L'employé cité plus haut confirme «faire un détour» pour ne plus passer devant.
Pas l'âme à boire l'apéro
Plus bas dans la station, des personnes acceptent timidement de parler. «Après les vacances, il y a toujours un creux. C'est normal que la station soit vide», nous confesse une employée d'un café de Montana.
Mais l'accident a bel et bien sapé le moral des habitués, nous confie-t-elle. Même le sport national du canton est boudé:
«Les habitants restent chez eux, ils digèrent l'accident. Et le week-end, l'ambiance revient, un peu», poursuit la serveuse, avant de retourner à ses tâches.
Le temps panse les plaies, les pensées restent. Ce Nouvel An 2026 sera l'ombre éternelle de la commune valaisanne. Alors, inutile de remettre une compresse, selon des locaux interrogés. Le drame du Constellation va laisser «une plaie qui ne va jamais cicatriser», nous glisse l'employé d'une boutique horlogère.
Nous passons une nouvelle fois devant cette tente blanche, devant ces bougies qui scintillent pour honorer les âmes perdues. Plus loin, nous frôlons les bâches blanches recouvrant le désormais maudit bar Le Constellation. Nous demandons alors à une agente de sécurité si elle avait surpris, ou ses collègues, d'éventuels curieux qui auraient l'audace de se glisser dans les décombres.
A nous de laisser Crans-Montana prendre le temps de digérer, comme ses habitants.
