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Les liens de Jacques Moretti avec les clans criminels corses

Jacques Moretti, au coeur de l'incendie de Crans-Montana, avait des liens indirects avec les clans en Corse
Jacques Moretti, au coeur de l'incendie de Crans-Montana, avait des liens indirects avec les clans criminels en Corsemontage watson

On a retracé les liens de Jacques Moretti avec les clans criminels corses

Notre enquête en Corse révèle plusieurs faits rapprochant Jacques Moretti de clans criminels corses. Une question demeure: à quel point était-il impliqué directement dans leurs activités?
11.01.2026, 11:1311.01.2026, 11:13
Marie Parvex, Madeleine Rossi, Antoine Harari, Crans-montana et corse

En ce mois de janvier 2026, les quais de Bonifacio sont déserts. Les restaurants de moules, les pizzerias, les boutiques, les hôtels et les bars sont pour la plupart fermés. Les façades semblent tristes sous la grisaille et certains profitent du calme pour faire des travaux. Les gérants y parlent souvent d’argent et de la manière d’agrandir encore leurs affaires.

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L’une des boutiques porte une enseigne rouge au nom de «Capitaine Bonbons». C’est l’ancien Lolla Palooza, fermé en 2014, le club de Jacques Moretti – en détention préventive, à la suite de l'incendie meurtrier du 1ᵉʳ janvier à Crans-Montana. A l’époque, la jeunesse plébiscitait cet établissement, décrit par plusieurs interlocuteurs comme un «caboulot», une boîte à filles.

Danseuse du Lolla Palooza. Screenshot de janvier 2026 après le drame de Crans-Montana.
Une des gogo-danseuse de l'ancien établissement de Jacques Moretti.Image: watson/dr

Sur les réseaux sociaux, on trouve encore les photos de certaines «gogo danseuses» qui animaient les fêtes de l’époque. Interrogés sur Jacques Moretti, les rares commerçants rencontrés dans la rue lâchent:

«Nous ne fréquentons pas ces gens-là»

Contactés, les avocats de Jacques Moretti n’ont pas souhaité répondre à nos questions. Dans l'attente d'une décision de la justice, lui et sa femme sont présumés innocents.

Vendredi, le père du propriétaire du Constellation s'est exprimé dans Le Figaro. Il affirmait:

«On n’est pas des voyous (...) En quoi le passé de mon fils, des erreurs de jeunesse qu’il a payées jusqu’au dernier centime, ont-elles un lien avec les quarante morts?»

Car, après l’incendie qui a endeuillé Crans-Montana, de nombreuses questions se posent au sujet de Jacques Moretti, le propriétaire et exploitant de l’établissement.

En Suisse, les gens savent très peu de choses de lui, alors qu’il y vit depuis dix ans. Ce mystère fait naître de nombreux fantasmes, notamment au sujet de l'origine des fonds lui ayant permis de lancer ses différentes affaires en Valais

Nous avons donc mené notre enquête en Corse, où il a grandi et vécu une grande partie de sa vie. Son parcours, sa famille et ses affaires y soulèvent de nombreuses questions sur ses appartenances et ses affiliations. De Bonifacio à Ghisonaccia d’où il vient, nous avons suivi sa piste.

Des voisins qui interrogent

Le premier indice se trouve sur les quais de Bonifacio. Le club de Jacques Moretti, le Lolla Palooza, accueillait des DJ locaux et internationaux et organisait des soirées très festives. Jacques Moretti l’a ouvert après avoir été condamné en Haute-Savoie, en 2008, pour proxénétisme.

Sur le même quai, exactement à côté du Lolla Palooza, se trouve un autre club, le B52, tenu par la famille Filippeddu, bien connue des services de police. Acteur historique des casinos, implantée au Brésil, elle est considérée comme l’une des familles criminelles corses les plus influentes, en lien avec le gang criminel du «Petit Bar», actif dans le trafic de stupéfiants, les braquages et les extorsions.

Le B52 en mains de la criminalité corse. Screenshot de janvier 2026 après le drame de Crans-Montana.
Le club B-52 appartient à une famille bien connue des services de police.watson/dr

L’un des membres de la famille Filippeddu a été prévenu pour une affaire d'extorsion aux côtés de partisans nationalistes du FLNC et de sa vitrine légale, la Cuncolta naziunalista, un parti dont étaient proches certains oncles maternels de Jacques Moretti.

Le B52 était déjà là à l’ouverture du Lolla Palooza et existe toujours aujourd’hui. Son slogan: «Go big or Go home». Or, en Corse, les avis sont unanimes: pour se risquer à faire une éventuelle concurrence à des truands, il faut «s’arranger» avec eux. Cet arrangement peut prendre des formes diverses comme des échanges de services, le versement d’un pourcentage du chiffre d'affaires ou être lié à une alliance avec un autre groupe criminel.

Le Lolla Palooza. Screenshot en janvier 2026 après le drame de Crans-Montana.
Le Lolla Palooza, à l'époque.Image: watson/dr

Stéphane Quéré est spécialiste des organisations criminelles et des trafics illicites. Celui qui enseigne à l’Ecole française des sciences criminelles souligne:

«Un commerce totalement légal à cet endroit aurait rapidement conduit à des pressions de la part des clans»

Une source nous apprend que Jacques Moretti aurait été en délicatesse avec les patrons du B52, qui auraient fini par le chasser en 2014. C’est à ce moment que Jacques Moretti quitte la Corse, fermant le Lolla Palooza et une entreprise active dans le nettoyage de chantiers. On le retrouve, en 2015, à Crans-Montana.

Des proches liés au grand banditisme

Nous quittons le port pour nous rendre dans le village d’origine de Jacques Moretti. Selon nos sources judiciaires et de terrain en Corse, il est considéré comme un proche de René Pascal C. Ce dernier figure dans une note récente du service français d'information, de renseignement et d'analyse stratégique sur la criminalité organisée (Sirasco) comme membre du clan Sisti, une émanation de l’organisation criminelle la Brise de Mer active entre 1970 et 2000 environ.

Les conflits entre les clans impliquant les Sisti ont conduit à au moins deux assassinats, l’un en 2022, l’autre en 2023, relevés dans la note du Sirasco.

René Pascal C est né en mars 1977. En 2018, il a fondé une entreprise d'investissements financiers à Ghisonaccia, qu’il gère avec Bruno C. L’adresse de la société est un domaine du bord de mer sur lequel se trouve un camping quatre étoiles. Jacques Moretti et René Pascal C ont donc presque le même âge et viennent du même village. Mais, il y a plus. La tante de Jacques Moretti, qui dirigeait auparavant ce même camping, est mariée à Bruno C.

Il y a donc une alliance par mariage entre les deux familles. Cependant, pour l'expert Stéphane Quéré, «ces liens en tant que tels ne suffisent pas à éclairer la situation».

Des amis aux méthodes de gros bras

A Lens (VS), après l’incendie du Constellation, des amis de Jacques Moretti s’en sont pris à des journalistes venus tourner des images devant son restaurant le Vieux-Chalet. Un journaliste du Blick filme cinq hommes qui viennent vers lui et lui interdisent de tourner alors qu’il est sur un trottoir, un lieu public où il a le droit de faire son travail. C’est ensuite un journaliste de la télévision italienne qui se fait interpeller par sept personnes, au même endroit.

La scène se déroule de nuit, pourtant l’un des protagonistes porte des lunettes de soleil. Il lui hurle au visage:

«Tu crois qu’y pas assez de morts là? Allez, cassez-vous!»

En arrière-plan, son confrère se fait malmener physiquement. Les deux journalistes finissent par remonter précipitamment dans leur voiture et verrouillent les portes. En Corse, l’interprétation est immédiate: «Pour agir de cette façon, c’est une bande», nous assure-t-on. Mais pas forcément au sens d’un clan criminel, lequel ne s’en prendrait peut-être pas à des journalistes face caméra.​

«Ont-ils des liens avec le milieu?»

Au téléphone, puis sur le terrain, les réactions de nos interlocuteurs corses oscillent entre consternation et désabusement:

«Vous savez, beaucoup de Corses ont investi dans des établissements de type bar, en France et à l’étranger. Quand on a vu le nom des propriétaires, on s’est posé des questions: est-ce qu’on les connaît? Est-ce qu’ils ont des liens avec le milieu?»

Une fois installé en Suisse, Jacques Moretti a-t-il pu être «approché de manière très bienveillante» par d’anciens amis corses? Prudemment, un confrère journaliste aborde les questions que tout le monde se pose plus ou moins ouvertement: le propriétaire du Constellation était-il un prête-nom, et s’il était impliqué dans certaines affaires, à quel degré? A ce stade, rien ne permet de démontrer des agissements en ce sens.

Une certitude, confirmée par plusieurs sources, Jacques Moretti n’est pas «suivi» par les services de police et n’est pas considéré comme un membre du milieu. Le spécialiste des organisations criminelles et des trafics illicites, Stéphane Quéré, pointe:

«L'addition de plusieurs éléments soulève des questions légitimes. D’autant que l’homme est actif dans le domaine très sensible des établissements de nuit connu pour être, en Corse, lié à des clans criminels.»

Plusieurs confrères corses dessinent le même portrait: Jacques Moretti, entrepreneur indépendant depuis 2000 d’après le registre du commerce français, a toujours été dans les affaires, notamment dans le monde de la nuit. Selon eux, il appartiendrait à cette galaxie d’acteurs un peu «borderline», «opportunistes», parfaitement capables de louvoyer entre activités légales et «bons rapports» avec les familles de truands qui comptent sur l’île.

En Corse, tout le monde se connaît

Ici, il est important de préciser que l’exiguïté du territoire corse implique que tout le monde se connaît, ne serait-ce que de nom, ou est amené à se connaître un jour. Toutes les personnes rencontrées évoquent une «proximité obligatoire», à laquelle il est difficile de se soustraire. Jérôme*, très engagé dans la lutte contre la criminalité organisée en Corse et plusieurs fois menacé lui-même, nous explique que les relations avec des truands notoires vont d’un extrême à l’autre:

«Soit on ne veut plus en entendre parler, soit on en fait des idoles ou des facilitateurs pouvant répondre à des besoins quelconques en raison de leur influence, par exemple pour obtenir un permis de construire.»

A l’inverse, poursuit Jérôme, «il peut y avoir une certaine fierté de citer le nom d’un voyou, d’aller le saluer ostensiblement et de montrer que l’on est ami avec lui».

Le Ministère public valaisan a longtemps laissé Jacques Moretti libre, estimant que le risque de fuite était faible. En Corse, il est pourtant relativement fréquent que les gens viennent en aide à quelqu'un qui a besoin de se cacher. Comme l’expliquent nos interlocuteurs, il peut arriver – mais ce n’est pas systématique – de prêter une voiture, un bateau, d’héberger une personne recherchée ou de l’aider à se mettre au vert. Et en cas de refus?

«Il ne se passe en général rien, la personne se contente d’aller voir ailleurs»

Jérôme mentionne le cas de Mickaël Ettori, pilier de la bande du «Petit Bar» et serveur au fameux B52, membre de la famille Filippeddu par sa mère, dont le procès-fleuve se poursuit actuellement:

«Ettori s’est caché pendant 5 ans, et tout le monde savait où il était. Il a attendu l’annonce de sa condamnation en décembre dernier pour se rendre – apparemment la peine prononcée devait lui convenir! Pendant sa cavale, il avait loué un pavillon sous un nom d’emprunt, celui d’un autre parrain… »

Jacques Moretti a été auditionné par le ministère public valaisan le 9 janvier au matin. Il a été placé en détention provisoire au terme de son audition, tandis que son épouse est ressortie libre. Le Ministère public explique cette mesure par le risque de fuite qu’il juge désormais concret. «Cela a été réévalué compte tenu de ses déclarations, de son parcours de vie et de sa situation en Suisse», écrivait la procureure générale dans un communiqué vendredi.

L'incendie dramatique du 1er janvier, à Crans-Montana (VS)
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L'incendie dramatique du 1er janvier, à Crans-Montana (VS)

Un incendie s'est produit ce jeudi 1er janvier à 1h30 dans un bar de la station de ski de Crans-Montana (VS).

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Le résumé de la conférence de presse de Crans-Montana
Video: watson
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