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Technologie

Le patron de Proton critique la vérification de l'âge en ligne

Andy Yen, le directeur de Proton, est remonté contre les autorités suisses.
Andy Yen, patron de la société genevoise Proton est contre une vérification de l'âge sur internet.Image: watson

Ces nouvelles lois sur le web «terrifient» un patron de la tech suisse

Alors que de nombreux gouvernements cherchent à interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans, Andy Yen, patron de Proton, tire la sonnette d'alarme: derrière la vérification d'âge en ligne se cache une menace pour les libertés numériques. Un avertissement que ne partage pas entièrement Jean-Bernard Moix, directeur de Promotion santé Valais.
24.04.2026, 18:5424.04.2026, 18:54

La restriction des âges et l'interdiction des réseaux sociaux aux plus jeunes commencent à se mettre en place dans les sphères politiques mondiales. Les gouvernements d'Europe, d'Amérique et d'ailleurs rivalisent de projets de loi.

En décembre 2025, l'Australie commençait à établir un périmètre de sécurité pour les enfants qui utilisaient Instagram, TikTok ou encore Facebook. Le pays a interdit aux moins de 16 ans de se connecter

Une tendance qui interroge Andy Yen, le patron de l'entreprise suisse Proton, service crypté de courriels et de stockage de données aux 100 millions d’utilisateurs.

Dans un long billet de blog publié le 23 avril, il expose la réalité des menaces en ligne pour les enfants et s'interroge sur «la course effrénée vers la vérification de l’âge». Il la juge inacceptable dans son approche et bien trop large dans sa portée.

«Nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre de commettre une erreur à ce sujet»

Andy Yen écrit:

«Mais c’est précisément la profondeur même de ces inquiétudes qui est cyniquement exploitée. La vérification de l’âge, telle qu’elle est actuellement proposée dans de nombreux pays, signifierait la mort de l’anonymat en ligne.»

Avant de poursuivre:

«Et nous savons exactement qui a tout à y gagner: les mêmes géants de la tech qui ont construit le cauchemar en matière de vie privée qu’est l’internet d’aujourd’hui.»

Un constat qu'Yen avait résumé d'une formule percutante au Figaro:

«La NSA en sait moins sur vous que Google et OpenAI»

Selon le boss de Proton, la vérification d'âge en ligne implique désormais la collecte de données sensibles (passeports, empreintes, etc.), ce qui entraîne inévitablement des fuites. Un cas est avancé: celui de Discord, où plus de 70 000 dossiers d'identité ont été piratés.

Confier cette tâche à des tiers spécialisés n'est pas non plus une garantie: ces entreprises deviennent des cibles encore plus attrayantes pour les hackers, et sont tentées de monétiser les données pour rentabiliser leur activité, pointe Yen.

Des failles déjà révélées

L'entrepreneur d’origine taïwanaise n'y va pas avec le dos de la cuillère et pointe également les failles de l'Union européenne concernant la protection des données. L'UE a mis en place une application mobile pour vérifier l’âge des utilisateurs.

Le hic: il n’aura fallu que quelques heures à des pirates pour contourner la sécurité, comme le relayait Politico. Andy Yen assène: «On ne peut pas compter sur les gouvernements pour venir à la rescousse.»

Alors, certains proposent de confier la vérification d'âge aux géants de la tech comme Apple ou Google, qui contrôlent les systèmes d'exploitation. Mais ces entreprises, déjà condamnées à des milliards d'amendes pour abus de leurs pratiques de collecte de données, ne feraient qu'accroître un pouvoir qu'elles ont déjà prouvé ne pas savoir utiliser de manière responsable, déplore Andy Yen.

«Le respect de la vie privée en ligne a toujours été fragile. Mais avec la vérification d’âge, nous sommes sur le point d’exiger, une fois pour toutes, une pièce d’identité pour chaque personne qui se connecte à internet, quelle que soit la raison, légale ou non, adulte ou non. Et cela devrait tous nous terrifier.»

A ses yeux, lier les comptes à des pièces d'identité officielles ouvrirait la porte à des dérives: ce qui commence comme un filtrage par l'âge pourrait rapidement évoluer en blocage par nationalité ou selon d'autres critères, avec un effet d'entraînement mondial. Pour le patron de Proton, «les entreprises technologiques ne devraient jamais devenir les gardiens de l'accès pour chaque adulte sur internet».

Pour autant, il reconnaît que la vérification d'âge est inévitable pour protéger les enfants des dangers des réseaux sociaux. Mais elle doit reposer sur des principes stricts et entièrement fait côté client, sur l’appareil de l’utilisateur: scan facial aussitôt supprimé et non sur des pièces d'identité importées.

«Réguler plutôt qu'interdire»

Face à ces positions, Jean-Bernard Moix, directeur de Promotion santé Valais (PSV), rappelle que la population a voté en septembre sur la loi sur l'e-ID. «On a enfin un moyen technique qu'on peut imposer aux plateformes pour la vérification de l'âge. Sa grande force, c'est qu'il est respectueux de la vie privée: aucune transmission de données aux plateformes, et on évite de devoir photographier sa pièce d'identité.»

Moix préfère d'ailleurs parler de «régulation plutôt que d'interdiction» pour l'accès au numérique.

«Ce qu'on dénonce à Promotion santé Valais, c'est cette incohérence totale: les enfants et les adolescents sont très fortement protégés dans l'environnement physique, alors que cette protection est quasi absente dans l'environnement numérique. Nous devons prendre conscience de cela.»
Jean-Bernard Moix.

Pour Andy Yen, la vérification d'âge n'est d'ailleurs pas l'essentiel. Le vrai problème est ailleurs: «Le modèle économique basé sur la publicité et l'attention, qui pousse presque chaque entreprise à espionner, à suivre et à maintenir tout le monde accro à ses produits — et les enfants en premier lieu.»

Jean-Bernard Moix partage ce diagnostic. «L'Etat doit réguler l'accès par l'âge pour protéger les plus jeunes, puis limiter les modèles qui rendent la jeunesse accro. C'est l'ensemble de ces règles qui les protègera», résume le directeur de PSV.

Dans une prise de position récente, Promotion santé Valais demande que les lois cantonales et fédérales de protection de la jeunesse soient explicitement étendues à l'environnement numérique.

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