Ces nouvelles lois sur le web «terrifient» un patron de la tech suisse
La restriction des âges et l'interdiction des réseaux sociaux aux plus jeunes commencent à se mettre en place dans les sphères politiques mondiales. Les gouvernements d'Europe, d'Amérique et d'ailleurs rivalisent de projets de loi.
En décembre 2025, l'Australie commençait à établir un périmètre de sécurité pour les enfants qui utilisaient Instagram, TikTok ou encore Facebook. Le pays a interdit aux moins de 16 ans de se connecter
Une tendance qui interroge Andy Yen, le patron de l'entreprise suisse Proton, service crypté de courriels et de stockage de données aux 100 millions d’utilisateurs.
Dans un long billet de blog publié le 23 avril, il expose la réalité des menaces en ligne pour les enfants et s'interroge sur «la course effrénée vers la vérification de l’âge». Il la juge inacceptable dans son approche et bien trop large dans sa portée.
Andy Yen écrit:
Avant de poursuivre:
Un constat qu'Yen avait résumé d'une formule percutante au Figaro:
Selon le boss de Proton, la vérification d'âge en ligne implique désormais la collecte de données sensibles (passeports, empreintes, etc.), ce qui entraîne inévitablement des fuites. Un cas est avancé: celui de Discord, où plus de 70 000 dossiers d'identité ont été piratés.
Confier cette tâche à des tiers spécialisés n'est pas non plus une garantie: ces entreprises deviennent des cibles encore plus attrayantes pour les hackers, et sont tentées de monétiser les données pour rentabiliser leur activité, pointe Yen.
Des failles déjà révélées
L'entrepreneur d’origine taïwanaise n'y va pas avec le dos de la cuillère et pointe également les failles de l'Union européenne concernant la protection des données. L'UE a mis en place une application mobile pour vérifier l’âge des utilisateurs.
Le hic: il n’aura fallu que quelques heures à des pirates pour contourner la sécurité, comme le relayait Politico. Andy Yen assène: «On ne peut pas compter sur les gouvernements pour venir à la rescousse.»
Alors, certains proposent de confier la vérification d'âge aux géants de la tech comme Apple ou Google, qui contrôlent les systèmes d'exploitation. Mais ces entreprises, déjà condamnées à des milliards d'amendes pour abus de leurs pratiques de collecte de données, ne feraient qu'accroître un pouvoir qu'elles ont déjà prouvé ne pas savoir utiliser de manière responsable, déplore Andy Yen.
A ses yeux, lier les comptes à des pièces d'identité officielles ouvrirait la porte à des dérives: ce qui commence comme un filtrage par l'âge pourrait rapidement évoluer en blocage par nationalité ou selon d'autres critères, avec un effet d'entraînement mondial. Pour le patron de Proton, «les entreprises technologiques ne devraient jamais devenir les gardiens de l'accès pour chaque adulte sur internet».
Pour autant, il reconnaît que la vérification d'âge est inévitable pour protéger les enfants des dangers des réseaux sociaux. Mais elle doit reposer sur des principes stricts et entièrement fait côté client, sur l’appareil de l’utilisateur: scan facial aussitôt supprimé et non sur des pièces d'identité importées.
«Réguler plutôt qu'interdire»
Face à ces positions, Jean-Bernard Moix, directeur de Promotion santé Valais (PSV), rappelle que la population a voté en septembre sur la loi sur l'e-ID. «On a enfin un moyen technique qu'on peut imposer aux plateformes pour la vérification de l'âge. Sa grande force, c'est qu'il est respectueux de la vie privée: aucune transmission de données aux plateformes, et on évite de devoir photographier sa pièce d'identité.»
Moix préfère d'ailleurs parler de «régulation plutôt que d'interdiction» pour l'accès au numérique.
Pour Andy Yen, la vérification d'âge n'est d'ailleurs pas l'essentiel. Le vrai problème est ailleurs: «Le modèle économique basé sur la publicité et l'attention, qui pousse presque chaque entreprise à espionner, à suivre et à maintenir tout le monde accro à ses produits — et les enfants en premier lieu.»
Jean-Bernard Moix partage ce diagnostic. «L'Etat doit réguler l'accès par l'âge pour protéger les plus jeunes, puis limiter les modèles qui rendent la jeunesse accro. C'est l'ensemble de ces règles qui les protègera», résume le directeur de PSV.
Dans une prise de position récente, Promotion santé Valais demande que les lois cantonales et fédérales de protection de la jeunesse soient explicitement étendues à l'environnement numérique.
