«Le record pourrait être dépassé»: pourquoi le prix de l'essence grimpe en Suisse
Les personnes qui se déplacent souvent en voiture l'ont sans doute déjà remarqué. Depuis quelque temps, essence et diesel sont de plus en plus chers dans notre pays. Les données du Touring Club Suisse (TCS) le montrent clairement. Après un premier pic en mars-avril, les prix du carburant ont repris leur hausse en juillet, puis encore en septembre. Les valeurs actuelles ont atteint des pics encore inégalés cette année.
Concrètement, selon les derniers pointages du TCS, le litre d'essence sans plomb 95 coûte désormais 2,05 francs, contre 2,30 francs pour le diesel. On se rapproche donc des records absolus enregistrés en 2022. Cette année-là, le litre de SP95 avait atteint 2,31 francs, et celui de diesel 2,40.
Ces écarts risquent de se réduire encore davantage, avance le TCS, tout en soulignant que prévoir précisément l’évolution des prix reste impossible. «Le diesel se situe déjà à seulement 10 centimes de son record», indique Jordan Girod, porte-parole du TCS. Et d'ajouter:
Guerres et fleuves
Plusieurs éléments expliquent cette flambée des prix, à commencer par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient. «Le détroit d’Ormuz est fortement perturbé et les Houthis ont désormais pris les positions stratégiques leur permettant de contrôler le détroit de Bab el-Mandeb», résume Jordan Girod. Près de 10% de la production mondiale de pétrole transite par ce détroit situé entre le Yémen, l'Erythrée et Djibouti.
De plus, les attaques contre les infrastructures pétrolières saoudiennes et les raffineries russes réduisent l’offre de pétrole et de produits raffinés, alors que les capacités de raffinage disponibles ailleurs sont limitées, ajoute le porte-parole.
A cela s'ajoutent les conséquences de la sécheresse chronique qui frappe l'Europe depuis des mois. «Le faible niveau du Rhin renchérit actuellement le carburant d’environ 15 centimes par litre», explique Jordan Girod. Le transport Rotterdam-Bâle coûte actuellement de 215 francs par tonne, contre 22 à 28 francs en situation normale - soit une hausse de plus de 800%.
Le taux de change entre le franc et le dollar, les coûts de raffinage et de distribution et la concurrence entre les stations-service influencent également les prix en Suisse.
Le diesel particulièrement touché
La situation actuelle se révèle particulièrement compliquée pour le diesel. Tout comme le mazout, ce dernier est un produit dérivé. «A l’approche de la saison de chauffage, la hausse de la demande de mazout peut donc également exercer une pression sur le prix du diesel», analyse Jordan Girod.
Ce carburant est largement utilisé dans le transport, la construction et l’industrie, mais les raffineries ne peuvent pas augmenter rapidement leur production de diesel au détriment de l’essence, précise le porte-parole du TCS.
Comme indiqué plus haut, une baisse des prix n'est pas nécessairement en vue. «Un tel scénario dépendra notamment de l’évolution du contexte géopolitique, de l’offre de pétrole et de produits raffinés sur les marchés, ainsi que du niveau du Rhin», conclut Jordan Girod. Pas plus tard que ce lundi, le baril d'or noir s'installait largement au-dessus des 100 dollars.
