Suisse
Transports

Les transports publics romands sévissent contre le bruit

Les transports publics lausannois lancent une campagne de sensibilisation contre le bruit des téléphones dans le bus.
Les transports publics lausannois (TL) ont lancé une campagne de sensibilisation contre le bruit des téléphones dans le bus.Image: image:tl / montage: watson

Cette habitude agace de plus en plus dans les bus romands

Début 2026, les transports publics lausannois ont instauré des zones silence dans les bus. L'usage des téléphones sans écouteurs est notamment interdit. Genève fait de même. Qu'en est-il des autres villes romandes? Et pourquoi cette décision? Réponses.
15.04.2026, 05:3215.04.2026, 05:32

Un signe qui demande le silence aux côtés d'un téléphone portable: l'autocollant a fait son apparition en début d'année dans les transports publics lausannois (TL). Le message est clair: à l'avant des bus désormais, les utilisateurs sont priés de ne pas utiliser leurs smartphones à plein volume. Fini, donc, les vidéos et la musique qui résonnent dans l'habitacle ou les conversations sur haut-parleur. Plus de 200 bus sont concernés.

L'autocollant en question:

Les autocollants qui indiquent les zones silence dans les bus lausannois.
Ce signe indique les zones silence dans les bus lausannois.Image: watson

En effet – vous l'aurez peut-être remarqué – ces nuisances sonores sont de plus en plus récurrentes dans les transports en commun en Suisse romande. «A Lausanne, ce sont les clients et le personnel qui ont fait remonter la problématique», explique Martial Messeiller, porte-parole des TL. En réponse, la compagnie a déployé une campagne de sensibilisation dans les véhicules. Son impact sera évalué dans une année. Les premiers retours sont positifs.

«Des comportements plus respectueux sont attendus dans les zones silence. Mais nous ne pouvons pas réglementer: c'est au bon vouloir de chacun. Il est cependant important de faire attention, notamment pour ne pas troubler l'attention des conducteurs.»
Martial Messeiller, porte-parole des TL.

Outre l'aspect sécuritaire – l'une des inquiétudes relevées par les voyageurs – le «bruit constant» est pointé du doigt. «Au fil du temps, ça use les conducteurs», poursuit Martial Messeiller, citant en exemple le fait de conduire une voiture avec des enfants qui chahutent à l'arrière.

«Le climat d'incivilité s'installe lorsque des comportements anormaux deviennent la norme. Réduire le bruit apaise. Nous souhaitons que cette mesure simple améliore la qualité de vie.»
Martial Messeiller

Genève pionnière

Lausanne n'est toutefois pas la première à sévir. A Genève, les premiers tests ont été effectués en 2024. Ils se sont avérés concluants. Des autocollants «zones silence» ont donc été apposés dans les bus en janvier 2025 et un spot consacré au respect du volume sonore est dorénavant diffusé. Des conducteurs des transports publics genevois (TPG) s'étaient d'ailleurs exprimés sur la problématique au micro de Radio Lac: «Lorsque les passagers mettent le haut-parleur, ce n'est pas évident. Les clients viennent ensuite se plaindre auprès de nous», racontait l'un d'eux. Un autre déclarait:

«Si les gens écoutent de la musique sans écouteurs ou parlent fort au téléphone, c'est important de les sensibiliser pour qu'ils fassent moins de bruit. Nous pouvons ainsi nous concentrer sur notre conduite et les ramener à bon port en sécurité.»
Un conducteur des TPG à Radio Lac, en janvier 2026.

Aujourd'hui, «l'autocollant "zone silence" est par conséquent un élément qui permet de demander à quelqu'un de baisser le son», se réjouit François Mutter, porte-parole des TPG.

Qu'en est-il des autres cantons romands?

Dans le Jura, le réseau Mobiju n'a pour l'heure pas instauré de zones silencieuses. En revanche, suite aux retours des collaborateurs et des clients, une campagne de sensibilisation pour diminuer les «incivilités croissantes» – le bruit notamment – est mise en place depuis 2024.

A Neuchâtel, les transports publics neuchâtelois (transN) préfèrent rendre attentif «au respect des autres», répond Aline Odot, responsable communication, mais pas d'interdiction de bruit. Comme ses homologues lausannois et genevois, elle confirme qu'aucune sanction n'est possible:

«Je ne vois pas quel article de la Loi fédérale sur le transport des voyageurs pourrait la justifier»

De leur côté, les transports publics fribourgeois (TPF) confirment avoir reçu environ quatre ou cinq réclamations sur les douze derniers mois. Elles concernaient du bruit causé par les haut-parleurs des téléphones ou par des clients qui écoutaient de la musique. Malgré cela, ils n'ont pas pour projet d'installer des zones silence.

«Ces situations se résolvent le plus souvent d’elles-mêmes, grâce à l’intervention orale d’autres clients ou du conducteur»
Jérôme Gachet, responsable communication des TPF.

Incivilité ou intolérance?

Interrogé sur ces initiatives, Luca Pattaroni, co-directeur du Laboratoire de sociologie urbaine de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), met d'entrée de jeu en garde: écouter de la musique ou une vidéo sans écouteurs et parler au téléphone sur haut-parleur dans les transports publics ne sont pas forcément des comportements qui relèvent de l'incivilité.

«Les smartphones engendrent une démultiplication des sources sonores. Tout le monde est susceptible un jour de produire ce type de bruit»
Luca Pattaroni, co-directeur du Laboratoire de sociologie urbaine de l'Epfl.

Certes, certains individus ne se préoccupent pas du dérangement qu'ils causent. A l'inverse, «d'autres ont peut-être simplement oublié leur casque ou ne maîtrisent pas leur téléphone, comme les personnes âgées». Quant aux jeunes, «ils ont pris l'habitude» de consommer du contenu sur haut-parleur. Et de poser la question suivante:

«Le seuil de tolérance vis-à-vis du bruit dans les espaces publics varie selon les pays. En Suisse, veut-on sanctuariser les transports en commun?»
Luca Pattaroni

Luca Pattaroni admet tout de même que le son émis par un smartphone dans un bus – décrit comme «nasillard» – détonne et dérange. En cause? Il ne fait pas naturellement partie de l'environnement sonore, contrairement à une conversation entre des personnes. A ceci s'ajoute le fait qu'une partie des passagers voyage pour aller ou en rentrer du travail. Ils sont donc souvent «stressés ou fatigués et considèrent le temps de trajet comme un moment important dans la journée, durant lequel ils peuvent se reposer».

«En Suisse, on ne peut plus faire de bruit après 22 heures. Une régulation existe. Dès lors, il est compréhensible d'avoir une politique du son autour des téléphones portables dans l'espace public.»
Et vous, qu'en pensez-vous?
Au total, 75 personnes ont participé à ce sondage.
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