Cette habitude agace de plus en plus dans les bus romands
Un signe qui demande le silence aux côtés d'un téléphone portable: l'autocollant a fait son apparition en début d'année dans les transports publics lausannois (TL). Le message est clair: à l'avant des bus désormais, les utilisateurs sont priés de ne pas utiliser leurs smartphones à plein volume. Fini, donc, les vidéos et la musique qui résonnent dans l'habitacle ou les conversations sur haut-parleur. Plus de 200 bus sont concernés.
L'autocollant en question:
En effet – vous l'aurez peut-être remarqué – ces nuisances sonores sont de plus en plus récurrentes dans les transports en commun en Suisse romande. «A Lausanne, ce sont les clients et le personnel qui ont fait remonter la problématique», explique Martial Messeiller, porte-parole des TL. En réponse, la compagnie a déployé une campagne de sensibilisation dans les véhicules. Son impact sera évalué dans une année. Les premiers retours sont positifs.
Outre l'aspect sécuritaire – l'une des inquiétudes relevées par les voyageurs – le «bruit constant» est pointé du doigt. «Au fil du temps, ça use les conducteurs», poursuit Martial Messeiller, citant en exemple le fait de conduire une voiture avec des enfants qui chahutent à l'arrière.
Genève pionnière
Lausanne n'est toutefois pas la première à sévir. A Genève, les premiers tests ont été effectués en 2024. Ils se sont avérés concluants. Des autocollants «zones silence» ont donc été apposés dans les bus en janvier 2025 et un spot consacré au respect du volume sonore est dorénavant diffusé. Des conducteurs des transports publics genevois (TPG) s'étaient d'ailleurs exprimés sur la problématique au micro de Radio Lac: «Lorsque les passagers mettent le haut-parleur, ce n'est pas évident. Les clients viennent ensuite se plaindre auprès de nous», racontait l'un d'eux. Un autre déclarait:
Aujourd'hui, «l'autocollant "zone silence" est par conséquent un élément qui permet de demander à quelqu'un de baisser le son», se réjouit François Mutter, porte-parole des TPG.
Qu'en est-il des autres cantons romands?
Dans le Jura, le réseau Mobiju n'a pour l'heure pas instauré de zones silencieuses. En revanche, suite aux retours des collaborateurs et des clients, une campagne de sensibilisation pour diminuer les «incivilités croissantes» – le bruit notamment – est mise en place depuis 2024.
A Neuchâtel, les transports publics neuchâtelois (transN) préfèrent rendre attentif «au respect des autres», répond Aline Odot, responsable communication, mais pas d'interdiction de bruit. Comme ses homologues lausannois et genevois, elle confirme qu'aucune sanction n'est possible:
De leur côté, les transports publics fribourgeois (TPF) confirment avoir reçu environ quatre ou cinq réclamations sur les douze derniers mois. Elles concernaient du bruit causé par les haut-parleurs des téléphones ou par des clients qui écoutaient de la musique. Malgré cela, ils n'ont pas pour projet d'installer des zones silence.
Incivilité ou intolérance?
Interrogé sur ces initiatives, Luca Pattaroni, co-directeur du Laboratoire de sociologie urbaine de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), met d'entrée de jeu en garde: écouter de la musique ou une vidéo sans écouteurs et parler au téléphone sur haut-parleur dans les transports publics ne sont pas forcément des comportements qui relèvent de l'incivilité.
Certes, certains individus ne se préoccupent pas du dérangement qu'ils causent. A l'inverse, «d'autres ont peut-être simplement oublié leur casque ou ne maîtrisent pas leur téléphone, comme les personnes âgées». Quant aux jeunes, «ils ont pris l'habitude» de consommer du contenu sur haut-parleur. Et de poser la question suivante:
Luca Pattaroni admet tout de même que le son émis par un smartphone dans un bus – décrit comme «nasillard» – détonne et dérange. En cause? Il ne fait pas naturellement partie de l'environnement sonore, contrairement à une conversation entre des personnes. A ceci s'ajoute le fait qu'une partie des passagers voyage pour aller ou en rentrer du travail. Ils sont donc souvent «stressés ou fatigués et considèrent le temps de trajet comme un moment important dans la journée, durant lequel ils peuvent se reposer».
