«Berne, 21h08, la Suisse est en guerre»
«Berne, 21h08, la Suisse est en guerre», annonce, la voix grave, le présentateur du Tagesschau, le téléjournal alémanique. A l’approche de la votation pour «une neutralité perpétuelle et armée» du 27 septembre, les Jeunes UDC ont dégainé une vidéo de deux minutes à la fois catastrophiste et plutôt bien fichue.
La dystopie imaginée par la branche jeunesse de la formation nationaliste nous plonge dans un décor de fin de clarté. Une première bombe en forme de champignon atomique explose sur la capitale. D’autres lieux du pays sont touchés par des attaques aériennes. La mobilisation est décrétée. Un fils en uniforme, paquetage au dos, dit au revoir à sa mère sur le pas-de-porte du domicile familial. Elle glisse une photo d’elle et lui dans une poche latérale de son treillis. Elle pressent qu’elle voit son fils peut-être pour la dernière fois en vie. Elle ne se trompe pas. Il meurt au combat, dans le crépitement nocturne et infernal des armes.
La vidéo des Jeunes UDC
Réalisé sans IA mais avec des effets spéciaux, selon les Jeunes UDC, le très court métrage se termine au cimetière, la maman accroupie face à la croix de la tombe de son garçon, filmée en contre-plongée dans un ciel gris.
«Volontairement provocatrice et choc»
Président des Jeunes UDC Vaud, Colin Métraux, qui précise n’avoir pas participé à l’élaboration de cette vidéo, la décrit comme «volontairement provocatrice et choc».
Une dramaturgie qui évoque une vidéo salafiste de 2014
Donald Trump a fait produire moult vidéos générées par l'intelligence artificielle, dernièrement pour les besoins de sa guerre en Iran, il y a un an pour son projet immobilier dans la bande de Gaza. Quant à la vidéo «anti-guerre» des Jeunes UDC, elle ressemble dans sa dramaturgie à celle qu’avaient produite en 2014 les salafistes du Conseil central islamique suisse (CCIS). Même atmosphère lugubre et même plan sur la flèche de la Collégiale de Berne, symbole patrimonial par excellence.
Le propos n’était pas le même: là où l’UDC entend mettre en garde contre la guerre, afin qu’elle «n’arrive jamais» en Suisse, le CCIS – alors en pleine phase offensive sur le plan idéologique et dont trois de ses membres seraient condamnés pour apologie du terrorisme après la diffusion, en 2015, d’une interview vidéo d’un cadre de la branche syrienne d’Al-Qaïda – faisait déferler des forêts de jeunes musulmans déterminés à vivre librement leur religion en Suisse, selon la conception de l'islam alors promue par le CCIS.
En dépit de ces scénarios différents, les deux vidéos empruntent au registre de la dystopie sur fond de menaces et de décors mêlant la nature froide et la ville assiégée. Les Jeunes UDC convaincront-ils avec la leur?
