Suisse
Commentaire

Initiative neutralité: les Suisses vont voter sur un cadavre

Image
Commentaire

Neutralité: pourquoi voter oui ne changera rien

La chute de l'URSS a porté un coup sévère, sinon fatal, à la neutralité suisse. Même acceptée, l'initiative du 27 septembre soutenue par l'UDC serait difficilement applicable, tant la Suisse a choisi son camp et ses armes.
31.08.2026, 18:5701.09.2026, 20:05

Allons droit au but: la neutralité protège de la mort. Tel est son office le plus concret. En étant neutres et armés, la Providence aidant, les Suisses ont échappé aux atrocités de la Seconde Guerre mondiale. Ce récit un brin mystique a longtemps prévalu. Sauf qu’il ne suffit pas que vous vous déclariez neutre, encore faut-il que les Etats, en particulier les plus belliqueux d’entre eux, vous reconnaissent ce statut. De la même manière qu’on vous désigne neutre, on vous désigne ennemi. Les Belges, qui avaient proclamé leur neutralité à la veille de la guerre, ont été envahis par les troupes du IIIe Reich.

La neutralité n’est donc pas une assurance-vie à tout coup. La façon dont la Russie s’amuse du cas suisse en soufflant le chaud et le froid sur la votation du 27 septembre sur la neutralité soutenue par l’UDC le démontre. Pour Poutine, un bon neutre est un neutre neutralisé. C’était à peu près pareil pour l’Allemagne nazie. La rapidité avec laquelle la Suède et la Finlande ont abandonné leur neutralité au profit d’une adhésion à l’Otan, leur nouvelle assurance-vie après l'invasion russe de l'Ukraine, montre bien la nature aléatoire et circonstancielle de la neutralité.

Que reste-t-il aujourd’hui de la neutralité suisse? Pas grand-chose. Devenue progressivement neutre à compter du Traité de Westphalie de 1648, se voyant imposer ce statut par les puissances européennes dans la foulée du Traité de Vienne de 1815, la Suisse a poursuivi deux objectifs: éviter que le territoire suisse soit investi par un belligérant étranger au détriment d’un autre; maintenir la paix intérieure.

La Première Guerre mondiale fut la dernière guerre en Europe où ce double objectif fut au cœur de la neutralité suisse. Sur un plan interne, on ne redoutait plus les guerres de religion, mais la discorde pouvant conduire à l’éclatement entre Romands pro-français et Alémaniques pro-prussiens.

La neutralité s'est défaite d'elle-même

Premier conflit idéologique et non plus uniquement porté par des visées impériales, la Seconde Guerre mondiale ne laissa pas la neutralité suisse indemne. Face aux idéologies, il est plus compliqué, sinon moins admissible, de rester neutre. Dès 1945, il fut clair que la Suisse était solidement arrimée au bloc occidental.

Ce n’est pas parce qu’elle joua, avec profit pour elle-même et pour des parties en conflit qui cherchaient à en sortir, le rôle de neutre, qu’elle était neutre. Ce rôle dit de bons offices, elle l’a peu à peu perdu avec la chute de l’Union soviétique. On assiste, depuis, à un lent détricotage de la neutralité suisse, une convention à laquelle on croit encore par habitude ou par crainte qu’elle ne se délite tout à fait.

Indépendamment des intérêts entrepreneuriaux prêtés à Christoph Blocher en Russie, l’initiative «Pour une neutralité suisse perpétuelle et armée» lancée par Pro-Suisse, un comité piloté par des personnalités de l’UDC, vise à sauver un bien menacé de disparition. On peut au moins faire crédit au père de l’UDC moderne de cette volonté.

De la même manière que les parlementaires français ont voté l’inscription du droit à l’avortement dans la Constitution pour la protéger des attaques des réactionnaires, les tenants d’une neutralité «perpétuelle» entendent la mettre à l’abri de ceux qui pourraient vouloir la dépecer.

Acceptée, l'initiative serait difficilement applicable

Mais quand bien même les Suisses et les cantons diraient «oui» à cette initiative, cela changerait-il quoi que ce soit à la donne diplomatique et militaire de la Suisse? Probablement pas. Les Suisses ont compris que leur sécurité passait par une coopération renforcée avec leurs alliés, le terme qui convient, tous ou presque dans l’Otan. Le commandement suisse le sait. Tout le monde le sait. Même l’UDC. Ce n'est pas le texte mis au vote le 27 septembre qui aurait pu empêcher la reprise par la Suisse le 28 février 2022 des sanctions européennes frappant la Russie. Cela aussi, l’UDC le sait.

Que reste-t-il de la neutralité? Si elle demeure – peut être son seul véritable office – un antidote à la discorde intérieure, elle est devenue un argument auquel ont recours, politiquement et principalement, tout ou partie des opposants historiques, de gauche comme de droite, à l’«impérialisme américain», une posture qui date bien d’avant Trump, ainsi que les contempteurs de la politique étrangère du DFAE, qui, sur fond de 7-Octobre et de drame gazaoui, ne pardonnent pas à Ignazio Cassis et au Conseil fédéral d’avoir cassé la «politique arabe» de la Confédération. Pour notre part, nous pensons que les exportations suisses doivent davantage à la réputation du «Swiss Made» qu'à la neutralité.

Seul Trump peut donner des voix supplémentaires

Paradoxalement, et c’est une ironie de l’Histoire, le seul qui pourrait ajouter des voix supplémentaires à l’initiative sur la neutralité, c’est Trump. Parce que les Etats-Unis se montrent à nouveau impérialistes territorialement? Peut-être, mais surtout, parce que ce président est en train de désidéologiser les rapports internationaux pour refaire d'eux avant tout une affaire de puissances, et non plus, en apparence, de valeurs à défendre ou à combattre.

A cette aune-là, les Suisses pourraient se dire qu’il vaut mieux rester dans la coquille de la neutralité. Mais ils n’y seraient pas plus en sécurité face au cynisme des puissances impérialistes. La coopération diplomatique et militaire avec l’Europe demeure primordiale. Les valeurs ne sont pas un gros mot.

Des disparus après une crue dans le Grand Canyon
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
4 Commentaires
Votre commentaire
YouTube Link
0 / 600
4
Qui est le procureur de la fusillade d'Aarau?
Procureur argovien de longue date, Christoph Rüedi dirige l'enquête contre l'auteur présumé des tirs mortels à Aarau. Il s'est notamment fait connaître dans plusieurs dossiers retentissants, dont la tentative de chantage sur l'ancien conseiller fédéral Alain Berset.
Après la fusillade survenue à l'issue d'une rave à Aarau, le procureur général en chef Philipp Umbricht a annoncé dimanche soir que le Ministère public de Lenzbourg-Aarau avait ouvert une procédure. On apprend ce mercredi que l'enquête contre l'auteur présumé des tirs mortels est dirigée par le procureur Christoph Rüedi.
L’article