Cet ex-filiale de la Poste et des CFF va être vendue
C'est fini: l'entrepreneur suisse du vélo Thomas Binggeli se retire de la société de location de vélos Publibike. «Pour moi, personnellement, c'est le bon moment pour me reconcentrer pleinement sur mes activités principales», indique-t-il. C'est-à-dire: la marque Thömus, le détaillant Twinner, le Swiss Bike Park et la société Datasport.
Mais Thomas Binggeli n'est pas le seul à partir. Tous les actionnaires, à l'exception du patron de l'entreprise Markus Bacher, ont vendu leurs parts. Markus Bacher reste actionnaire minoritaire, précise-t-il. Il ne souhaite pas révéler l'ampleur de sa participation. Le reste appartient désormais à la société de private equity Vision Edge One, basée à Londres.
Un investissement stratégique
L'entreprise suisse de location de vélos, dont la clientèle compte notamment les villes de Fribourg, d'Aigle (VD), de Martigny (VS), de Bienne (BE), de Berne, de Bâle et de Zurich, devient ainsi britannique. Avec ce changement de propriétaire, la rentabilité devrait passer davantage au premier plan.
En règle générale, les sociétés de private equity veulent en effet voir un retour sur leur investissement. Markus Bacher, qui reste directeur sous les nouveaux propriétaires, souligne toutefois que Vision Edge One s'est engagée «à long terme», pour «au moins cinq ans».
Dans le portefeuille de la société de participation britannique figure déjà un loueur de vélos, Inurba Mobility, actif notamment en France, en Finlande et en Pologne. Vision Edge One y voit, selon ses propres termes, un «potentiel de synergies considérable» avec Publibike, «notamment grâce à l'échange de technologies et de savoir-faire commercial, ainsi qu'à des effets d'échelle dans l'activité opérationnelle sur l'ensemble de la plateforme».
Beaucoup d'argent public
Aujourd'hui, Publibike exploite le service officiel de location de vélos dans plusieurs villes et perçoit, à cet effet, un soutien financier. A Berne, Publibike a remporté le dernier appel d'offres face à un concurrent et perçoit de la ville, pour la période 2026 à 2029, entre 340 000 et 440 000 francs par an. La ville de Bienne et les communes environnantes ont également attribué, il y a quelques jours seulement à Publibike, l'exploitation d'un système de location, pour lequel elles versent un peu plus de 212 000 francs par an.
En juin, le canton de Bâle-Ville a lui aussi prolongé de trois ans le contrat de prestations avec Publibike, en lui accordant jusqu'à 400 000 francs par an au titre de garantie de déficit.
La ville de Zurich a prolongé son contrat avec Publibike en 2023, et le Parlement a en outre approuvé en 2024 une extension supplémentaire du système. Pour une durée de dix ans, la ville devra désormais payer au maximum 19,1 millions de francs. Ce projet a suscité des critiques au sein du Parlement municipal. Les Verts libéraux ont ainsi souligné que, dans la ville de Zurich, trois quarts de tous les trajets Publibike sont effectués avec des abonnements «Business», c'est-à-dire par des personnes qui bénéficient d'un abonnement à tarif réduit de la part de leur employeur, voire qui roulent gratuitement.
Parmi les principaux clients commerciaux figurent souvent les villes elles-mêmes, qui souscrivent des abonnements pour leurs collaborateurs. Zurich achète 3000 abonnements de ce type, Berne finance même les vélos en location pour jusqu'à 6500 collaborateurs. Publibike n'est donc pas seulement financée par l'argent des contribuables pour son exploitation: les pouvoirs publics comptent aussi parmi ses meilleurs clients.
L'enfant à problèmes de la Poste
En 2016, lorsque Publibike avait décroché pour la première fois le mandat à Zurich, le discours était tout autre. A l'époque, l'entreprise, qui appartenait encore au groupe Poste et aux CFF, promettait de pouvoir exploiter le service sans subventions. Cela n'a toutefois pas fonctionné, et Publibike est restée dans les chiffres rouges.
En 2022, la Poste a tiré la sonnette d'alarme. Le groupe étatique a vendu cette activité déficitaire, pour un montant non communiqué, à Markus Bacher, alors déjà directeur de l'entreprise, à Thomas Binggeli, ainsi qu'à l'entrepreneur informatique Guido Honegger, qui avait fondé l'entreprise Green et l'avait dirigée pendant des années en tant que CEO. Markus Bacher affirme aujourd'hui:
Il entend toutefois par «opérationnellement» le résultat d'exploitation au niveau de l'Ebitda (réd: la mesure de rentabilité opérationnelle pure d'une entreprise, avant de tenir compte des intérêts, des impôts, des amortissements et des dépréciations). Au final, l'entreprise devrait continuer à afficher une perte.
Depuis un an, Publibike propose également des trottinettes électriques, environ 500 au total, précise Markus Bacher. Ces véhicules sont disponibles à Zurich, à Bienne et dans le Tessin. Il ne s'agit toutefois pas d'une activité subventionnée: elle n'est pas financée par les communes. Les perspectives de croissance restent plutôt modestes dans ce domaine, comme l'affirme Markus Bacher:
Publibike compte actuellement environ 10 500 vélos.
Des critiques sur le mode d'exploitation
Publibike rencontre également des difficultés dans son cœur de métier. A Lausanne, l'entreprise a récemment perdu un mandat au profit de la concurrence. Et dans la ville de Berne, l'entreprise ne respecte pas les exigences municipales en matière de disponibilité des vélos, rapportait récemment le journal Der Bund. De nombreuses stations seraient désertées.
La ville a indiqué au journal que la situation était «insatisfaisante». Le problème doit être résolu d'ici l'automne, a exigé le directeur des transports de la ville, Matthias Aebischer (PS). Sans quoi les paiements seront réduits.
Publibike exploite des offres avec stations fixes. Les vélos et vélos électriques doivent y être empruntés et restitués. A l'inverse, des prestataires comme Lime, Bolt ou Voi misent sur des modèles en «free floating». Dans ce cas, les vélos peuvent être déposés sur le domaine public, les villes pouvant définir certaines zones où cela est interdit. Les utilisateurs peuvent localiser le véhicule le plus proche via une application. (trad. ysc)
