Ce Romand va vendre sa célèbre «sauce secrète» au grand public
C’est le rêve de tout gourmand fan d’un restaurant, d’une échoppe à burgers ou d’une sandwicherie à la mode: emporter la sauce du chef au bercail et s’en servir quand bon lui semble.
Si de nombreuses sauces devenues iconiques protègent leurs petits secrets comme un trésor de guerre, de celle du Big Mac à la fameuse sauce café de Paris originale, dont la recette dort paisiblement dans un coffre-fort à Genève, d’autres se démocratisent pour finir dans notre frigo, comme celle de la chaîne américaine Chick-fil-A. Plus près de chez nous, en Valais, Arthur Vocat a réalisé un petit rêve: commercialiser sa «sauce secrète» à plus grande échelle, avec l’aide de l’empire suisse du cornichon, Hugo Reitzel.
Fondateur de la marque Shaft, basée à Martigny, cet ingénieur œnologue hyperactif et touche-à-tout concocte depuis 2020 un smash burger que les Valaisans (mais de loin pas que) se bousculent pour dévorer à la taproom & biergarten de White Frontier.
Car, oui, Shaft, malgré un premier essai il y a quelques années, n’a pas de restaurant fixe. Entre popups et résidences, notamment au Flon à Lausanne à l’été 2025, «notre burger est un éternel nomade», explique Arthur Vocat, également membre de la cinquième génération Morand et «en charge de la recherche et du développement» au sein de la célèbre distillerie familiale. «Shaft est une sorte de passion pour moi», nous glisse-t-il avant d’expliquer comment la nouvelle vie de sa «sauce secrète» s’est goupillée:
Pour contenter son public, Arthur Vocat devait donc dénicher le partenaire idéal. Assez solide pour rendre le projet viable, mais avec un ancrage local fort: « C’est donc tout naturellement que je suis allé toquer à la porte de la société Hugo Reitzel, fondée et toujours basée à Aigle ». De l’avis d’Arthur Vocat, le grand spécialiste des condiments fermentés en tout genre a su «rester dynamique et essaie sans arrêt de nouvelles choses, notamment avec des partenaires locaux».
Il y a une petite année, le courant est passé, la première rencontre fut concluante et le (long) processus a pu être lancé.
Restait le plat de résistance: muscler une petite sauce artisanale en produit standardisé, sans s’éloigner de la formule qui a fait son succès. Car les sauces que l’on trouve dans le commerce sont pasteurisées et doivent répondre à des standards de sécurité alimentaire différents de celles d'une échoppe à burger.
Pour y parvenir, Arthur Vocat a évidemment mis la main la pâte, dans les laboratoires de Hugo Reitzel. «Je devais redonner vie à ma sauce, mais avec les ingrédients que la société utilise. Un défi passionnant et très instructif.»
Verdict sur le produit final, après plusieurs allers-retours en laboratoire? «C’est bluffant, je crois qu’on a réussi notre pari», se réjouit Arthur, 31 ans, qui va pouvoir satisfaire une clientèle qui peut déjà y goûter depuis quelques jours: «Certains me disent qu’ils se réjouissent d’en mettre sur les pâtes en rentrant de soirée au petit matin et, pour l’instant, les retours sont très positifs».
Il faut préciser aussi que cette collaboration tombait plutôt à pic pour le géant suisse, car «ils étaient en train de mettre en place une série de condiments et ils leur manquaient la sauce burger quand je les ai contactés», admet le jeune patron. Une sauce qui n’est plus totalement secrète, puisque sa composition est désormais affichée au dos de la bouteille: «Ah, ah, oui, c’est vrai pour les ingrédients, mais pas pour les proportions. J’ai déjà essayé de fabriquer ma propre sauce sans peser les ingrédients et c’était une catastrophe!»
A-t-il l’impression de s’être vendu à un géant industriel?
Comme pour les malakoffs de la célèbre auberge de Luins (VD), aujourd’hui disponibles à la Coop, la sauce Shaft pourrait bien se retrouver elle aussi dans les imposants rayons de la grande distribution.
C’est un objectif? «Non, du moins pas dans l’immédiat, on verra l’année prochaine. Vous savez, c’est très compliqué d’entrer chez Coop ou Migros, ils doivent déjà avoir quinze sauces burgers différentes», nous balance Arthur, pragmatique, avant de causer des chiffres de cette étonnante collaboration: «C’est une licence. On touche des royalties à chaque bouteille vendue».
Pour y goûter, ça se passe pour l’heure sur le site officiel de Hugo Reitzel et la boutique en ligne de Shaft.
