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Incendies géants: voici comment la Romandie se prépare

Des feux géants comme en France? «On ne verra pas ça en Suisse»

Alors que les mégafeux de forêts ravagent l'Europe, qu'en est-il en Romandie? Sébastien Lévy, responsable prévention des dangers naturels à l'Etat de Vaud, fait le point sur l'état des massifs forestiers et les mesures envisagées pour l'avenir.
05.08.2026, 05:3105.08.2026, 07:12

Les incendies de forêt embrasent l'Europe entière. En Suisse aussi, la sécheresse donne des sueurs froides aux autorités, au point qu'en Valais, la forêt de Pauges, qui s'étend des hauts de Bramois jusqu'à Nax, a dû être fermée au public.

Une mesure qui pourrait bien devenir la nouvelle norme sur le territoire helvétique. Sébastien Lévy, responsable prévention des dangers naturels à la division forêt de la Direction générale de l'environnement (DGE) vaudoise, dresse un état des lieux du massif vaudois et esquisse les mesures qui pourraient s'imposer, demain, sur l'ensemble du territoire.

Pour démarrer, que pensez-vous de cette déclaration du chef de détachement suisse romand en France, selon laquelle un incendie hors norme en Suisse ne serait «qu'une question de temps»?
Elle est assez choc, je ne sais pas dans quel contexte elle a été formulée. Chez nous, il s'agit plutôt de petits feux, qui cumulent une dizaine d'hectares. Si l'on prend l'exemple de l'incendie de Bitsch, en Valais, en juillet 2023, il s'agit d'un événement qui sort clairement de la norme. Chez nous, une centaine, voire quelques centaines d'hectares, reste un scénario envisageable et nous devons bien évidemment anticiper ce risque et nous y préparer. En revanche, des feux comme en Gironde, avec ses 40 000 hectares, ce sont des événements que nous ne verrons pas en Suisse.

«Nous nous préparons plutôt à des feux d'altitude, capables de remonter une crête et particulièrement difficiles à éteindre»

C'est pour ce type de feu, hors norme pour notre contexte, que nous nous organisons.

Aujourd'hui, comment jugez-vous l'état de nos forêts?
L'état de nos forêts est évidemment préoccupant. Elles souffrent de la chaleur et de la sécheresse, comme partout en Europe. La Suisse n'est pas épargnée.

«Nos forêts n'ont pas connu de pluie depuis le mois d'avril, dernier gros épisode de précipitations»

Entre ce manque d'eau et les fortes chaleurs qui font évaporer leurs maigres réserves, on observe clairement des signes de flétrissement de la végétation: des feuilles qui se recroquevillent, certains arbres qui perdent déjà leur feuillage. Il s'agit là d'un mécanisme de défense, les arbres réduisant ainsi leurs besoins hydriques.

Pourquoi la Suisse n'est pas touchée par les feux de forêts malgré la sécheresse?
Si nous regardons le canton de Vaud, nous avons des forêts assez morcelées sur le Plateau, des séparations assez franches entre les zones bâties et les zones agricoles. Et le type de végétation est différent.

Et de nombreux secteurs, comme le Bois de la Glaive dans les hauts d'Ollon qui s'est embrasé en mars 1997, sont des secteurs difficiles d'accès, très pentus.
En termes d’incendies dans la pente, les comportements sont assez particuliers, comme nous avons pu le voir à Bitsch. Mais de notre côté, il y a eu une prise de conscience bien avant, en 2018 déjà. C'était une thématique que nous avions empoignée: comment se préparer, comment anticiper ces feux de forêt. Il y a également eu un coup d'accélérateur avec un feu qui s'est déroulé en 2022, dans le Jura français (réd: dans la région de Cernon, au nord-ouest de Genève) qui a amené pas mal de fumée chez nous.

Lors de notre reportage au Bois de la Glaive, nous avons appris que la zone d’accès pour les pompiers est actuellement en chantier.
Nous en sommes tout au début de la démarche. Une analyse des risques a été menée sur l'ensemble des forêts vaudoises, afin d'identifier les massifs les plus exposés et de déterminer, notamment, leur sensibilité au départ de feu. Plusieurs critères ont été pris en compte: la pente, les essences présentes, la proximité des infrastructures humaines, le tout croisé avec l'accessibilité du terrain en cas d'incendie.

«Cette analyse permettra de déterminer quelles forêts sont les plus à risque et doivent être considérées comme prioritaires»

Pour l'heure, ce travail n'est pas encore tout à fait finalisé. Sur les massifs vaudois identifiés, des plans d'intervention et de prévention seront mis en place, en collaboration avec l'ECA Vaud.

Des mesures pourraient tomber rapidement?
Des mesures particulières pourraient être mises en place dans certains secteurs: interdiction de fumer, restriction d'accès à certaines zones, ainsi que des mesures d'intervention spécifiques. Au Bois de la Glaive, il est interdit de faire du feu toute l'année, par exemple. Un exercice pilote a d'ailleurs été mené au mont d'Arvel, à Villeneuve, à proximité de la carrière. Aujourd'hui, ce projet pilote est terminé, et l'analyse est en cours pour déterminer sur quels autres secteurs il pourrait être reproduit.

Pourrait-on voir une mise en place de pare-feu dans les forêts vaudoises, par exemple, pour éviter ou prévenir des incendies?
Non, nous ne sommes pas dans cette logique. Il y a toujours une priorisation dans la gestion forestière: les incendies en font partie, mais ils ne sont pas les seuls enjeux. Il faut déterminer quel objectif doit primer, à travers une pesée des intérêts en présence, comme l'accès du public à la forêt.

«Interdire l'accès à une forêt ou une partie de forêt peut, dans certaines situations exceptionnelles, être une solution»

On ne devrait pas le faire à force, lorsqu’on voit que 95% des incendies en forêt sont d’origine humaine.
De manière globale, c’est quelque chose de très difficile. J’étais en vacances l'an dernier dans l’Ariège, dans le sud de la France, et des massifs complets étaient interdits d’accès, barricadés même. En Suisse, L’interdiction d’accès à une forêt ou une partie d’une forêt est possible si le contexte l’impose. Une interdiction totale d’accès aux forêts du canton n’est quant elle pas envisageable.

«La situation forestière actuelle a changé: on ne peut plus, comme avant, empiler trois pierres et allumer un feu pour faire ses grillades»

La plus part des gens sont sensibles. Il reste toujours une part de la population plus difficile à sensibiliser.

Les départs de feu à ce jour sont uniquement dus à de la négligence?
Il y a à la fois une part de négligence et une part de malchance. Lors des travaux de moisson, par exemple, il suffit qu'une moissonneuse heurte un caillou pour produire des étincelles. Et le feu peut partir d'un coup. Impossible d'empêcher ce genre d'incident. Avec cette sécheresse, tout s'enflamme en un instant.

Vidéo: watson

Il y a quand même un espoir, il n’y a pas que du négatif?
Côté réjouissant: depuis l'interdiction des feux en plein air dans le canton, début juillet, un effet s'est fait sentir. Les pompiers rapportent une baisse du nombre d'interventions, grâce au respect des règles par la population.

«Les départs de feu sont restés rares. Un signe que la communication autour des restrictions en vigueur porte ses fruits»

Quand on parlait d’interdiction, comme les autorités valaisannes l'ont instauré, peut-on se retrouver à des interdiction des secteurs très prochainement?
Cela pourrait arriver, oui. Simplement, notre connaissance du danger, massif par massif, n'est pas encore suffisamment fine. Cette réflexion rejoint d'ailleurs ce dont nous parlions plus tôt: il faut d'abord déterminer ce qu'impliquerait une telle mesure. Faudra-t-il installer des barrières? Faire appel à la Protection civile? Ces questions font partie intégrante de notre futur plan de prévention.

Il y a des massifs que vous surveillez avec plus d'attention?
Je pense à tout le pied du Jura avec des conditions très sèches. Il y a tout le pied du Chablais aussi qui est sensible. Ce sont des aspects qui sont liés aux caractéristiques de la forêt ou du sol, ce n'est pas forcément les aspects liés aux risques.

«Dans la région de la Riviera, par exemple, il s'agit essentiellement de forêts de protection. Même si elles sont relativement peu sensibles au feu, un incendie y serait catastrophique»

Et si elles brûlent, nous allons devoir les remplacer par des ouvrages de protection.

C’est un secteur surveillé en priorité par les autorités?
Ce sont dans ces forêts-là qu’on va focaliser le besoin de se préparer pour intervenir rapidement.

D'autres aspects se sont-ils ajoutés dans la surveillance?
Lors de notre projet pilote au mont d'Arvel, plusieurs entreprises se trouvaient à proximité de la forêt. Nous avons pris contact avec elles pour attirer leur attention sur leur situation: en cas de départ de feu chez elles, lié ou non à leur activité, le risque de propagation vers la forêt est réel. Nous leur avons donc recommandé d'éviter d'entreposer certains matériaux trop près de la lisière, et de les éloigner davantage qu'actuellement. C'est une approche très ciblée sur le terrain: une fois le secteur défini, on peut alors entrer dans le détail.

Vous communiquez de plus en plus avec les entreprises?
C'est une démarche assez nouvelle, qui demande du temps de réflexion pour définir des mesures de prévention adaptées. Par exemple, un autre projet pilote est en cours de lancement dans l'ouest vaudois, visant à intégrer les acteurs locaux: des agriculteurs à sensibiliser, mais aussi les acteurs du tourisme, concernés eux aussi, puisque leur communication attire des visiteurs souvent extérieurs à la région.

«Nous cherchons encore la meilleure façon de les impliquer dans cette prévention»

Pour finir, quel regard portez-vous sur la Nature aujourd’hui, est-elle devenue imprévisible?
Il y a effectivement énormément d'inconnues. Parallèlement aux incendies, tout un travail d'adaptation au dérèglement climatique est en cours, pour rendre nos forêts plus résilientes face à la sécheresse. Aujourd'hui, l'enjeu est de varier au maximum les essences, afin d'identifier celles qui seront le mieux adaptées au changement climatique, et d'éviter les monocultures pratiquées par le passé. Il s'agit de favoriser les essences qui nous semblent les plus résistantes. Mais les mesures prises aujourd'hui ne se mesureront que dans plusieurs décennies. Il est impossible de savoir, dans 30 ou 40 ans, si nos choix actuels auront été les bons. Il faut donc s'appuyer sur la science pour agir au mieux.

L'incendie catastrophique au Bois de la Glaive, dans les hauts d'Ollon (VD)
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L'incendie catastrophique au Bois de la Glaive, dans les hauts d'Ollon (VD)
source: watson
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