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«Ces alertes à la bombe dans les écoles expriment un ras-le-bol»

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Image: keystone / shutterstock

Ça n'en finit plus: les écoles vaudoises sont touchées par des alertes en série depuis janvier. Deux d'entre elles sont survenues ce mercredi même à Lausanne. Quel est le profil psychologique des suspects et pourquoi passent-ils à l'acte? Le psychologue Philip Jaffé a sa petite idée.



Des mots laissés, l'alarme, la peur, l'évacuation, la police, le soulagement. Le canton de Vaud est frappé par une étrange série de fausses alertes à la bombe depuis le début de l'année. On en compte onze, dont dix dans des écoles ou des lieux de formation. Les dernières ont eu lieu ce mercredi même à Lausanne, au gymnase de Beaulieu et à l'Ecole professionnelle commerciale, selon des informations de 24 Heures.

Alors que les enquêtes sont en cours et que les élèves sont pour l'heure dans le viseur de la police, prenons un peu de recul: pourquoi diable quelqu'un a-t-il l'idée et l'envie d'annoncer (pour de faux) la présence d'une bombe, pourquoi un jeune et pourquoi le phénomène se répète-t-il ainsi? La psychologie peut nous offrir une première piste de réflexion. Et c'est le psychologue Philip Jaffé, spécialiste de l'enfant, qui s'y colle pour watson.

Philip Jaffe, psychologue et professeur a l'Universite de Geneve et grand specialiste des droits et de la participation des enfants.

Philip Jaffé, spécialiste de l'enfant. Image: KEYSTONE

Est-ce étonnant de voir un tel phénomène dans les écoles vaudoises?
Philip Jaffé: L’alerte à la bombe n’est pas nouvelle. Elle l’est peut-être un peu à cette fréquence dans le canton de Vaud, mais cela fait des années que ce genre de comportements a lieu dans les pays anglo-saxons. Le monde globalisé fait que les pratiques d’ailleurs trouvent leur chemin jusqu’ici.

Quelle a été votre première analyse en voyant ces alertes se multiplier?
J’ai pensé à un lien probable avec le semi-confinement. On a besoin de «se lâcher» et l’alerte à la bombe peut être une manière d’exprimer un ras-le-bol. C’est aussi un comportement très contagieux, ce qui en expliquerait la fréquence. Enfin, ça m’a fait penser de manière un peu étrange à ces challenges sur TikTok, où existe cette culture où on se tire la bourre.

A vos yeux, quel est le profil probable de ces lanceurs de fausses menaces dans les écoles? Pour un cas, à Chavannes-près-Renens, deux élèves de 11 et 12 ans se sont dénoncés.
C’est assez surprenant, mais la recherche sur ce phénomène aux Etats-Unis démontre que dans un bon tiers des cas, les alertes viennent de la part de pré-adolescents. On penserait plus facilement à des élèves plus âgés qui seraient stressés par leurs examens. En réalité, on est plutôt sur de la très mauvaise blague ou du défi de jeunes plutôt que sur une pratique avec un objectif précis (se venger de quelque chose ou éviter des examens). La piste que je privilégierais donc: des préados ou des ados masculins en mal de construction identitaire.

Que cherchent-ils, même inconsciemment?
Ils sont à la recherche de limites, ils veulent se sentir forts et ont un besoin de virilité bizarrement exprimé. Mais ce ne sont pas des personnes troublées sur le plan psychique.

Après la fausse alerte, l'auteur risque gros

Les responsables risquent notamment une grosse amende voire la prison, l’inscription au casier judiciaire et le règlement des frais d’intervention qui peuvent être très lourds.

Et pourquoi est-ce une pratique contagieuse? Car c’est un petit coup d'adrénaline de savoir qu'on a créé un événement qui fait les titres et le buzz. On atteint une sorte de petite notoriété. Il y a un «rush narcissique» aussi. On attend une validation anonyme: les auteurs font partie d’une espèce de club fermé. Ils sont les seuls à savoir qu’ils en sont membres sans même savoir qui sont les autres. Il peut y avoir enfin quelque chose de l’ordre du «pacte d’ados», secret. D’ailleurs je n’ai pas souvenir de situations où les auteurs se seraient dénoncés des années plus tard. C’est un secret de jeunesse.

Lance-t-on une alerte à la bombe sur le coup de l'impulsivité? Non, en général ces alertes sont assez planifiées et élaborées, aussi pour ne pas se faire attraper. Cependant, les auteurs ont une certaine inconscience par rapport aux lourdes conséquences de leurs actes

On a l’impression que ce sont des actes «simples» (laisser un mot de menace par exemple) qui convoquent pourtant un «gros effet».
En fait, ces alertes sont des pied de nez à notre société ultra zéro risque. Ils ont un côté infantile dans les faits et créent quelque chose qui choque. Les jeunes ne se pointent pas directement avec une arme.

L'Etat de Vaud prend des mesures

A l’Ecole professionnelle cantonale de Lausanne, qui a subi cinq alertes à la bombe, «des discussions ont lieu depuis lundi matin dans chacune des classes avec l’ensemble des élèves qui ont toutes et tous reçu un courrier», explique Julien Schekter, responsable de la communication au Département cantonal de la formation, de la jeunesse et de la culture. Des appuis et des rattrapages pour les cours manqués à cause des évacuations sont aussi mis sur pied.

«Nous ressentons de l’inquiétude et de l’agacement chez les élèves et étudiants qui sont les premières victimes de ces fausses alertes». Pour les autres lieux de formation, le canton travaille en étroite collaboration avec la police. Julien Schekter continue: «Une plainte pénale est déposée à chaque fausse alerte et nous proposons aussi du soutien aux personnes qui en font la demande. Le Département est en lien constant avec les directions et d’autres mesures de prévention sont en discussion».

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