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Qu'est-ce qui inquiète la police vaudoise? Sa boss raconte

Sylvie Bula, cheffe de la police cantonale vaudoise
La cheffe de la police vaudoise a annoncé la stabilité de la criminalité pour l'année 2025watson

Qu'est-ce qui inquiète la police vaudoise? Sa boss raconte

Criminalité globalement stable, violences domestiques en hausse et deal moins visible: la commandante de la police cantonale vaudoise Sylvie Bula décrypte les tendances 2025 et les signaux à surveiller. Entretien.
19.04.2026, 19:0319.04.2026, 19:03

Fin mars, la police cantonale vaudoise a révélé ses statistiques 2025 sur la criminalité. Celle-ci reste stable par rapport à 2024, mais certaines évolutions demeurent préoccupantes selon l'institution. Rencontre avec la commandante de la police cantonale, Sylvie Bula.

La criminalité est restée stable l'an dernier sur le canton de Vaud avec 79 969 infractions comptabilisées, soit +0,3%. Est-ce important de mettre en avant la stabilité, et qu’est-ce qu’elle dit en matière de tendance ?
Sylvie Bula: Je pense que c'est important de communiquer sur la stabilité, car il faut se garder des messages alarmistes. On doit regarder la tendance des statistiques de la criminalité sur la durée, donc sur le long terme. Finalement, que voit-on?

«La population augmente, les chiffres sur la criminalité fluctuent, mais globalement, le nombre d'infractions par rapport à la population est plutôt en diminution»

Et cette tendance est intéressante. Ensuite, il ne faut pas oublier les tendances sous-jacentes, notamment la question de la violence, qui est en augmentation. Cela doit retenir toute notre attention en tant que police.

Faut-il voir ces chiffres comme étant rassurants?
Je pense qu'il y a deux messages. Vis-à-vis de la population, tout d'abord, c'est important qu'elle sache que la police est là pour elle. Nous travaillons pour vous et traitons les affaires.

«D'autre part, nous voulons aussi faire passer le message que la police reste vigilante et qu'elle ne s'endort pas sur ses lauriers»

Nous montrons que nous anticipons certains phénomènes et restons vigilants sur les tendances actuelles.

Comme chaque année, les statistiques de polices cantonales ont été communiquées pratiquement en même temps, en quoi le canton de Vaud s'inscrit ou se démarque des tendances romandes?
C'est très difficile de faire une comparaison canton par canton. De plus, il y a des phénomènes transfrontaliers, comme les arnaques aux faux policiers, par exemple, qui dépassent largement les frontières cantonales. Ce que je peux dire sur le canton de Vaud, c'est qu'il a quelques particularités.

«En effet, notre canton est traversé par des axes autoroutiers du nord au sud et d'est en ouest, ceux-ci permettent des voies de fuite rapides»

Au pied du Jura, on est près de la France, à Vallorbe aussi. Cela rend notre canton accessible pour une criminalité itinérante.

Et des centres urbains aussi?
Oui, tout à fait. La plus grande densité est peut-être attractive pour commettre des délits. On peut aussi ajouter que c'est un canton qui a certaines communes qui présentent une population aisée, ce qui peut sembler intéressant sous l'angle de certains criminels, notamment pour ce qui est des infractions contre le patrimoine.

Est-ce que le canton de Vaud est plus vulnérable que les autres?
Non, pas plus qu'un autre.

Les infractions de violences domestiques sont en hausse de 4,5% avec 4 120 infractions relevées en 2025. Ce qui correspond à trois à cinq interventions par jour en lien avec des violences domestiques. Qu'est-ce que cela représente dans le volume du travail d'un policier?
Selon les chiffres 2025, il y a eu 227 145 appels d'urgence et 124 940 événements traités, donc une patrouille qui est partie sur l'événement, il faut donc mettre en perspective les 4120 infractions de violences domestiques avec ces chiffres-là.

Est-ce que les policiers ressentent cette augmentation des infractions au quotidien?
En toute sincérité, ce n'est pas une conversation que j'ai eue avec les primo-intervenants, mais oui, je pense que les policiers remarquent la précarisation de certains foyers.

«Une intervention pour violence conjugale pour un policier primo-intervenant représente trois à quatre heures dans le foyer»

Ce n'est pas quelque chose qui se fait rapidement. Il faut prendre le temps, identifier ce qui s'est passé. Les policiers regardent s'il y a des personnes à protéger, s'il y a des enfants dans le foyer, des personnes vulnérables. Ils doivent cerner la nature des actes qui ont été commis. Définir, par exemple, si ce sont des voies de fait, des violences corporelles ou des menaces, se poser la question du risque de récidive.

Comment expliquez-vous l'augmentation de ces violences domestiques? Est-ce que la parole des victimes s'est libérée?
C'est extrêmement compliqué d'expliquer ces chiffres-là qui comportent un chiffre noir*. Notre but est de tout mettre en place pour faciliter la prise de contact des victimes avec des structures d'aide ou de secours. La révision de la loi fédérale, en cours de travail, permettra la mise à disposition de technologie de communication permettant de joindre les numéros d’urgence par un système de messagerie, y compris dans les situations où une victime de violence domestique n’est pas en mesure d’appeler vocalement pour des raisons évidentes de sécurité. Aujourd'hui, il y a de nombreuses campagnes de prévention et on espère que cela facilite la recherche d'aide.

Qu'est-ce que le chiffre noir?
Le chiffre noir désigne l’écart entre la criminalité réelle (l’ensemble des infractions effectivement commises) et la criminalité apparente (les infractions enregistrées par les autorités policières et judiciaires). Il représente donc la partie «invisible» de la criminalité, celle qui n’apparaît pas dans les statistiques officielles. En résumé, il s’agit de toutes les infractions objectivement vécues, mais non rapportées à la police (qui n’en a donc pas connaissance).

watson a recueilli le témoignage d'une femme vivant dans le canton de Vaud, victime de violence domestique et qui a été emmenée au poste de police, car elle n'avait pas de statut légal en Suisse, avez-vous connaissance de ces cas et quel message la police envoie-t-elle aux victimes en agissant de la sorte?
Je ne vais pas parler du cas particulier, car je n'en le connais pas les détails. Le message que nous voulons transmettre, c’est qu’indépendamment de leur statut de séjour, les femmes victimes de violence domestique peuvent bénéficier, pour elles et leurs enfants, d’un hébergement d’urgence allant jusqu’à 60 jours.

«Les victimes, même sans permis de séjour, ne devraient pas avoir peur de dénoncer des violences et d'aller chercher de l'aide»

On peut même imaginer que les auteurs de ces violences utilisent des menaces telles que "tu n'as pas de papier, tu ne peux pas me dénoncer" pour empêcher les victimes de porter plainte. Leurs craintes de s’adresser à un service ne doivent pas les conduire à continuer à endurer cette violence, qui peut mettre leur vie et celle de leurs enfants en danger. La police cantonale a d'ailleurs soutenu la campagne lancée par le bureau de l'égalité vaudois ciblant les femmes migrantes victimes de violence domestique.

Le nombre d’infractions s’affiche également en baisse en matière de stupéfiants (-29,9%). Durant la conférence de presse, vous avez expliqué que ce recul peut s’expliquer en partie par «un report» des activités de deal, de la rue vers des espaces privés, comme des appartements. Est-ce que cette baisse d'infraction est une réelle réussite ou le deal de rue ne fait que de se déplacer?
Je rappelle, en premier lieu, que ce pourcentage cumule les infractions liées au trafic et à la consommation. Celles liées au trafic diminuent de 2.9% cette année, ce qui illustre bien que l’action de la police reste soutenue en matière de lutte contre le deal de rue et le trafic de stupéfiants. La baisse de la présence en rue des dealers est quelque chose de positif pour nous et pour le sentiment de sécurité de la population.

«Cela veut dire que nous avons atteint une partie de l'objectif qui est de disperser, de déranger et de rendre plus difficile l'acquisition du produit»

Oui, nous allons dans la bonne direction, mais derrière cette baisse de visibilité de deal de rue, il y a d'autres aspects du travail de la police et d’enquête, comme la lutte contre les réseaux qui acheminent ces produits en Suisse.

En 2025, watson a entendu un policier à la retraite qui expliquait qu'il pouvait retrouver les mêmes dealers dans les rues quelques jours après leurs arrestations. Cela avait créé un sentiment de fatigue psychologique, selon lui. En tant que commandante, que pensez-vous de ce constat?
Je pense que le policier a envie de bien faire son travail et qu'il veut pouvoir faire respecter la loi. Lorsqu'on lit ces statistiques sur la criminalité, on constate qu'il y a, au final, 95 dealers qui ont purgé leur peine dans une prison vaudoise l'année dernière à la suite de l'action de la police. Ces personnes ont été dénoncées, condamnées par la justice et acheminées dans un lieu de détention.

«Pour le policier, c'est important que cette histoire soit complète et que ces personnes purgent leur peine»

Evidemment, si cette histoire reste incomplète et que les tâches du policier ne se résument qu'à faire déplacer le problème, il peut résulter un grand sentiment d'incompréhension par rapport au sens du métier. Par contre, que le phénomène de déplacement du deal existe, cela fait partie du jeu, si je peux me permettre cette expression, c'est un peu le jeu du chat et de la souris que les policiers connaissent bien.

Avant d'être nommée commandante de la police cantonale vaudoise, vous étiez cheffe du service pénitentiaire durant dix ans, est-ce que votre rôle actuel a changé votre regard sur l'application des peines?
Non. Je ne crois pas. Il y a un fil rouge dans les deux métiers, on applique la loi, mais surtout, on ne juge pas. A la police, on recueille les faits, on enquête, on amène un maximum d'éléments pour l'autorité judiciaire. Au service pénitentiaire, on ne juge pas non plus. On prend la personne avec son parcours et on travaille pour mettre à l'abri la société d'un potentiel risque qu'elle représente. Toutefois, au service pénitentiaire, on accompagne aussi dans une perspective de réinsertion.

«Au final, dans la majorité des cas, le but de la prison, ce n'est pas d'y rester, mais d'en sortir un jour»

La plupart des personnes détenues ne font qu’ un bout de vie en prison et l'idée c'est de travailler au maximum pour leur donner des outils pour ne pas retomber dans la récidive à leur libération.

Avez-vous déjà fait un bilan de vos quatre ans en tant que commandante de la police cantonale?
Non, ce n'est pas comme cela que je fonctionne. Je ne réfléchis pas à mon bilan personnel. Ma priorité, c'est l'équipe et l'institution.

Avant de se quitter, je vous pose la question d'usage, être une femme qui dirige une police cantonale composée en majorité d'hommes est-ce encore un enjeu?
Quand j'ai été nommée en 2022, on n'arrêtait pas de me poser cette question et j'ai répondu: "Est-ce encore une question d'actualité?". Nous sommes en 2026 et je constate qu'elle revient encore (rires), je vous réitère ma question, quatre ans plus tard, est-ce encore une question importante?

Donc je ne le vous la poserai plus, c'est ça?
Alors ça, je vous laisse décider. Mais sur le fond, je pense qu'on ne doit pas réduire une fonction au fait que je sois une femme. On peut parler compétences, mais le genre du dirigeant de la police n'est plus un enjeu aujourd'hui, à mon avis.

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source: facebook/murrieta police department
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