Le nouveau parti de Valérie Dittli démarre avec un président en vidéo
Le rendez-vous a été fixé à la Brasserie du Jorat, à Ropraz, dans le district de la Broye-Vully. A la campagne, pour bien souligner que cette nouvelle formation politique ne s’adresse pas qu’aux villes. Et forcément, il y a foule (de journalistes) pour l’annonce du programme du Mouvement libéral, né dans la foulée du divorce tonitruant entre la conseillère d’Etat Valérie Dittli et son ancienne famille, Le Centre Vaud.
Enfin, pas vraiment d’une séparation. Plutôt d’un alignement des planètes selon le récit présenté aux médias. D’un côté, quelques personnes souhaitant faire renaître le libéralisme vaudois, jugé éclipsé depuis la fin de l’ancien Parti libéral. De l’autre, une ministre en délicatesse avec son parti. Bref, le «kaïros», ou l’art d’agir au moment opportun, comme le qualifie Yannick Escher, syndic d’Henniez.
Petites lunettes rondes sans monture sur le nez, celui-ci siégeait encore il y a quelques semaines au comité du Centre Vaud, tout comme son collègue Laurent Chaubert, président de La Terre au Centre, assis à sa gauche. Jaqueline Bottlang-Pittet, elle aussi, a claqué la porte du Centre Vaud après cinquante années de militantisme.
Un président absent
C’est donc en tant que vice-présidente qu’elle ouvre la «première conférence de presse du Mouvement libéral». Curieusement, le président Luigi Mancini est excusé. Il apparaît en vidéo, détouré sur fond de logo du mouvement. Une version très vaudoise des hologrammes de Jean-Luc Mélenchon adoptés lors de sa campagne présidentielle française de 2022.
Hologramme made in Vaud
Pour Luigi Mancini, l’ambition de la jeune formation politique est simple:
Le nouveau parti espère présenter des listes dans tous les districts du canton et ambitionne de créer un groupe au Parlement, soit de faire élire au moins cinq députés. A ce stade, aucune alliance n'est prévue avec d'autres partis.
Fiscalité, dépenses et subsidiarité
Et le programme? La réponse tient en trois mots: fiscalité, dépenses et subsidiarité. Le mouvement propose d’instaurer un frein aux dépenses cantonales. Il entend aussi améliorer l’efficience administrative, mieux maîtriser les effectifs de l’Etat, réexaminer certaines dépenses, dont les subsides à l’assurance maladie, et rationaliser les achats publics.
Les premières économies avancées restent toutefois modestes au regard des montants évoqués pour les finances cantonales: entre 21 et 30 millions de francs par année à l’horizon 2030. «Ce n’est que le début», répondra plus tard Yannick Escher à un journaliste qui lui demande si 30 millions ne sont pas un peu chiche face aux quelque 800 millions de déséquilibre du budget cantonal hors recettes non récurrentes.
Sur la fiscalité, le Mouvement libéral compte lancer une initiative populaire – dont le contenu n’a pas été dévoilé – visant une refonte des barèmes de l'impôt sur le revenu et la fortune, ce qui est aussi un objectif du Conseil d'Etat. La récolte des signatures aura lieu «idéalement» durant la campagne pour les élections de février prochain, a estimé Jacqueline Bottlang-Pittet.
Laurent Chaubert prend le relais sur l’environnement, les ressources et l’agriculture. Avec un cap: poursuivre «la ligne mise en place par Mme Dittli».
Dittli, «cerise sur le gâteau»
Car tout ramène à elle. Après une demi-heure de présentation, Jaqueline Bottlang-Pittet annonce avec ferveur la «cerise sur le gâteau»: Valérie Dittli se met «à disposition» du mouvement pour défendre son siège au Conseil d’Etat.
La vice-présidente reconnaît que la ministre «n’a pas fait tout juste», mais estime qu’elle a beaucoup appris. Surtout, elle aurait «osé déranger et bousculer les habitudes» du canton.
Au cœur de plusieurs affaires depuis son élection, Valérie Dittli reconnaît elle-même des erreurs: «J’ai appris qu’avoir une bonne idée ne suffit pas. Il faut écouter, expliquer, convaincre et emmener les personnes concernées avec soi.» Et de marteler ses éléments de langage: elle «ne détourne pas le regard» lorsque les difficultés se présentent. Une manière de façonner le récit: les polémiques de la première législature deviennent des expériences acquises à faire valoir pour un deuxième mandat.
Moins d'une centaine d'adhésions
A l’heure actuelle, les adhésions au mouvement restent modestes: «moins d’une centaine», selon Yannick Escher. Peu, en regard des quelque 700 membres que compterait le comité de soutien à Valérie Dittli. «Nous n'en sommes qu'au début, les démarchages sont en cours», commente la conseillère d'Etat, qui explique préparer une newsletter pour les inviter à franchir le pas.
A trois jours du vote sur la baisse d’impôts de 12%, le tout nouveau ménage s’offre déjà un exercice d’équilibrisme. Le comité du Mouvement libéral soutient l’initiative, tandis que Valérie Dittli s’en tient à la position du Conseil d’Etat, qui recommande son rejet. La ministre ne cache toutefois pas que sa sensibilité libérale la rapproche de la ligne défendue par ses nouveaux compagnons de route. Au journaliste qui fait remaquer qu’il aurait peut-être été plus élégant, de la part des membres du mouvement, de ne pas prendre position sur l’initiative, la Zougoise lâche un:
Le «kaïros» a beau être l’art de saisir le moment opportun, il n’épargne visiblement pas quelques moments d’inconfort.
