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En Israël, les boosters administrés ont été moins nombreux qu'espéré. Comment cela va-t-il évoluer en Suisse?
En Israël, les boosters administrés ont été moins nombreux qu'espéré. Comment cela va-t-il évoluer en Suisse?Image: KEYSTONE
Interview

En Israël, la population commence à bouder les boosters, et en Suisse?

Israël a généralement une longueur d'avance sur le monde en matière de vaccination contre le Covid-19. Actuellement, il est déjà question d'une quatrième dose. Mais environ un million de personnes n'ont pas fait de troisième injection. Pourquoi? Nous avons posé la question à un expert.
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28.12.2021, 05:1228.12.2021, 07:08
Reto Fehr
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En Suisse, les doses de rappel sont sur la pente ascendante, après leur lancement en novembre. Tandis qu'Israël avait commencé la troisième vaccination bien avant: dès la fin juillet pour toutes les personnes qui étaient doublement vaccinées depuis six mois.

Ainsi, en Israël, 4,18 millions de personnes éligibles au rappel ont déjà reçu leur troisième vaccin. En Suisse, elles sont 1,8 million.

Mais Israël a commencé à vacciner bien plus tôt. Donc pratiquement toutes les personnes doublement vaccinées pourraient recevoir le rappel, ce qui, avec un taux de vaccination complet d'environ 63%, représenterait environ 5,18 millions d'habitants. Environ un million de personnes habilitées à recevoir le booster n'ont donc pas encore reçu leur troisième dose, bien que le temps et les capacités soient disponibles en Israël. Pourquoi?

Données au 24 décembre 2021.

Nous nous sommes entretenus au sujet de la possible lassitude du vaccin avec le professeur Philip Tarr, médecin-chef adjoint de la clinique médicale universitaire en infectiologie et hygiène hospitalière à l'hôpital cantonal de Bâle-Campagne. D'une part, comment s'explique cette lassitude des boosters en Israël, mais aussi et surtout: que signifierait pour la Suisse une évolution similaire dans notre pays?

Philip Tarr, en Israël, environ 1 million de personnes éligibles au booster n'ont pas fait l'injection. Ce sont surtout les jeunes qui hésitent. Comment comprendre cela?
Philip Tarr:
dans le cas d'Israël, je ne peux pas directement donner de raisons spécifiques. Mais en général, je peux me figurer la problématique. Les jeunes ont moins peur du Covid-19. Les personnes plus âgées, qui ont déjà fait deux doses, en feront probablement une troisième car elles sont plus susceptibles d'être à risque.

Selon un sondage réalisé en Israël auprès des jeunes, la principale raison de refuser le rappel est la crainte d'effets secondaires à long terme. D'où vient cette inquiétude lors d'une troisième vaccination, alors que l'on s'est déjà fait piquer deux fois?
Le vaccin est nouveau, il n'existait pas avant la pandémie. Donc c'est normal d'être sceptique. Et ce, même si les experts ne s'attendent pas à de nouveaux effets secondaires (à long terme). Bien sûr, on ne peut pas le dire avec certitude, mais les risques d'effets secondaires à long terme sont extrêmement faibles.

Le vaccin Pandemrix, dont les effets tardifs n'ont été découverts que plusieurs mois plus tard, est régulièrement pointé du doigt. Ce cas a-t-il pu jouer un rôle dans le refus du booster?
L'affaire Pandemrix alimente effectivement les conversations de temps en temps, mais je pense que c'est plutôt le cas chez les opposants à la vaccination, et moins chez les gens qui se sont déjà fait vacciner deux fois. Ce qui s'est passé avec Pandermix, c'est que les effets secondaires sont apparus dans les trois premiers mois après la vaccination, mais on ne les a découverts qu'au bout d'un an. C'était tellement rare qu'on n'a pas fait le lien tout de suite avec l'injection du vaccin. Mais les vaccins Covid ont déjà été administrés des milliards de fois et comme c'est nouveau, tout le monde observe les effets de très près. Je serais donc très surpris qu'on découvre de nouveaux effets secondaires à l'avenir.

Prof. Dr. med. Philip Tarr
Prof. Dr. med. Philip Tarrimage: Kantonsspital Baselland
A propos de Philip Tarr
Le professeur Philip Tarr est médecin-chef adjoint de la clinique universitaire médicale en infectiologie et hygiène hospitalière à l’hôpital cantonal de Bruderholz, Bâle-Campagne. Il dirige également le programme national de recherche PNR 74 sur le scepticisme vis-à-vis des vaccins en Suisse.

Chez de nombreux jeunes israéliens doublement vaccinés, les effets secondaires possibles à court terme dissuadent d'utiliser le booster. C'est compréhensible?
Oui, pour moi, c'est compréhensible. On sait qu'il arrive d'être malade un jour après l'injection du booster, mais également que les jeunes sont très rarement hospitalisés à cause du Covid-19. C'est pourquoi je trouve normal que les jeunes pèsent le pour et le contre avant de se faire booster.

Mais l'objectif de la vaccination est aussi de contribuer à la fin de la pandémie.
Oui. L'aspect éthique est un argument délicat lorsque nous évoquons la pandémie en général. Les éthiciens parlent concrètement de devoir moral de se faire vacciner, de réduire les contacts et de respecter les mesures d'hygiène.

La confiance envers les autorités a sans doute déjà été plus grande en matière de vaccination. On a d'abord dit que deux vaccins suffiraient, puis que le booster suffirait, et maintenant Israël pense déjà à une quatrième vaccination. Comment percevez-vous cela?
Les autorités craignent de rendre la population sceptique si elles mentionnent des effets secondaires de la vaccination. C'est pourquoi elles insistent sur les aspects positifs de la vaccination. Du point de vue de la communication, la situation actuelle est très complexe. On n'a tout simplement jamais rien connu de tel.

«Personne ne peut dire avec certitude qu'après deux, trois ou quatre doses, ce sera fini»

Nos recherches et celles d'autres scientifiques montrent que la transparence renforcerait la confiance en les autorités.

Comment les autorités auraient-elles dû procéder?
Les données actuelles permettent d'affirmer clairement que la vaccination est sûre et efficace. Mais de nouvelles variables sont susceptibles d'apparaître et il faudra peut-être ajuster notre perception. Il faudrait aussi communiquer sur ce point. La confiance accordée aux autorités diminue si la population a l'impression qu'elles changent sans cesse d'avis. Elles devraient dire plus clairement: «tout cela est nouveau, les faits d'aujourd'hui peuvent à nouveau changer dans les semaines à venir.»

Le 9 novembre, les créneaux pour la vaccination de rappel étaient complets à la gare centrale de Zurich. Mais au final, toutes les personnes éligibles au booster se feront-elles vraiment vacciner pour la troisième fois?
Le 9 novembre, les créneaux pour la vaccination de rappel étaient complets à la gare centrale de Zurich. Mais au final, toutes les personnes éligibles au booster se feront-elles vraiment vacciner pour la troisième fois?image: keystone

Que pensez-vous de la quatrième vaccination qui se prépare en Israël pour les plus de 60 ans et le personnel médical?
Israël a déclenché le processus en raison de la peur justifiée d'Omicron. Mais il n'y aurait peut-être pas besoin, ou bien pas encore, d'une quatrième dose. Nous n'avons pas encore assez de données à ce sujet. On ne peut donc pas encore dire combien de temps la troisième dose sera efficace. Israël aborde la question de la vaccination de manière beaucoup plus dynamique et ambitieuse que la Suisse. Notre pays a deux mois de retard sur la moyenne, Israël trois mois d'avance. Nous verrons à la fin quelle voie était la plus efficace.

Une quatrième dose trop rapprochée de la troisième peut-elle s'avérer dangereuse?
Nous n'avons pas encore de données à ce sujet. Mais aucun expert ne s'attend à un danger supplémentaire, ce serait très surprenant.

Il existe de nombreux vaccins efficaces toute une vie après trois doses. Pourquoi en serait-il autrement pour le Covid-19?
L'hépatite B, par exemple, ne mute pas. Les défenses immunitaires mises en place suite à la vaccination protègent à vie. Le Covid-19 est très différent, il mute. Mais cela ne signifie pas non plus que nous devons nous faire vacciner tous les six mois.

Et pourquoi pas?
Omicron a le potentiel de contaminer tous ceux qui n'ont pas encore développé de défenses immunitaires. Ceux qui survivent à l'infection développent une immunité. Cela a pour conséquence que les prochaines infections seront moins graves.

«Actuellement, les experts estiment qu'un rappel tous les six mois n'est pas nécessaire»

Cette lassitude du booster en Israël, la constatez-vous aussi en Suisse?
Il est encore trop tôt pour se prononcer. Les prochaines semaines nous le diront. Selon l'état actuel des choses, il semble que les personnes qui ont reçu deux doses ont une protection trop faible contre Omicron. Le booster serait bénéfique.

Que se passerait-il si, en Suisse, trop de personnes renonçaient au booster?
Nous aurions probablement un nombre très élevé d'infections, ce qui se répercuterait sur le système de santé avec de nombreuses hospitalisations. La situation pourrait à nouveau devenir critique. En effet, beaucoup de personnes n'ont actuellement pas de protection immunitaire issue de la vaccination ou de la guérison.

Constatez-vous une certaine lassitude ou un scepticisme croissant à l'égard de la vaccination?
En Suisse, de nombreuses personnes étaient déjà sceptiques quant à la vaccination avant la pandémie. Environ 30% selon les sondages, mais plus de 90% d'entre elles se sont finalement fait administrer les vaccins «habituels». L'aspect politique et les inquiétudes concernant les effets secondaires du vaccin Covid sont désormais beaucoup plus importants qu'avant la pandémie, c'est pourquoi il est difficile de faire une comparaison directe.

Traduit de l'allemand par Anaïs Rey

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