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You can see everything: On sait quand ce docu sort en Suisse

You can see everything, le documentaire dont tout le monde parle, n’est pas encore disponible en Europe, mais watson a pu se glisser dans une salle de cinéma américaine.
You can see everything, le documentaire dont tout le monde parle, n’est pas encore disponible en Europe, mais watson a pu se glisser dans une salle de cinéma américaine.images: a24, watson

On a vu ce film fou et on sait enfin quand il sort en Suisse

You can see everything est un chef-d’œuvre perturbant qui excite les réseaux sociaux depuis plusieurs semaines. On y suit la milliardaire déchue Elizabeth Holmes durant les 34 jours précédant son incarcération pour fraude. watson a eu la chance de voir ce documentaire dans une salle de ciné microscopique du Wyoming, aux Etats-Unis. On ne s’en est toujours pas remis. Impressions.
24.10.2026, 07:0324.10.2026, 07:03

18h39, jeudi 22 octobre, au comptoir d’un cinéma de Cheyenne, capitale du Wyoming. Lovés dans nos petits bras d’Européens inexpérimentés, un hot-dog, un chicken strips basket, un bretzel géant, une montagne de pop-corn et deux bassines de Diet Coke. Une orgie américaine qui sera pourtant engloutie avant la vingtième minute d’un documentaire qui va chahuter tout ce que l’on croyait savoir sur l’espèce humaine.

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image: watson

Le complexe compte une douzaine de salles. Dans la plus vaste d’entre elles, le blockbuster Street Fighter électrise déjà les teenagers. Nous sommes attendus dans la 12, un salon microscopique qui détonne face au tapage que provoque You can see everything depuis la sortie de sa première bande-annonce, il y a quelques semaines.

La petite salle qui projette You can see everything, à Cheyenne, dans le Wyoming.
La petite salle qui projette You can see everything, à Cheyenne, dans le Wyoming.image: watson

On y découvrait une Elizabeth Holmes au sourire effrayant de douceur et aux pupilles dilatées, promettant à Nathan Fielder qu’elle est «sincère» et n’a aucune raison de le «décevoir», dans une scène où seul un puissant malaise semble vouloir survivre.

Vidéo: twitter

La fondatrice de la start-up d'analyses sanguines Theranos a chargé un duo de cinéastes iconoclastes de la suivre de (très) près, 24h/24h et à domicile, durant les 34 derniers jours avant sa longue incarcération pour fraude, en 2023. Mais le pitch ne prépare en rien à la série de gifles qu’on reçoit pendant trois heures.

La faute d’abord à l’ADN des deux créateurs de cet ovni produit par A24. L’étrange humoriste canadien Nathan Fielder et le cinéaste américain Lance Oppenheim partagent un goût prononcé pour une réalité brouillée par la fiction. Ils transforment ici l’exercice formel du documentaire en une oppressante vivisection de l’esprit de la milliardaire déchue, mais surtout celui de son mari, Billy Evans, un bellâtre imbuvable, cupide, narcissique et manipulateur, qui va très vite devenir le virus central du «système Holmes».

«Liz est en meilleure santé, je trouve. Enfin... elle est plus... fit. Elle a plus d’abdos depuis qu’elle est en prison»
Billy, le mari d’Elizabeth Holmes

La condamnation pour fraude et la culpabilité d’Elizabeth passent en second plan dans You can see everything, une promesse qu’elle balancera par SMS à Nathan au début du tournage. Promesse tenue: jamais dans notre souvenir n’a-t-on vu un poil de nez, un bouton ou un sexe masculin filmés d’aussi près. Des gros plans comme des armes désireuses d’infiltrer la psychologie complexe d’un couple proprement insaisissable.

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Nathan est omniprésent à l’écran. Son humour, son flegme, sa franchise et sa poigne s’avéreront indispensables. C’est lui qui mène les entretiens dans la maison de vacances californienne des Holmes. Du matin au soir, du lit aux toilettes, des rires aux larmes, l’équipe de tournage ne rate aucune miette des derniers instants de la famille, avant que maman n’entame ses onze années de prison.

Depuis nos couchettes confortables du premier rang (oui, c’est comme ça, le ciné aux Etats-Unis), l’expérience sociologique se dévoile encore plus totale et perturbante. Qu’est-on réellement en train de regarder? Comment ce film a-t-il pu sortir? A qui profite le crime? Nous sommes immergés dans un voyeurisme consentant et rugueux, mis en scène par des cinéastes qui ont empoigné le métadiscours pour s’en sortir indemnes.

Que diable est-on en train de regarder?
Que diable est-on en train de regarder?image: watson

Autrement dit, le spectateur assiste à un documentaire dans le documentaire, par les yeux souvent stupéfaits d’un Nathan Fielder qui tente difficilement de garder le contrôle des événements. Durant ces trois heures qui s’écoulent à la vitesse de la lumière, nos certitudes vacillent chaque seconde.

Elizabeth Holmes est-elle naïve ou diabolique? Manipulée ou manipulatrice? Désarmante de sincérité ou effrayante de malhonnêteté? Plusieurs scènes trahissent cette dualité avec une force de frappe qui donne des frissons. Comme lorsque Nathan passe plusieurs minutes à lui faire admettre qu’elle a, «comme tout le monde», au moins menti une fois dans sa vie. Face à lui, Holmes, impassible, bottera en touche.

La seconde bande-annonce:

Vidéo: YouTube/A24

Une assurance terrifiante, propre aux milieux complotistes ou au mouvement MAGA, que l’on retrouve dans le personnage inquiétant du mari, agressif, ambitieux et fan de Charlie Kirk, capable de mentir sans cligner des yeux.

Si l’on retrouve tous les ressorts du film d’horreur psychologique dans ce documentaire unique au monde, il va véritablement basculer dans la fiction à mi-parcours pour mieux bousculer notre perception de ce qu’est la vérité en 2026. Une star hollywoodienne incarnant son propre rôle, liée à sa manière à l’existence d’Elizabeth Holmes, va même faire son apparition. Sans aucun doute le rebondissement cinématographique le plus WTF de ces dernières années.

Mais, chut: vous en dire plus vous priverait des cris de surprise qui ont retenti dans cette petite salle de cinéma du Wyoming.

Une fois Elizabeth incarcérée, les caméras de Lance Oppenheim et les questions joyeusement intrusives vont se concentrer sur Billy Evans, qui se retrouve à devoir gérer les enfants du couple, mais surtout les affaires et jusqu’à la présence publique de son épouse. C’est lui qui a la main sur son profil X, arguant qu’elle a «bien d’autres choses à penser en ce moment».

Une excuse qu’il servira également à Nathan, lorsque ce dernier lui demandera si la fondatrice de Theranos est au courant du contrat que Billy imposera à la boîte de prod A24, pour être certain de se faire quelques dollars grâce au documentaire. Il va d’ailleurs tout faire pour orienter la narration, quitte à oublier que tout est filmé (de très près).

Alors que le film touche à sa fin, une désagréable impression nous parcourt l’épiderme: et si Elizabeth Holmes n’était que le charmant pantin du véritable méchant de l’histoire, opérant un contrôle coercitif sur tous les aspects de la vie de sa femme? N’est-il pas ravi de la savoir derrière les barreaux, lui offrant ainsi les pleins pouvoirs sur un empire qu’il espère en rémission?

Dans les premières minutes de You can see everything, alors qu’Elizabeth bat des œufs dans la cuisine, Billy lui arrache soudain le bol des mains, persuadé qu’elle ne «sait pas y faire». L’un des nombreux moments d’intimité qui mettra le public mal à l’aise.

Une chose est sûre, nous sortirons de cette expérience aussi fascinés qu’écoeurés. Juste avant le générique, une phrase affichée en plein écran résume toute l'affaire à la perfection:

«They’re not playing me. They’re playing a character I created»
«Ce n'est pas moi qu'ils incarnent.
C'est un personnage que j'ai créé»

Elizabeth Holmes fait ici référence aux fictions réalisées sur son existence. Une citation recueillie par une journaliste du New York Times juste avant son incarcération qu’elle tentera de réfuter par la suite. En vain. You can see everything n’est-il qu’un simulacre fomenté par un personnage créé de toutes pièces?

A vous de juger. Enfin... pas tout de suite.

La sortie suisse est connue

Bien que ce chef-d’œuvre inclassable passionne la planète depuis de longues semaines et qu’il a réalisé le meilleur démarrage depuis le célèbre Fahrenheit 9/11 de Michael Moore en 2004, l’Europe et la Suisse doivent prendre leur mal en patience. Dévoilé le 6 septembre lors d’une projection surprise au Telluride Film Festival, l’ovni n’a été projeté que sur 855 écrans aux Etats-Unis depuis le 16 octobre dernier.

Selon le site spécialisé Outnow.ch, le film «sortira dans les salles suisses le 3 décembre, distribué par Filmcoopi». Tenez-vous prêts: You can see everything pourrait bien devenir le premier documentaire de l’histoire à repartir avec l’Oscar du meilleur film en 2027.

Parmelin dans tous ses états!
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Parmelin dans tous ses états!

Guy Parmelin porte une casquette portant l'inscription Switzerland great since 1291, le mercredi 29 juillet 2026 à Neudorf.

source: keystone / peter schneider
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