Le nouveau coup de maître de Steven Spielberg va vous surprendre
Cinquante ans après avoir filmé Rencontres du troisième type, Steven Spielberg renoue avec l'ufologie. Un thème majeur de son cinéma, puisque de E.T., l’extra-terrestre à La Guerre des Mondes, en passant par Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal, le réalisateur de 79 ans n’a jamais cessé d’évoquer les petits hommes verts tout au long de sa filmographie monumentale.
Steven revient quatre ans après son intimiste The Fabelmans et fait de Disclosure Day son 34ᵉ long-métrage. Tout comme le précédent, celui-ci fait partie des rares films dont il a signé l’intégralité du scénario. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis sa vision d’un premier contact avec une civilisation venue de l’espace.
En 1977, dans le fascinant Rencontres du troisième type, tout était dans la suggestion et le doute face à l’existence des visiteurs. Son nouveau film se présente comme une suite spirituelle de ce classique et interroge la condition humaine si une divulgation à grande échelle devait avoir lieu. Tout est dans le titre, «Disclosure Day», qui se traduit par «jour de la révélation».
La bande-annonce 🛸
Ce thriller nous plonge dans une mythologie profondément américaine: celle du complot selon lequel une entité secrète au-dessus du gouvernement cache l’existence des Ovnis depuis des décennies, incluant le fameux accident de Roswell en 1947 à l'origine du folklore extraterrestre.
La sortie du film tombe plutôt bien, puisque, il y a encore un mois, le gouvernement américain déclassifiait 161 documents sur des objets volants non identifiés, publiés sur le site du Département de la Défense, dont des rapports de décembre 1947 sur «des disques volants».
Le film commence sur les chapeaux de roues et suit la fuite du hackeur Daniel Kellner (Josh O’Connor), poursuivi par une puissante société secrète agissant dans l’ombre du gouvernement, nommée Wardex. Dans son sac, près de 80 ans d’archives secrètes qu'il a volées à cette corporation sur l’existence des extraterrestres et qu’il s’apprête à révéler au monde.
De son côté, la journaliste et présentatrice météo Margareth Fairchild (Emily Blunt) se retrouve malgré elle aux prises avec un mystérieux pouvoir: une omniscience qui lui permet notamment de lire dans les gens et de parler toutes langues, y compris celle des aliens. Poussée par une intuition qui la dépasse, elle va aider Daniel et son groupe de lanceurs d’alerte dans leur quête pour divulguer la vérité, alors que le monde lui-même se trouve dans un contexte de Troisième guerre mondiale imminente.
La formule magique de Spielberg
A la lecture du synopsis, ce thriller classique semble avoir été déjà vu plus d'une fois. Pourtant, lorsqu'il est écrit et mis en scène par le cinéaste le plus génial de son temps, Disclosure Day devient autant un blockbuster efficace qu’une œuvre de science-fiction teintée de profondeur philosophique. Il ne fait aucun doute que l’on est bien devant un film de son auteur, tant celui-ci brasse tous les thèmes qui lui sont chers.
A commencer par le devoir de vérité, une thématique au cœur de nombreux films du réalisateur, qu’ils soient fictionnels ou historiques. Quant à l'empathie, elle est le moteur absolu et la signature humaniste du cinéma de Steven Spielberg. Ici, elle se manifeste par le pouvoir de Margareth. En lisant dans les gens, elle est capable de ressentir chaque vécu. Un pouvoir qui la rend presque intouchable, puisqu’elle a la capacité d’apaiser les esprits les plus belliqueux et de trouver les mots justes pour chaque personne qui croise son chemin.
On retrouve également l’enfance, le thème le plus profondément « Spielbergien», pour qui elle est le point d’origine de nos destinées et l’acceptation de toutes les vérités en opposition à la rationalité des adultes. Cet amour de l'âge tendre est ce qui fait porter à Steven Spielberg une foi inébranlable en l’humanité.
Alors que le monde peut être sur un point de basculement, et que la révélation que nous ne sommes pas seuls dans l’univers pourrait remettre en cause l’existence même de Dieu, le cinéaste croit au pouvoir de l’imagination qui transforme le doute et la peur en émerveillement.
Disclosure Day n’est pas qu'un énième film sur les extraterrestres. Ceux-ci occupent même une place anecdotique. Ce n’est pas que leur existence soit réelle qui compte, mais notre capacité à les imaginer et à les accepter malgré nos croyances les plus ancrées, grâce à cette capacité si humaine qu’est l’empathie. Par ce message, le film parvient à être véritablement émouvant.
Un film d'action avec du fond
Sur la forme, Disclosure Day brille par la mise en scène légendaire du réalisateur, où chaque plan et mouvement de caméra est savamment pensé. L'ensemble est rythmé au diapason avec des scènes d’action d’anthologie.
On retrouve également les compositions iconiques de John Williams, 94 ans, sans qui le cinéma de Steven Spielberg ne serait pas le même. Mentionnons aussi Emily Blunt (Le Diable s’habille en Prada), qui apporte au film une dimension comique bienvenue en incarnant une héroïne malgré elle, enchaînant autant les moments de bravoure que les maladresses liées à ses nouvelles facultés qui la dépassent.
Alors que la théorie du complot trouvait un certain sens à l’ère rationnelle du pré-Internet, comme le rappelle le succès immense de la série X-Files, sortir en 2026 un film validant le complotisme peut sembler un peu maladroit en ces temps où les théories les plus fumeuses sont prises pour argent comptant par un nombre croissant de personnes.
Disclosure Day repose sur une révélation qui pourrait bien décontenancer certains, mais qui saura toucher en plein cœur tous ceux qui ont l’intime conviction que nous ne sommes pas seuls dans l’univers. Face à la paranoïa du complotisme, le cinéaste choisit de basculer vers un discours humaniste qui nous pousse à faire communauté.
En soulevant à nouveau cette question existentielle qui nous pousse à lever les yeux vers les étoiles, Steven Spielberg signe un nouveau coup de maître débordant de mystère et d’émerveillement. Une magie dont lui seul a le secret, et qui nous rappelle qu’il n’y a pas meilleur que lui pour nous raconter des histoires.
«Disclosure Day» de Steven Spielberg est à voir sur les écrans romands dès le 10 juin. Durée: 2h 25m.
