«Resident Evil» tient enfin son bon film
Pour célébrer ses 30 ans, la licence japonaise Resident Evil s’offre une nouvelle jeunesse avec un film pensé comme un nouveau départ. Un âge où l’on laisse derrière soi les erreurs de jeunesse pour se réinventer. Depuis ses débuts sur PlayStation en 1996, la saga horrifique iconique éditée par Capcom a connu neuf volets, oscillant entre l’action décomplexée et la terreur la plus pure, le dernier opus étant sorti cette année.
La saga vidéoludique ayant battu des records de ventes au fil des épisodes, la pléthore d’adaptations qui en sont dérivées n’en était que la suite logique. Celles-ci racontent inlassablement la même histoire: un virus s’échappe des laboratoires de la mégacorporation pharmaceutique Umbrella, transformant les habitants de Raccoon City en zombies.
Sur petit et grand écran, on retrouve évidemment la saga catastrophique portée par Milla Jovovich, sortie entre 2002 et 2016, un reboot plus fidèle aux jeux mais tout aussi raté en 2021, une affligeante série Netflix, ainsi que cinq films d’animation décérébrés, considérés comme canoniques dans l’univers des jeux vidéo. Un nombre conséquent de navets qui a largement contribué à l’idée reçue selon laquelle les jeux vidéo ne pouvaient pas être adaptés en œuvres de fiction de qualité.
Au total, 12 films de la franchise Resident Evil sont sortis, en comptant les films en prises de vues réelles (live-action) et les longs métrages d’animation en images de synthèse. Autant dire que cela représente une longue série de déceptions, puisqu’aucun d’entre eux n’a véritablement réussi à séduire ni les fans ni le grand public, à l’exception peut-être du volet réalisé par Paul W. S. Anderson en 2012, avant que sa saga ne se transforme en véritable étalage de navets.
Un nouveau joueur dans le game
Il fallait donc donner un nouveau souffle à cette franchise, dont les jeux se sont tout de même vendus à plus de 213 millions d’exemplaires à travers le monde. Pour cela, un homme a décidé de braver le brouillard de médiocrité dans lequel Constantin Film et Sony Pictures, détenteurs des droits du jeu, semblaient s’être perdus.
Ce cinéaste, c’est Zach Cregger, aujourd’hui considéré comme l’une des nouvelles voix majeures du cinéma d’horreur à Hollywood. On lui doit notamment Barbare (2022) et Evanouis (2025). Ce dernier a valu à son interprète Amy Madigan l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle en février dernier.
Alors, quand un réalisateur ayant le public dans sa poche vient voir les ayants droit avec un script écrit de sa main, en leur disant qu’il est fan du jeu et qu’il a sa propre vision, on lui dit forcément oui. Et cette idée, ce n’était pas de faire une adaptation littérale comme précédemment, mais d’adopter une approche inédite du survival horror pour capturer l’expérience et les sensations du jeu vidéo.
La bande-annonce:
Au-delà d’une intrigue déjà explorée maintes fois dans les précédentes adaptations, le film de Zach Cregger cherche surtout à recréer ce sentiment de progression propre au jeu vidéo: celui d’un personnage avançant à pied à travers des zones infestées de menaces, à la recherche des ressources qui l’aideront à survivre. Et c’est exactement ce qu’est ce Resident Evil: une expérience horrifique dans laquelle chaque nouvelle séquence offre son lot de surprises et de terreur.
Prière de monter dans le wagonnet
Le film suit Bryan (Austin Abrams), un coursier médical chargé in extremis, à la fin de son service, d’une livraison d’urgence à l’hôpital de Raccoon City. Pour y parvenir, il doit emprunter une route montagneuse, ce qui n’est pas une mince affaire en plein hiver. Un accident de la route marque alors le début d’une nuit terrifiante où les monstres sont de sortie: la ville de Raccoon City a sombré à la suite d’une épidémie ayant transformé ses habitants en créatures sanguinaires, parfois même tentaculaires.
Le personnage principal est l’archétype même de l’antihéros ordinaire. Un homme lâche qui privilégie toujours la fuite, aussi bien dans sa vie sentimentale que face au danger. Peu familier avec les armes ou les techniques de survie, il incarne un personnage auquel beaucoup d’hommes peuvent s’identifier, bien loin des poncifs auxquels le cinéma nous avait habitués.
Durant une heure et demie, le spectateur voit défiler les décors et les séquences, chaque nouvel élément devenant une découverte. D’une maison de campagne isolée aux rues de la ville, en passant par les égouts et l’hôpital, le périple du protagoniste se vivrait presque manette en main. Chaque nouveau lieu apporte son lot d’horreurs et puise dans le folklore propre à la franchise, avec son bestiaire de monstres aussi terrifiants que parfois grotesques.
La force du long métrage réside dans sa capacité à jouer avec les gimmicks propres aux jeux vidéo et avec le décalage entre ces derniers et le monde réel. Lorsque le héros trouve un fusil mais n’a d’autre choix que de chercher des munitions dans le reste de la maison, ou lorsqu’il se retrouve face à de nombreux cadenas et portes verrouillées, le film rappelle à quel point certaines mécaniques, parfaitement acceptables dans un univers virtuel, peuvent paraître absurdes dans la réalité.
La convergence du jeu vidéo et du cinéma
En s’amusant avec ces codes, le film devient résolument comique, porté par un héros particulièrement maladroit. Un humour plutôt bienvenu, car le film est par ailleurs réellement terrifiant. Les jumpscares se révèlent d’une efficacité redoutable, tandis que le long métrage se montre particulièrement généreux en hémoglobine, en démembrements et en autres manifestations visqueuses.
La version 2026 de Resident Evil au cinéma est un tour de train fantôme, sans temps mort, qui donne au spectateur ce qu’il est venu chercher: du grand frisson. La première moitié du film se montre par ailleurs exemplaire dans sa mise en place. Zach Cregger réussit à instaurer un sentiment d’angoisse de manière insidieuse et continue, tout en parvenant à nous faire rire pour mieux relâcher la tension.
L’humour pourra toutefois rebuter les moins réceptifs à la comédie d’entre vous, et la seconde moitié souffre d’une résolution abrupte, voire un peu frustrante. Cependant, en proposant une nouvelle vision d’une franchise qui s’était perdue à force de vouloir tout faire, et souvent n’importe comment, Zach Cregger prouve qu’une adaptation de jeu vidéo réussie est possible. Il tire le meilleur de la synergie entre ces deux médiums pour faire vivre une expérience riche en sensations.
«Resident Evil» de Zach Cregger, au cinéma le 16 septembre 2026. Durée: 1h 34m.
