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«The Substance»: on a vu le film choc qui a secoué Cannes

Absente des écrans depuis quelques années, le retour de Demi Moore s'avère impressionnant dans The Substance.
Absente des premiers rôles depuis deux décennies, le retour de Demi Moore s'avère impressionnant dans The Substance.

On a vu «The Substance», le film choc qui a secoué Cannes

Depuis sa présentation au Festival de Cannes, ce film d’horreur gore et féministe avec Demi Moore aura fait parler de lui dans tous les sens. On l'a vu, et on vous explique pourquoi.
06.11.2024, 18:4706.11.2024, 21:35
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Jusqu'où êtes-vous prêt à aller pour être la meilleure version de vous-même? Tel est le postulat du film The Substance de la Française Coralie Fargeat. Ce long-métrage avait déjà fait parler de lui sur la Croisette lors du dernier Festival de Cannes, notamment en traumatisant ses spectateurs avant de repartir avec le Prix du scénario.

Dans un festival plutôt habitué à des films d'auteur certes de qualités, mais souvent ronronnant, The Substance aura eu une allure de shot de tequila dans un tea-room. Car ce film d' horreur appartient au sous-genre spécifique du «body horror», qui consiste à mettre en scène intentionnellement des violations graphiques du corps humain. Si vous avez vu La Mouche (1986) de David Cronenberg où The Thing (1982) de John Carpenter, vous ne serez pas dépaysé devant The Substance, tant celui-ci semble en être le digne héritier et invoque tout un pan de cinéma en multipliant les références. Sauf que, dans le milieu très masculin du cinéma, les femmes réalisatrices ont des comptes à rendre et si le film de Coralie Fargeat se démarque particulièrement des autres, c'est parce qu'il a des choses à dénoncer.

La bande-annonce:

Vidéo: youtube

Forever young

The Substance commence dans la douceur de Los Angeles en suivant le quotidien d’Elisabeth Sparkle (Demi Moore). Cette ancienne star de cinéma a eu son étoile sur le célèbre Hollywood Walk of Fame et a vu sa carrière se terminer comme présentatrice d’une émission d’aérobic dont la formule tend à s'épuiser.

Incarnée par une Demi Moore à la plastique plus que sublime pour son âge (61 ans et pas mal de chirurgies), celle-ci se fait remercier par son odieux producteur (Dennis Quaid) à cause de son âge. L'émission est jugée trop ringarde, l'homme veut rajeunir son public pour attirer de nouvelles audiences et cela passe par trouver une nouvelle icône pour reprendre le flambeau d'Elisabeth.

Le producteur incarné par Dennis Quaid représente le patriarcat dans tout ce qu'il a de plus laid.
Le producteur incarné par Dennis Quaid représente le patriarcat dans tout ce qu'il a de plus laid.Image: Mubi

La star déchue, qui voit sa vie s'écrouler dans une retraite forcée, tombe alors sur la réclame d'un mystérieux produit nommé La Substance. Un produit à s'injecter capable de générer une autre version d’elle-même, plus jeune, plus belle et simplement parfaite. Un clone avec lequel elle pourra permuter durant un coma de sept jours. Excepté que cette double identité, prénommée Sue (Margaret Qualley), a forcément une volonté propre et que les règles d’utilisation de La Substance sont très strictes, avec des conséquences catastrophiques si elles ne sont pas respectées.

«N'oubliez pas que vous ne faites qu'un» est la condition indispensable pour utiliser le produit.
«N'oubliez pas que vous ne faites qu'un» est la condition indispensable pour utiliser le produit.Image: Mubi

Elisabeth va donc se retrouver aux prises avec ce produit telle une toxicomane et se faire remplacer par sa version plus jeune dans le seul but d'exister encore un peu et de relancer sa carrière. À partir de là, The Substance prend un virage totalement inattendu pour sombrer dans un thriller psychologique et schizophrène avant de nous exploser au visage comme un furoncle sur la vitre d'un miroir.

Supplément ketchup

The Substance est un film dont l'esthétisme est à couper le souffle. Chaque plan est léché et les deux actrices y sont magnifiées. Coralie Fargeat filme le corps de Margaret Qualley, la jeune version de Demi Moore, sous toutes les coutures, la transformant en objet de désir.

Sue (Margaret Qualley) est la version jeune et parfaite d'Elisabeth (Demi Moore)
Sue (Margaret Qualley) est la version jeune et parfaite d'Elisabeth (Demi Moore)Image: Mubi

Pourtant, tout ce glamour sera contrasté par des protubérances cauchemardesques, de la peau qui tombe ou recousue, du sang, de la viande, des tripes et des métamorphoses monstrueuses qui feront détourner le regard du spectateur plus d'une fois.

Par ce biais, la réalisatrice française explore la condition féminine dictée par les standards de beautés qu'impose le regard masculin. Une quête de la perfection et de la jeunesse éternelle qui passe inévitablement par les troubles alimentaires et la dysmorphie corporelle pour certaines. Des dérives qui poussent certaines femmes à passer sur le billard ou à s'injecter des produits afin de rester désirables.

«C’est un film sur le corps des femmes. Comment le corps des femmes est passé au crible, fantasmé, critiqué dans l’espace public, «découpé en morceaux» par les regards. Une prison que la société a bâtie autour de nous et qui est devenue un puissant instrument de contrôle et de domination. Une prison que nous pensons vouloir pour nous-mêmes. Et ce film est un grand cri: il est temps de faire exploser tout ça».
Coralie Fargeat

Pourtant, cet excès de violence et de gore fonctionne uniquement parce que le film est grotesque. En allant trop loin, beaucoup trop loin, The Substance fait avant preuve d'un humour féroce qui n'hésite pas à tomber dans le grand-guignolesque. Avec son sens du sensationnel et son fond à la fois politique et sociétal, le film évite les écueils de la violence réaliste et s'avère être une véritable attraction de train fantôme jubilatoire.

The Susbstance est un film féministe qui met la question du corps des femmes au cœur de son propos.
The Substance est un film féministe qui met la question du corps des femmes au cœur de son propos.Image: Mubi

Cependant, avec ses 2h20 au compteur, le film souffre d'un troisième acte dispensable qui en fait beaucoup trop, au point de lui faire perdre toute sa subtilité. The Substance reste néanmoins un film d'horreur surprenant, audacieux, intelligent et féministe, porté par un duo d'actrices formidables. Il se pourrait même que Demi Moore y ait trouvé son meilleur rôle.

The Substance de Coralie Fargeat avec Demi Moore et Margaret Qualley est sorti le 6 novembre 2024 sur les écrans romands.

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