L'un des films les plus attendus de l'année tient ses promesses
Dans le Chicago des années 30, où la pègre règne en maîtresse et punit le moindre mot de trop, Frank, le petit nom de Frankenstein, s'enfonce, masqué, chapeau vissé — en quête d'un futur à deux, seul rempart contre un spectre de solitude qui ne le lâche plus.
Il cherche l'adresse de la célèbre Dr. Euphronius (Annette Bening), susceptible de lui accorder son vœu le plus cher: une fiancée, une douce moitié. Il sera exaucé.
De cette opération «monstrueuse» émerge le visage de la Fiancée (Jessie Buckley) — personnage à l'énergie débordante, au vocabulaire dense et volcanique, habitée d'une révolte sourde contre un monde qui l'avale et l'instrumentalise. La jeune femme, une défunte prostituée qui flirtait avec les mafieux, est un tout, une congestion de trois âmes logées dans un seul corps: Ida, la Fiancée et Mary.
La première est celle du monde des vivants, la seconde sa réincarnation, la troisième n'est autre que l'écrivaine Mary Shelley.
La Fiancée et Ida conversent avec l'auteure légendaire, dans un univers habité par le désir de faire de la rébellion une ode à l'émancipation. Passé et présent se conjuguent, et le visage de Shelley s'impose sporadiquement au fil du film, au rythme de cette quête électrique entre Chicago, New York ou encore dans les champs de l'Indiana. L'amour et la mort n'y font qu'un. Elle est écrite sur les cendres du passé, sur les brasiers de la colère, sur l'abandon.
Modernité et audace
On sent bien sûr les inspirations de The Bride of Frankenstein (James Whale, 1935), mais The Bride! s'impose comme une relecture explosive et résolument moderne du chef-d'œuvre de Mary Shelley.
Une course folle en tous sens — le déluge d'une révolte intime, fragments d'une société où les femmes réclament leur part du gâteau et leur émancipation de cette lente souillure du monde et de sa contagion.
Outre la Fiancée, incarnée par l'euphorisante Jesse Buckley, le film réunit une détective en quête de respect, jouée par Penélope Cruz, et la savante folle Euphronius, sous les traits de l'excellente Annette Bening. Un trio de femmes qui se matérialise sous la plume de Maggie Gyllenhaal.
Comme un petit air de Penny Dreadful
Et au milieu, il y a Frank, revigoré, enfin arraché à sa solitude pesante. Il revit dans le sillage brûlant de sa fiancée. Christian Bale y livre une partition tout en retenue, colosse fragile parmi les humains, dans une veine proche de celle de Rory Kinnear dans la série Penny Dreadful — même évocation d'une bête blessée, en quête d'identité et de plaisir partagé. Tout lui est inconnu. Spécialement la joie. La vie lui a été hostile. Mais sous les ciels noirs, un flocon blanc (comprenez la Fiancée) viendra mettre un pansement sur ce chagrin. L'euphorie d'un amour viscéral lui inspire même, lors d'un bal, une séquence digne de Fred Astaire.
Surtout, c'est l'audace de la réalisatrice Maggie Gyllenhaal qui paie. The Bride! évite l'écueil de la relecture insipide et oubliable. Le film est certes imparfait — une entame peu maîtrisée, des personnages secondaires qui auraient mérité plus de place, un discours parfois appuyé sur son féminisme — mais le pari est tenu, et gagné.
Le film relève de la recherche de sens, d'un désir de s'affranchir des places assignées par un monde qui efface et rejette.
«Ce monde est un trou noir», lâche Frank à sa Fiancée. Ensemble, ils décident de jouer selon leurs propres règles, d'exister à leur façon. Entre eux, une romance tout en retenue, pendant que la colère déborde, outrancière, habitée de cris et de rires démoniaques. L'amour s'intériorise, la rage s'extériorise — comme les nuages noirs d'une froide immortalité.
Avec son ode ténébreuse et furieuse, Maggie Gyllenhaal s'affirme derrière la caméra, quelques années après son deuxième film, après le très réussi The Lost Daughter.
«The Bride!» est à découvrir dans les salles le 4 mars.
