Gordon Ramsay se masturbe sur Netflix
Dans les premières secondes, déjà, une confession en marshmallow. Gordon Ramsay a longtemps cru que son épouse Tana était «trop bien» pour lui. En vérité, c’est lui qui a toujours été trop bien pour nous, pauvres mortels englués dans notre langoureuse et ordinaire médiocrité. Dans l’énième produit télévisuel érigé à sa gloire, tout juste sorti du four Netflix, le chef le plus célèbre au monde déploie méthodiquement l’étendue de son succès durant six longues heures.
Et pour mieux nous faire ressentir le vertige de la perfection, le documentaire installe l’intrigue au sommet du plus haut gratte-ciel de Londres, au numéro 22 de la prestigieuse rue Bishopsgate. Là où le Britannique de 59 ans a lancé cinq nouveaux business, ressenti 1012.
Cette réplique, Tana aurait très bien pu la prononcer au sujet de son homme, qu’elle jugeait arrogant et imbu de sa personne à leur première rencontre. C’est un fait, Gordon Ramsay est énorme et sa carrière fait rougir les nuages. Le diable des fourneaux et des plateaux depuis plusieurs décennies a su étendre sa cuisine infernale» et s’offrir une large tranche de paradis.
Le trailer:
Comble d’ironie, dans cette interminable nouvelle tambouille autocentrée produite par Netflix, Gordon est cuisiné à feux très doux et ne se met jamais vraiment à table. Consensuel? Yes, chef! Avec tout juste quelques suspenses montés en neige bien épaisse pour nous faire croire qu’il est un être humain comme vous et nous:
«Il faut l’ouvrir. On va l’ouvrir», lâche-t-il à sa moitié, au sommet de sa tour, un casque de chantier sur la tête et en rythme avec les nappes de synthé empruntées à Hollywood. Bien sûr, le suspense est pipé. L’Appétit dévorant de Gordon Ramsay a été tourné il y a deux ans et trois de ses cinq business au cœur de la City sont déjà accessibles au public.
- Le restaurant asiatique Lucky Cat.
- La table exclusive Gordon Ramsay High, à une étoile Michelin et douze couverts.
- Une antenne de la Gordon Ramsay Academy.
Le reste, à savoir une terrasse «avec toit rétractable» et la brasserie Bread Street Kitchen, sont prévus pour le courant de l’année. «C’est comme ouvrir un restaurant sur le stade de Wembley», confesse le multimillionnaire expansif qui veut «impressionner» et ne rien laisser au hasard, de la taille des bouteilles d’eau aux tabliers des serveurs, dont il va faire ôter les poches «parce que ça fait désordre».
Tout le monde aime Gordon Ramsay, de sa famille à ceux qui triment derrière lui. Du moins, dans le documentaire. Même s’il a conçu moins d’enfants que de restaurants, ses six rejetons sont autant en pâmoison que leur mère, mariée à la star depuis trente belles années.
Alternant les bulles intimes dans leur belle baraque du quartier londonien de Wandsworth et tension scénarisée au sommet de la tour infernale, le docu offre une pub cajolante à l’empire Ramsay. Pour asseoir l’influence du gourou, Netflix va jusqu’à zoomer sur le quotidien du responsable des travaux, Terry, qui parcourt près de 200 kilomètres pour aller bosser, en train et en métro. Levé, 3h30 du matin.
Avait-on besoin de six épisodes de 50 minutes sur le chef déjà le plus médiatisé de la planète pour se rappeler qu’il est un entrepreneur visionnaire, un père fantastique et le mari idéal? Pas vraiment. Un constat qui n’est d’ailleurs pas dirigé contre Gordon Ramsay lui-même. Sa belle tronche d’English en biais, son caractère en Téflon, sa gouaille épicée et sa réussite qui bout sur dix sont autant de preuves de l’enviable passion du bonhomme et de sa démesure maîtrisée.
Nos estomacs avaient d’ailleurs passé un bon moment au Hell’s Kitchen de Miami, juste avant la présidentielle américaine.
Mais la star aurait gagné en profondeur et aspérités en osant livrer autre chose que l’antithèse de la série The Osbournes, à savoir un plat télégénique qui manque cruellement de sel pour un type aussi fou et intransigeant.
Malgré tout, l’Appétit dévorant de Gordon Ramsay reste un divertissement tout à fait sympathique, à s’envoyer avec des chips M-Budget et l’eau à la bouche, parce que les plats qui passent devant nos yeux sont à tomber.
