Le documentaire sur Hulk Hogan rate sa cible
Si vous avez grandi dans les années 80 et 90, impossible de passer à côté: avec ses figurines, ses séries télévisées et son ego monumental, Hulk Hogan était le catcheur le plus célèbre du monde. Et il le reste, malgré sa mort en 2025. De quoi nourrir, sur le papier, un documentaire fascinant. Sur le papier seulement. Car la réalité est tout autre.
Scénario écrit par les investisseurs
Comme sur le ring, presque rien n’est vrai dans Hulk Hogan: Real American. Tout y est en revanche très américain. Et digne d’Hollywood: des débuts modestes, une ascension vers la gloire, une chute brutale, du repentir digne d’un Oscar et un cheminement vers la religion. Et vers Donald Trump. Le dirigeant estime que tous deux se ressemblent beaucoup. Et oui, Trump apparaît bel et bien dans le documentaire. Avant de se rendre à «une grande réunion avec la Russie», il prend le temps de couvrir d’éloges son ami de longue date.
C’est exactement ce que fait aussi le documentaire. Le titre n’a rien de cynique, il est à prendre au pied de la lettre. Et pourtant, il ne repose sur pas grand-chose. Rien d’étonnant, le projet ayant été produit en collaboration avec la fédération de catch WWE. Impossible, dans ces conditions, de dire du mal de ceux qui vous financent. On dévoile juste ce qu'il faut de «secrets obscurs» pour vendre le tout comme une confession intime du protagoniste.
La fille de Hulk ne participe pas
«Tout ce que je fais est réel. Je ne mens jamais», affirmait autrefois l'homme baraqué dans des interviews où il semblait toujours survolté, tel un gorille sous Red Bull. «Bien sûr que j’ai menti», reconnaît-il désormais dans le documentaire. Sa consommation de stéroïdes, il l’avait déjà admise au début des années 1990. Et cela n’avait guère surpris. En revanche, il ne regrette rien. Sa carrière passait avant tout, affirme-t-il.
Même si cela l’a conduit à subir 25 opérations – dont 11 au dos – et à sombrer dans une dépendance aux médicaments. Là encore, venant de sa part, on a l'impression d'entendre un héros: «Je prenais 80 milligrammes de fentanyl le matin et me le mettais sous la gencive. J’avais deux patchs de 300 milligrammes sur les jambes et je recevais six sucettes de 1500 milligrammes». Personne n’aurait jamais pris autant, raconte-t-il, lui qui aurait dû être mort.
On attend durant de longues minutes le regard pourtant annoncé sur l’homme derrière le personnage. Il ne vient jamais. Pas plus que sur les affaires judiciaires pour extorsion, violences ou viol.
On remarque aussi que la première épouse de Hogan, Linda, et son fils Nick sont bien présents, contrairement à sa fille Brooke. Celle-ci s’est éloignée de la famille depuis des années, faisant de Nick l’unique héritier après la mort de son père. Cela ne correspond évidemment pas à l’image qu'on cherche à donner, «celle de la famille heureuse», on entend alors Brooke dans un enregistrement dont on ignore la date.
Ce documentaire avait un réel potentiel. La vie de Hogan avait tout d'une course folle, entre succès mondial, patriotisme performatif et zones d’ombre du show-business. A la place, le spectateur se retrouve - et c'est tragique - face à une action de communication de quatre heures, ponctuée d’anciens extraits interminables de catch.
On voit notamment le jeune Hogan troquer son costume de méchant contre celui de héros sur le ring. «Je suis passé du pécheur au saint», explique-t-il dans l’interview qui suit. Plus de 40 ans plus tard, ce documentaire fait exactement la même chose. Et avec le plus grand sérieux.
Hulk Hogan Real American - Official Trailer - Netflix
(Adaptation en français: Valentine Zenker)
