Divertissement
Homosexualité

Half Man: La nouvelle série Richard Gadd est très malaisante

Half Man est une minisérie en six épisodes écrite, créée et jouée par Richard Gadd (à droite) qui suit le récit complexe, de deux hommes liés par un lien fraternel et violent.
Half Man est une minisérie en six épisodes de Richard Gadd (à droite) qui suit le récit de deux hommes liés par un lien fraternel et violent.Image: HBO

La nouvelle série du créateur de «Mon petit renne» est très malaisante

Après l'événement qu'a été sa série Mon petit renne, Richard Gadd revient avec une œuvre tout aussi sombre, qui explore la masculinité toxique intrafamiliale.
28.04.2026, 18:5028.04.2026, 18:50

Richard Gadd est un auteur et acteur écossais dont l'aura n'avait pas quitté les frontières de l'Angleterre avant le buzz écrasant de sa série Mon petit renne, qu'il a écrite et interprétée en 2024. Ces sept épisodes issus d'un récit autobiographique évoquaient une histoire de harcèlement, mais également de viol subi par son auteur. Cette prise de parole est devenue une lumière de plus sur les violences sexuelles, dont les victimes masculines sont rarement représentées à la télévision.

Le Golden Globe et l’Emmy Award de la meilleure minisérie en poche, il n'aura pas fallu beaucoup de temps pour que le projet suivant de Richard Gadd se concrétise avec toute la liberté créative désirée. C’est donc depuis le 23 avril, sur la plateforme HBO Max, que peut être découverte Half Man. Cette mini-série voit encore une fois son auteur en tête d’affiche, qu’il partage avec l’acteur Jamie Bell, à jamais le visage de Billy Elliot dans le rôle qu’il a tenu enfant, en 2000, dans le film de Stephen Baldry.

Bienvenue en Ecosse

Ceux qui se souviennent de Richard Gadd en barman et comédien au physique frêle dans Mon petit renne risquent d’être un peu décontenancés dès les premières minutes du show.

L’acteur s’est taillé un impressionnant physique de brute épaisse pour les besoins du rôle qu’il incarne dans Half Man. On le retrouve dans le rôle de Ruben, un Ecossais au look de truand en conflit avec son demi-frère Niall (Jamie Bell) le jour du mariage de celui-ci. Ruben s'étant présenté sans avoir été invité.

La raison de la discorde ne sera pas évoquée, du moins pas dans l’immédiat, et la série va nous plonger dans les origines du mal en couvrant 30 ans de leur vie commune. Dans un jeu de flashbacks alternant adolescence et âge adulte, le récit revient sur les étapes qui ont façonné leur lien.

Vidéo: watson

Ruben et Niall sont deux hommes qui ont grandi ensemble dans une banlieue prolétaire de Glasgow durant les années 1980. Unis par leurs mères respectives qui «vivent ensemble comme de très bonnes amies», soit une expression pour désigner un couple lesbien à l’époque.

Les deux garçons n'ont aucun lien de sang, mais se considèrent comme des demi-frères. Ruben, l’aîné, est un adolescent de 17 ans violent, cancre et dominant. Tout le contraire de Niall, légèrement plus jeune, dont le physique chétif et la timidité font de lui la victime parfaite du harcèlement de ses camarades, qui s'en prennent à son homosexualité supposée.

Mais lorsque Ruben ressort d'une prison pour mineur après une longue peine, le quotidien de Niall se retrouve chamboulé, puisque celui-ci va devoir partager sa chambre avec son demi-frère qui n'hésite pas à le maltraiter lui aussi, tout en s'attribuant un rôle de protecteur et de mentor.

Se noue alors entre les deux adolescents un lien fraternel qui repose sur une dépendance réciproque, un rapport constant à la force et une tension sensuelle incestueuse et cryptique qui va nourrir cette relation toxique durant trois décennies. Cette alchimie sera à la fois montrée par deux jeunes acteurs épatants qui jouent Ruben et Niall adolescents, et par leurs versions adultes portées à l'écran par Richard Gadd et Jamie Bell.

De l'homophobie et de la violence

La nouvelle série de Richard Gadd ressemble à Mon petit renne à bien des égards. Il s’agit, une fois encore, d'explorer des liens toxiques qui peuvent unir deux personnes de manière irraisonnée et passionnelle. Des rapports délétères qui prennent racine dans l'autodépréciation et la domination.

Et si sa première série l'explorait avec brio en mettant en scène une personne traumatisée en proie à une harceleuse, Half Man reproduit ce schéma dans les relations intrafamiliales et dans le rapport de classe. En prenant place dans une banlieue écossaise des années 1980, la série évoque cette décennie marquée par le SIDA et la funeste homophobie ambiante de l'époque, ainsi que par la violence sociale des années Tatcher.

Durant leur adolescence, Ruben et Niall sont incarnés par les acteurs Stuart Campbell et Mitchell Robertson.
Durant leur adolescence, Ruben et Niall sont incarnés par les acteurs Stuart Campbell et Mitchell Robertson.Image: HBO

Ruben représente le pur produit de la masculinité dominante: puissant, craint, séduisant. L'homme campe les traits d'un pervers narcissique qui va exploiter la vulnérabilité des autres, dont celle de Niall, qu’il défend tout en l'utilisant.

Mais plutôt qu’un simple portrait au vitriol de la virilité toxique, la série cherche avant tout à montrer comment ces mécanismes s’installent et se perpétuent. A l’instar de la série britannique Adolescence, qui avait su marquer les esprits en mettant en lumière les dégâts du masculinisme, Half Man se distingue en affichant les rouages de la violence masculine avec un réalisme volontairement éprouvant, marqué par l’ambiguïté.

Malaise TV

Si, de prime abord, la série semble être une plongée dans un contexte familial et social, le visionnage de Half Man est une épreuve tant elle parvient à créer un certain malaise tout en laissant le spectateur responsable de sa gêne, puisque la série n'est jamais vraiment explicite, laissant l’ambiguïté faire son travail.

De cet amour fraternel, dont les protagonistes sont aux antipodes l’un de l’autre, ressort beaucoup de violence - et ces deux éléments, l’amour et la violence, sont montrés frontalement avec une telle subtilité qu’il est parfois difficile de les discerner l’un de l’autre.

L'acteur Jamie Bell, mondialement connu pour Billy Elliot (2000) incarne Niall.
L'acteur Jamie Bell, mondialement connu pour Billy Elliot (2000) incarne Niall.Image: HBO

C'est dans ces moments-là que la série devient éprouvante. Certaines des séquences de rages prennent des tournures d’agressions sexuelles qui ne sont jamais verbalisées ni réellement montrées, laissant au spectateur le choix d’interpréter ces situations. La série baigne dans une tension incestueuse qui fait partie intégrante des schémas de domination, et qui peut être difficile à regarder, notamment pour celles et ceux qui en ont été victimes.

Half Man ne se contente pas de traiter de la masculinité toxique: Richard Gadd excelle à dessiner des portraits saisissants de personnages en souffrance, pris dans la haine de soi et la difficulté d’aimer l’autre. Avec sa plume anxiogène et son jeu brutal, le trentenaire écossais réussit à nous interroger sur ce qui fait d’un homme un homme, forçant chacun à faire son introspection. Après Mon petit renne, qu'on aurait pu imaginer comme un coup d'essai, Half Man confirme qu’un auteur est définitivement né.

«Half Man »est à voir sur la plateforme HBO Max, à raison d'un épisode tous les vendredis.

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