Gorillaz bombe le torse à Paléo et joue sur nos frustrations
On les attendait de pied ferme, on n'a pas été déçus. Ou bien quand même? Ce jeudi soir à Paléo, Gorillaz est venu performer devant une plaine de l'Asse à ses pieds. Cela fait plus de vingt ans que les rappeurs et leurs alter ego animés ramènent leurs bouilles sur nos écrans et dans nos oreilles. Stars de l'ère d'or des chaînes musicales, au début des années 2000, ambiance tube cathodique, on se souvient de leurs plus grands hits: Feel Good, Inc, Dare et Clint Eastwood.
Le «groupe virtuel» composé d'avatars, créés par le graphiste Jamie Hewlett, a depuis roulé sa bosse. Les titres se sont enchaînés, toujours avec un pendant clipesque. Avec leur dernier album, The Mountain, inspiré des sons et de la philosophie hindoue, Gorillaz explore sans lourdeur le thème profond de la mort, sans faire de concession sur leur essence: le bon son.
Le concert s'ouvre donc sur ces sonorités si particulières et les titres de leur nouvel album, ambiance «trip cosmique» et visuels new age plutôt sympathiques. On attend de pied ferme les tubes. En fait, on attendra longtemps.
Un son avant-gardiste toujours très actuel
On enchaîne donc les sons plus pointus les uns que les autres. Gorillaz arrive-t-il à transposer son univers si créatif sur scène? La réponse est oui. Les musiciens sont au top, le choeur présent sur scène chante de manière vibrante et les animations visuelles nous permettent de décoller, comme si on avait embarqué dans un de ces rêves en couleur qui font le charme du groupe.
Pop, rock, rap, électro, trip-hop, en fait, c'est quoi Gorillaz? Leur son, avant-gardiste il y a vingt-cinq ans, semble étrangement cohérent avec celui des années 2020, comme s'ils étaient déjà prêts depuis des années. C'est simple: c'est comme si Gorillaz avait toujours été là.
Où sont les hits?
Mais le public est cruel et a besoin de repères. Après une demi-heure sans avoir pu se délecter des chansons les plus connues du groupe, on commence à s'impatienter. En festival, le public n'est pas composé que de fans qui sauront se satisfaire des titres moins connus. Et quand on dispose de plusieurs hits, on peut ménager son public, pas besoin d'attendre la fin du concert — surtout quand celui-ci dure 1h30.
D'autant que la prestation de Damon Albarn commence à prendre du plomb dans l'aile, au fur et à mesure que le concert avance. A côté de moi, un mec lâche, alors qu'il s'allume lui-même un bon gros pétard:
Gorillaz lâche un peu de lest avec Kids with guns ou encore Stylo, mais pas de quoi vraiment satisfaire la foule. Après plus d'une heure de concert, quand un Damon Albarn un tantinet désorienté tente sans succès de faire chanter la foule sur le titre Tranz, plutôt mineur, on sent qu'il commence à la perdre.
Le meilleur pour la fin
Sans surprise, Gorillaz aura gardé le meilleur pour la fin. On alors qu'on n'y croyait plus, Feel good, Inc retentit et relance toute la plaine de l'Asse, comme prise d'un électrochoc d'un coup. Puis, Clint Eastwood termine le concert en beauté — et tant pis pour Dare. Mais Damon Albarn n'est plus vraiment au top sur ce dernier titre, pourtant tant attendu. Notre ami à notre gauche lâche:
On ressort un peu pensif de ce concert. L'énergie folle des musiciens ainsi qu'une intro et un final réussis auront valu leur pesant de cacahouètes. Mais la performance très inégale du leader et l'attente des hits durant toute la deuxième partie du concert auront donné l'impression de jouer sur nos frustrations. Il reste un truc difficile à enlever: la joie d'avoir pu entrer dans l'univers de Gorillaz, qui a vieilli comme du bon vin.
