Il est de ces cold cases qui captivent les Etats-Unis, qui font les choux gras de la presse nationale et des chaînes de télévision. Le 26 décembre 1996, JonBenét (6 ans) est retrouvée morte dans le sous-sol de la demeure familiale. A ce jour, sa mort reste une énigme pour les autorités américaines.
Joe Berlinger consacre une série documentaire de trois heures à ce drame de Boulder, dans l'état du Colorado. Un quartier cossu, où John et Patsy, JonBenét ainsi que leur fils Burke mènent une vie sans histoire. Avant ce chapitre morbide de fin 1996.
Mais qui a bien pu assassiner JonBenét? La série va s'atteler à creuser et interviewer une multitude de personnes qui ont gravité autour de l'affaire. Des autorités en passant par le père, John Ramsey, la série Cold Case: Qui a tué la mini-miss? s'applique à offrir une nouvelle version, périphérique, de ce fait-divers. Car derrière le meurtre, c'est une enquête bâclée d'une police mal préparée pour des cas d'homicide, un déferlement médiatique et une route cabossée vers des malheurs à répétition.
Un coup de tonnerre qui a infusé dans l'Amérique entière. S'enchaîne alors une enquête qui va rapidement cibler les parents: John et Patsy. Jetés en pâture dans la presse, perçus comme les principaux coupables par la police de Boulder, la déferlante va faire mal aux Ramsey.
A commencer par la demande de rançon (bidon) qui stipulait que 118 000 dollars devait être versés, sinon la gamine allait être décapitée. Cette lettre avait interloqué les forces de l'ordre et l'ont considérée comme trop longue pour être une réelle lettre de rançon. Surtout que l'auteur n'a jamais quémandé son magot. Les policiers ont bloqué sur le montant, qui représentait la prime de Noël promise à John Ramsey. Une petite lumière s'allume et les enquêteurs se tournent rapidement vers les parents.
Une fois qu'ils sont dans le viseur, leur vie est passée au peigne fin et les suspicions crasses seront légion. A commencer par l'éducation de la petite et de ses aventures pailletées en tant que mini-miss. Elle rafle les titres de beauté, elle se pavane avec des mises en plis, des costumes qui sont inappropriés pour une enfant de 6 ans. Etrange. Vraiment?
Certes, envoyer son enfant maquillée et sapée comme une femme sur les podiums, l'idée peut interroger, mais ça ne fait pas des parents de potentiels meurtriers. Michael Tracey, qui a participé à l'enquête, a tordu le cou aux raccourcis qui ont empoisonné l'opinion publique, concernant les concours de mini-miss et la prétendue sexualisation de la fillette (par ses parents).
Le public et les médias n'ont alors pas lâché les parents. Le documentaire va mettre en lumière les méthodes pour tenter de faire avouer John et Patsy.
Des tentatives frontales portant le sceau du détective Steve Thomas, qui a sorti plus tard un livre dans lequel il avançait des thèses farfelues. Persuadé que Patsy était la meurtrière, il a admis que la police avait tenté de forcer les Ramsey à avouer, en fournissant des informations aux médias.
Des méthodes qui font écho à une autre étape de l'affaire: en 2013, lors du procès, le documentaire Netflix révèle que le jury avait voté pour inculper les deux parents, mais le bureau du procureur n'a pas donné suite à cette décision. C'est le procureur Alex Hunter qui a opposé son veto, jugeant qu'il manquait de preuves accablantes pour envoyer en prison Patsy et John.
C'est ce même procureur qui s'est alors tourné vers un autre détective, Lou Smit, une sorte de Sherlock Holmes, selon ses anciens collaborateurs. Le policier expérimenté était persuadé que les parents n'étaient pas impliqués dans l'affaire. A contrario, il a découvert une enquête bâclée, avec des détails qui n'avaient même pas été étudiés par les reponsables de l'époque. Prenons le corps de JonBénet, qui était couvert de marques semblables à des impacts de taser - aucun signe d'un engin de ce type sur les lieux. Or Smit a fait des tests sur de la peau d'un porc et se sont révélés concluants. Les marques coïncidaient.
La police de Boulder a réfuté cette hypothèse. Les flics de Boulder ont préféré cacher des indices, pour appuyer la culpabilité des parents. On apprend plus tard que les autorités avaient des résultats d'ADN du corps de JonBenét qui ne correspondaient à aucun membre de la famille Ramsey, mais n'a pas jugé bon de divulguer cette information aux médias ni même au procureur.
Une vendetta se tramait dans les coulisses, orchestrées par qui, comment, pourquoi? Selon les informations compilées par Joe Berlinger, deux camps s'affrontaient au sein de la police et du bureau du procureur: ceux qui étaient persuadés de la culpabilité des parents et les autres. Un climat délétère qui aurait phagocyté le bon déroulement de l'enquête.
A ce jeu, et c'est un détail qui a son importance, les enquêteurs sont passés à côté d'une agression qui s'est déroulée quelques mois plus tard, dans un quartier voisin - au même mode opératoire.
La série permet même plusieurs révélations, comme l'aveu troublant de cet inconnu surnommé Daxis, un meurtrier autoproclamé et expatrié en Thaïlande.
Si ce n'est pas assez, lorsque les parents ont été relaxés par le grand jury, l'enquête s'est arrêtée nette. Le dossier a pris la poussière et s’est transformé en cold case. En 2022, la famille Ramsey a demandé que le dossier soit réexaminé.
Une famille clouée au pilori, de fausses informations diffusées à foison et une police dépassée par les événements, avec Cold Case: Qui a tué la mini-miss?, Joe Berlinger met en exergue les failles béantes de l'enquête policière et de la couverture médiatique. L'identité du tueur en devient presque secondaire. On repense alors au film de Clint Eastwood, Le cas de Richard Jewell, cet agent de sécurité qui a déjoué un attentat lors des JO d'Atlanta en 1996, présenté comme le héros de la nation avant d'être avalé par un tourbillon médiatique et policier. Watson Bryant (joué par Sam Rockwell) s'adresse à Jewell et lui dit: «L'autorité va vous bouffer tout cru».
La famille Ramsey l'a été et les séquelles sont irréversibles.
«Cold Case: Qui a tué la mini-miss?» est à découvrir en intégralité sur Netflix.