Cette comédienne romande va vous faire aimer votre mère
Le stand-up a le vent en poupe: les comédies clubs fleurissent, et toute une génération d'humoristes romands s'exporte avec succès. L'humour se veut désormais urbain, micro en main et debout face au public. Pourtant, le rire fut longtemps l'apanage du théâtre, un univers souvent perçu comme élitiste ou poussiéreux. C'est précisément ces clichés que la Vaudoise Tiphanie Bovay-Klameth vient bousculer, avec une bonhomie et une sensibilité à fleur de peau.
Autrice, metteuse en scène et comédienne, Tiphanie a été formée à la Manufacture avant que sa carrière décolle très vite lorsqu'elle intègre en 2008 l'univers des Deschiens pour le spectacle Salle des fêtes de Macha Makeïeff et Jérôme Deschamps. Après une décennie de travail divers et collectif, elle crée sa propre compagnie TBK et présente son premier solo intitulé D'Autres en 2017.
Dans cette pièce, qui lui a valu le prix François Silvant, elle y incarnait toute une galerie de personnages issus de la société de gym de Bobigny, un charmant village (fictif) du canton de Vaud où elle déployait un accent chantant «bien de chez nous» qu'elle maîtrise à la perfection.
Cet univers qui lui est propre, et pourtant si commun pour nous autres Romands bien plus campagnards que citadins, Tiphanie le réitère dans son nouveau seul-en-scène, intitulé Paix. Depuis le 28 janvier à Lausanne, la comédienne le joue à guichet fermé entre le théâtre Boulime et l'Arsenic, tant le succès est au rendez-vous, avant d'entamer une tournée romande. Dans ce seul-en-scène, c'est sous le prisme de l'autofiction que la comédienne se met à nu, en incarnant notamment sa propre mère.
Y en a point comme elle
A mi-chemin entre le théâtre de Boulevard et la création contemporaine, Paix est un seul en scène qui raconte le quotidien d'une mère de famille nommée Brigitte. Ces enfants sont désormais loin de la maison et elle a désormais la responsabilité de s'occuper de sa propre mère diabétique, dont elle est proche aidante. Un moment de vie que tout un chacun redoute, celui de voir son propre parent décliner et de s'en inquiéter comme si les rôles s'étaient inversés. Brigitte est à bout. Cette charge mentale, notre personnage s'en soulage en tenant les rênes d'une choral dont elle prépare, avec son choeur, un spectacle aussi ambitieux qu'amateur dont le thème n'est autre que «la paix dans le monde».
C'est donc avec une délectation certaine que l'on suit les répétitions de ce spectacle, entre le travail chorégraphique clownesque, le répertoire musical délicieusement ringard et la gestion des différents participants. C'est dans les petits riens que Brigitte nous fait l'aimer: sa gentillesse, sa maladresse, son décalage avec les technologies, ses expressions... Il y en a en elle un peu de nos mères que chacun va retrouver.
Si la force du spectacle tient évidemment à son écriture, c'est avant tout l'interprétation virtuose de Tiphanie Bovay-Klameth qui le rend si unique. Son jeu est si millimétré que chaque détail en devient jouissif, que ce soit par le fait de se mettre de l'huile essentielle sur les tempes ou porter ses lunettes au bout du nez pour regarder son téléphone, chaque geste anodin vient nous esquisser un sourire. L'imitation est parfaite.
Rire, pleurer et danser
Des moments d'hilarité, il y en a pléthore, mais le rythme est également ponctué par des scènes d'intimité où les rires font place aux larmes. Parce qu'il ne s'agit pas que d'une pièce sur la paix dans le monde, c'est aussi, en filigrane, le besoin d'être en paix avec soi-même.
En affrontant la démence de sa maman vieillissante qu'il a fallu mettre en institution, en partageant son poids avec ses propres enfants, les blessures secrètes de Brigitte surgissent et viennent nous frapper en plein cœur. Lorsque la dureté d'être une femme du temps de nos mères et de nos grands-mères nous est révélée, le spectacle en devient bouleversant. Au fond, que savons-nous réellement de nos géniteurs? De leur passé et de leurs cicatrices?
Pour celles et ceux qui sont dans cet entre-deux générationnel, celui d'être l'enfant qui commence à se soucier à son tour de ses parents, ce monodrame humoristique prend une dimension cathartique. Un chemin que la comédienne emprunte elle-même, offrant un final explosif, lorsque le spectacle dont on suit les répétitions prend enfin forme et que la première nous est présentée. Tiphanie Bovay-Klameth se transforme, pour ce dernier acte, en bête de scène.
Paix, c'est une déclaration d'amour à nos mères, une ode à la bienveillance et au lâcher-prise. Un spectacle d'une tendresse infinie, dont on sort apaisé et dont la galerie de personnage nous fait aimer nos racines. Pour tout cela, on ne peut que vous suggérer d'y aller et, à l'image de Brigitte, d'y trouver la paix.
- Du 28 janvier au 7 février en alternance au théâtre Boulimie et à l'Arscenic de Lausanne
- Le 12 février au Reflet, à Vevey
- Les 26 et 27 février à l’Echandole, à Yverdon-les-Bains
- Les 4, 5 et 6 mars au SPOT, à Sion
- Les 25, 26 et 29 mars au Casino de Rolle
- Le 1er avril à Beausobre, à Morges
- Du 25 au 31 mai au théâtre Saint-Gervais, à Genève
