Raye a fait venir Alicia Keys à Montreux et ce n'était même pas le plus fou
Il est un peu plus de 20h30 à Montreux, devant le 2m2c fraîchement rénové. Les files de spectateurs impatients ou inquiets serpentent encore entre les barrières alors que selon la programmation, le show devrait déjà avoir débuté.
L'organisation donne quelques sueurs froides à ceux qui regardent l'heure en panique. Heureusement, tout le monde finit par entrer et à 21 heures, les lumières s'éteignent enfin.
Au centre se trouve une scène circulaire. Derrière les rideaux qui la masquent, un orchestre s'installe. Une plateforme qui tourne lentement sur elle-même. Et puis Raye apparaît, avec cette allure de diva d'un autre temps. Une entrée élégante, presque solennelle, qui donne immédiatement le ton.
Des guests, mais surtout des souvenirs
Pour fêter ses 60 ans, le festival a donné carte blanche à l'artiste, qui «fait partie de la famille» selon Mathieu Jaton, le boss du Montreux Jazz. Troisième participation en trois ans, autant dire qu'elle est attendue. Cette fois, on nous promet aussi des guests.
Et très vite, un premier fait son apparition: Mark Ronson. Ensemble, les deux artistes revisitent Uptown Funk, avant d'interpréter un morceau composé à quatre mains. Et ce n'est que le début.
Entre deux chansons, Raye raconte. Beaucoup. Elle évoque James Brown, Ray Charles, Ella Fitzgerald, David Bowie et tous ces monstres sacrés qui ont foulé cette scène avant elle. Elle explique qu'elle est nerveuse. Que son groupe l'est aussi. Puis elle glisse, presque timidement, que ces légendes ressentaient probablement la même chose avant de monter sur scène. On comprend alors que cette soirée ne parle pas seulement de Raye, elle parle de Montreux.
Les reprises s'enchaînent comme autant de passerelles entre les générations. Georgia on My Mind. Puis un hommage à Ella Fitzgerald, qu'elle interprète au piano. Un clin d'oeil à Prince et son intemporel Purple Rain, qui donne une petite chaire de poule collective.
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Et au milieu de tout ça, une chose qui frappe. Quelle voix. On le savait sans doute déjà, collectivement, sinon la soirée n'aurait pas été sold out et on serait allés manger une assiette thaïe sur les quais à la place. Mais vraiment, c'est une claque vocale.
Raye joue avec les rythmes avec une facilité déconcertante. Une seconde, elle déborde d'une énergie presque enfantine, plaisante avec le public et raconte une anecdote. La suivante, elle semble porter sur ses épaules un siècle entier de musique. Tantôt groove, tantôt fragile, toujours immense.
Le moment le plus touchant arrive lorsqu'elle parle de sa famille et de son grand-père suisse. Sa voix vacille légèrement, ses yeux deviennent brillants. Pendant quelques instants, la salle entière retient presque son souffle.
Et puis arrive Alicia Keys.
Moment suspendu
Forcément, c'est spectaculaire. Les réseaux sociaux s'en sont d'ailleurs emparés presque instantanément. Vous avez sûrement déjà vu passer leur prestation.
Les deux artistes interprètent If I Ain't Got You. Deux musiciennes d'exception, sans artifices, qui donnent l'impression que chanter de cette façon est la chose la plus naturelle du monde. Puis elles s'assoient simplement sur le bord de la scène.
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Quelques morceaux plus tard, Raye invite également ses sœurs à la rejoindre. Manifestement, la famille a été particulièrement gâtée le jour où le talent a été distribué.
Après plus de deux heures de concert, elle referme cette parenthèse avec Where Is My Husband, offrant une dernière montée d'énergie avant de saluer le public.
Tout n'était pas parfait. La soirée a souffert parfois de quelques longueurs, inévitables dans un spectacle aussi ambitieux. Mais elles deviennent presque anecdotiques face à ce que Raye est parvenue à accomplir.
Car au fond, Alicia Keys n'était peut-être même pas le moment le plus marquant de la soirée. Le plus fou, c'était de voir une artiste de 28 ans regarder 60 ans d'histoire musicale droit dans les yeux, sans chercher à les imiter, mais en leur répondant avec sa propre voix.
On ne sait pas combien de ces soirées entrent vraiment dans la légende du Montreux Jazz Festival. Mais celle-ci a, au minimum, tout ce qu'il faut pour y laisser une jolie trace.
