«Ce n’est pas Miami»: comment ce YouTubeur a rebrandé l’Afrique
Pendant un mois, il a créé l’événement et drainé les foules dans une vingtaine de pays africains: l’influenceur afro-américain IShowSpeed achève une exubérante tournée sur le continent, où il a cherché à promouvoir, auprès de ses 50 millions d’abonnés sur YouTube, une Afrique jeune et dynamique.
Course contre un guépard en Afrique du Sud, visite d’une mine de diamants au Botswana, découverte des spécialités culinaires éthiopiennes, danse avec les Masaï au Kenya, exploration des pyramides d’Egypte… L’un des influenceurs les plus suivis de la planète a passé des dizaines d’heures en «live» sur les réseaux sociaux, multipliant les interactions avec une population sortie en masse.
Au point de faire réaliser à de nombreux internautes américains que l’Afrique est plus développée que ne le laissent croire les clichés hollywoodiens.
«On nous apprend que l’Afrique est primitive, dangereuse, qu’il ne faut pas y aller», disent certains abonnés afro-américains, manifestement émus, dans des vidéos de réaction à la tournée.
«Il montre une autre Afrique, une Afrique qui bouge, qui se modernise, qui a envie de faire de grandes choses. Il passe dans des endroits où il y a des infrastructures modernes», explique à l’AFP Qemal Affagnon, spécialiste des réseaux sociaux et créateur d’Internet sans Frontières. «A l’heure où l’exécutif américain peut parfois présenter l’Afrique dans des termes assez péjoratifs, il diffuse un autre narratif. C’est quelque chose qui a visiblement touché son public américain», poursuit-il.
A Lagos, il a fêté son 21e anniversaire en passant la barre des 50 millions d’abonnés sur YouTube; à Luanda, il s’est émerveillé de «l’amour reçu» et de «la folle énergie»; avant de s’enthousiasmer sur les buildings de Nairobi ou d’Addis-Abeba. Il s’est toutefois bien gardé de parler de politique, y compris dans des pays réputés autocratiques, s’attirant au passage quelques critiques.
Celui que l’on surnomme «Speed» a appliqué au continent africain les recettes de ses voyages aux quatre coins du monde: ses équipes le filment en direct, dans des déambulations à un rythme effréné, où il alterne découvertes culturelles, interactions avec des vendeurs ou des artistes de rue… et diverses pitreries.
«Vraie image»
Sur YouTube, la tournée est une réussite, avec près de quatre millions d’abonnés supplémentaires en un mois et un live à la finale de la Coupe d’Afrique des Nations au Maroc qui a déjà cumulé 15 millions de vues, se plaçant directement dans son top 10. Il compte aussi 45 millions d’abonnés sur Instagram et 47 sur TikTok, pour une fortune personnelle estimée à 20 millions de dollars par Forbes.
Son objectif n’est pas de se poser en «sauveur» de l’Afrique, mais d’en montrer la «vraie image», sans paternalisme ni victimisation, assurent ses fans. «Le fait qu’il soit le premier streamer américain à faire tout un tour de l’Afrique, c’est historique. C’est un énorme accomplissement qu’il a réalisé pour l’industrie du streaming», se réjouit le youtubeur nigérian Stephen Oluwafisayomi, alias «Stevosky».
IShowSpeed dans les pyramides
Et quand un membre de son équipe, à bord d’un hélicoptère au Bénin, lui fait remarquer qu’on dirait «Miami, sans les maisons», il répond du tac au tac:
De quoi séduire certains gouvernements, désireux d’attirer de nouveaux visiteurs. «Il y a des pays qui, aujourd’hui, font des clins d’œil à certaines communautés d’afro-descendants et il peut servir de lien entre ces deux mondes», explique Qemal Affagnon.
Direct dans la pyramide de Gizeh
A Nairobi, il a rencontré la ministre du Tourisme, Rebecca Miano, et reçu un message vidéo de chaleureuse bienvenue du président William Ruto, tandis qu’en Egypte il a été autorisé à filmer en direct à l’intérieur de la pyramide de Gizeh.
IShowSpeed, de son vrai nom Darren Watkins Jr, a commencé sa carrière comme beaucoup de «streamers», en se filmant en train de jouer à des jeux vidéo. Mais ce fan de football – et en particulier de Cristiano Ronaldo – ne se contente pas de rester sur son fauteuil de «gamer» et s’est rendu notamment en Asie, en Europe et en Amérique du Sud, frôlant régulièrement l’émeute.
Lors de sa tournée africaine, maillot de l’équipe nationale de chaque pays sur le dos, il a parfois été pris à partie, soit par des fans trop enthousiastes, soit par un public hostile. Comme en Algérie, où il a dû interrompre son direct – une rareté – alors que des supporters lui jetaient des bouteilles dans un stade, lors d’un match de football.
Celui qui a été désigné «streamer de l’année» 2024 et 2025 aux Streamer Awards, une récompense internationale du secteur, et dont les excès l’ont fait bannir de la plateforme Twitch entre 2021 et 2023 pour «coercition ou intimidation sexuelle», doit achever cette tournée africaine cette semaine avec un test ADN censé révéler ses origines sur le continent.
Au Liberia, où de nombreux Noirs américains ont émigré au XIXᵉ siècle pour renouer avec leurs racines africaines, il a rencontré un homonyme dont les aïeuls ont quitté l’Ohio, la région natale de Speed: «C’est vraiment mon ancêtre», s’est amusé ce dernier.
