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La plupart des banques suisses loupent l'engouement pour le bitcoin

La plupart des banques suisses ont raté une occasion de s'enrichir

Les établissements financiers helvétiques ont raté le coche concernant l'envolée du Bitcoin et les autres cryptomonnaies.
27.11.2024, 06:01
Patrick Toggweiler
Patrick Toggweiler
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C'est une situation bourrée de paradoxes: l'invention du bitcoin a été une réaction à la crise financière mondiale de 2007/2008, dans laquelle les agissements douteux des banques ont joué un rôle prépondérant. Et maintenant, on se permet de reprocher justement aux banques de passer à côté de l'engouement pour les cryptomonnaies?

Mais ce n'est pas si simple que ça.

Beaucoup de choses se sont passées au cours des quinze dernières années. Blackrock, le plus grand gestionnaire d'actifs au monde, a lancé des «exchange traded funds» (ETF, ou fonds côté en bourse en français) sur le Bitcoin et l'ethereum. De nombreux autres acteurs de renom ont suivi l'exemple. L'ETF Bitcoin de Blackrock bat désormais record sur record.

D'autres signes indiquent que le Bitcoin et autres cryptomonnaies sont largement acceptés: selon une étude récemment publiée par l'Université de Lucerne (mandatée par Postfinance), une personne suisse sur huit investit dans les cryptomonnaies (11%). Cela représente tout de même un million de personnes. Parmi les personnes dont le revenu est supérieur à 150 000 francs par an, ce pourcentage est nettement plus élevé: près d'une sur quatre (22%) a déjà investi dans des cryptomonnaies. La proportion est également supérieure à la moyenne chez les jeunes.

Die Luzerner Kantonalbank, LKB, kann am Donnerstag, 28. Februar 2008 an einer Bilanz Medienkonferenz in Luzern einen Gewinn von 150 Millionen Franken bekannt geben. (KEYSTONE/Sigi Tischler)
La Banque cantonale de Lucerne propose à ses clients d'acheter des cryptomonnaies.Image: KEYSTONE

Avec un million d'investisseurs, il s'agit de beaucoup d'argent – et vu que ce sont surtout les jeunes qui s'y intéressent, la future génération de clients a le potentiel d'être définie par les cryptomonnaies. Conclusion logique: les banques suisses devraient innonder leurs clients d'offres pour des cryptomonnaies. Or, c'est loin d'être le cas. La plupart des établissements financiers de notre pays sont à la traine. C'est ce que montrent les réponses des 17 banques et gestionnaires de fortune que nous avons contactés.

«La crypto n'est pas une classe d'actifs sur notre liste de recommandation», écrit par exemple le gestionnaire de fortune genevois Pictet, qui gère plus de 600 milliards de dollars.

«Nous renvoyons les clients intéressés à des partenaires externes compétents»
Pictet

Toujours est-il qu'il existe des ETF – comme c'est désormais le cas partout.

Même la plus grande banque suisse, l'UBS, a toujours fait preuve de réserve en ce qui concerne le Bitcoin. La banque n'a pas réagi à notre demande. En raison de sa volatilité, le bitcoin ne convient pas comme placement stratégique de portefeuille, a déclaré il y a quelques jours Mark Haefele, Chief Investment Officer d'UBS au journal spécialisé Cash.

«Nous sommes sceptiques quant au fait que les cryptomonnaies pénètrent de manière significative dans l'économie réelle»
Mark Haefele

La banque Raiffeisen est du même avis: l'intérêt des clients a augmenté en raison de la hype médiatique. La coopérative continue cependant à proposer Bitcoin et Co. à ses clients uniquement de manière indirecte, par le biais d'ETF. A la question de savoir quelle note le Bitcoin et l'Ethereum obtiendraient en tant que placements sur une échelle de zéro (extrêmement peu sûr) à dix (extrêmement sûr), les géants du marché des cryptomonnaies sont sanctionnés: le Bitcoin obtient un trois, l'Ethereum un deux.

Les clients de la Banque Migros ne peuvent pas non plus acheter de Bitcoins (sauf via des ETF). La banque dispose toutefois d'une offre de conseil qui permet de discuter des cryptomonnaies dans le cadre d'un portefeuille diversifié.

Certaines banques cantonales ainsi que Postfinance se montrent plus ouvertes. Dans les banques cantonales de Zurich, Zoug, Lucerne, Saint-Gall et Thurgovie, les clients peuvent acheter directement des Bitcoins et des Ethereums. Il en va de même chez Postfinance. Les établissements se chargent de la gestion des clés d'accès. L'envoi ou la réception de coins ne fonctionne pour l'instant que chez la Banque cantonale de Lucerne, chez Swissquote et, selon les recherches de House of Satoshi, chez VZ Vermögenszentrum.

*Les recherches n'incluent pas les banques cantonales romandes.

Mais pourquoi stocker les Bitcoins et autres cryptomonnaies à la banque?

Monsieur et madame tout-le-monde, qui a acheté cinq Bitcoins pour 5000 francs en 2017, stocke chez lui près d'un demi-million de dollars (ces lignes ont été écrites le 21.11.2024), pour autant qu'il ait suivi cette course infernale jusqu'à aujourd'hui. Il se peut que ses clés d'accès privées soient inscrites sur un papier dans une boîte de biscuits ou qu'il utilise à cet effet ce que l'on appelle un cold wallet – les cours n'ont heureusement pas été les seuls à augmenter, les possibilités de stockage «sécurisé» des clés privées se sont également multipliées. Il n'en reste pas moins qu'il n'est pas donné à tout le monde de partir en vacances sans souci en laissant la clé d'accès à une fortune à la maison.

A cela s'ajoute le bricolage technique des portefeuilles crypto, qui dissuade notamment les personnes plus âgées de s'y intéresser plus sérieusement.

Pour les banques suisses, il y aurait donc suffisamment de marge de manœuvre pour se tailler une part du gâteau Bitcoin. Actuellement, comme le montre l'étude de l'université de Lucerne, les acheteurs suisses de crypto-monnaies préfèrent encore acheter leurs pièces à l'étranger, notamment chez Revolut et Binance. Swissquote est le seul fournisseur national à figurer dans le top trois.

Traduit et adapté de l'allemand par Léa Krejci

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