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Economie: les perspectives sont sombres pour Poutine et la Russie

Le président russe, Vladimir Poutine.
Le président russe, Vladimir Poutine.Image: IMAGO / Kremlin Pool / Russian Government

«L'économie russe se trouve toujours dans la zone de mort»

Les chiffres ne sont pas engageants pour l'économie russe. Certes, le pays peut espérer des revenus pétroliers supplémentaires, mais les problèmes restent considérables. Tour d'horizon.
15.05.2026, 05:3715.05.2026, 05:37
Julian Alexander Fischer / t-online
Un article de
t-online

La guerre qui se poursuit en Ukraine pèse de plus en plus lourdement sur l'économie russe. Les nouveaux trains de sanctions internationales et l'isolement qui en découle produisent des effets tangibles. Les caisses de l'Etat se vident visiblement, ce qui se reflète notamment dans les récentes hausses d'impôts et l'inflation, qui reste élevée. Plus récemment, le service de renseignement militaire suédois a signalé que la Russie manipule ses données économiques à grande échelle pour masquer la situation réelle du pays.

Pourtant, les annonces officielles négatives s'accumulent. La Russie vient de nettement revoir à la baisse ses prévisions de croissance économique. Le produit intérieur brut (PIB) ne devrait croître que de 0,4% en 2026, contre le 1,3% initialement prévu, a déclaré le vice-premier ministre Alexander Novak au journal russe Wedomosti. Pour 2027, une croissance de 1,4% est désormais attendue, contre 2,8% dans les prévisions précédentes.

Le vice-premier ministre russe Alexandre Novak a annoncé de mauvais chiffres.
Le vice-premier ministre russe Alexandre Novak a annoncé de mauvais chiffres.Image: IMAGO / Yuri Kochetkov

Cette nouvelle s'inscrit parfaitement dans le tableau des derniers mois. La Russie semble enlisée dans un marasme économique durable. Mais à quel point la situation est-elle vraiment mauvaise?

Des chiffres de plus en plus mauvais pour la Russie

Au cours des deux premiers mois de l'année 2026, le PIB russe avait même reculé de 1,8%. L'inflation officielle s'élève à un peu plus de 5%, et les Russes le ressentent clairement au quotidien, avec notamment une hausse disproportionnée du prix des produits de première nécessité.

Le déclin se fait sentir dans presque tous les domaines. Les chiffres sont en recul dans le secteur manufacturier, le transport de marchandises, la production industrielle et, en particulier, la construction. Ainsi, le promoteur Samoljot, l'une des plus grandes entreprises de construction du pays, a demandé en février au gouvernement (sans succès) un prêt subventionné de plus de 550 millions d'euros (503 millions de francs). De nombreux experts voient se profiler une série de faillites.

L'économiste russe Alexandra Prokopenko, qui mène désormais ses recherches au Carnegie Russia Eurasia Center à Berlin, a déclaré au Süddeutsche Zeitung:

«L'économie russe se trouve toujours dans la zone de mort»

Poutine lui-même semble avoir pris conscience de la situation et a demandé, fin avril, à son cabinet de trouver des mesures pour relancer l'économie.

Des défaillances structurelles dans l'économie

Les causes de la crise sont multiples. Toutes sont liées à la guerre contre l'Ukraine ordonnée par le président russe Vladimir Poutine. Les sanctions décrétées en Occident en raison de l'invasion ont coupé la Russie des technologies et des nouveaux investissements étrangers. Par ailleurs, le taux directeur toujours élevé de la banque centrale russe étouffe les investissements des entrepreneurs dans le pays.

Avec des taux si élevés, les crédits coûtent plus cher que le bénéfice attendu des investissements. La banque centrale est donc, depuis un certain temps, dans le collimateur de l'association des industriels et des entrepreneurs.

👉 L'actu en direct sur la guerre en Ukraine, c'est ici

Au début de la guerre, il s'agissait avant tout d'empêcher les citoyens de retirer toutes leurs économies et de les convertir en devises étrangères. Puis, la banque centrale a dû surtout compenser la pression inflationniste générée par la masse de fonds publics injectés dans le secteur de l'armement et l'armée. Il n'y a pas davantage de marge pour abaisser les taux, car l'inflation se situe à l'extrémité haute de la fourchette cible fixée par la banque centrale, a déclaré la directrice du régulateur financier, Elvira Nabiullina.

En Russie, l'accent est mis sur l'économie de guerre.
En Russie, l'accent est mis sur l'économie de guerre.Image: Imago

L'ensemble de l'économie a été reconvertie, depuis 2022, pour répondre aux besoins du front. Si le PIB avait d'abord profité, au cours des trois premières années de guerre, du passage à une économie de guerre (les commandes publiques massives pour le secteur de l'armement ayant alimenté la croissance), ce modèle s'est depuis lors épuisé. Dès 2025, le boom persistant dans les usines d'armement ne parvenait plus qu'à masquer à grande peine la crise heurtant le secteur civil. Au début de cette année, cela n'est plus possible du tout.

Les défaillances structurelles de l'économie, incluant une faible productivité du travail et une pénurie de main-d'œuvre qualifiée, n'ont pas disparu. Bien au contraire: le front agit «comme un aspirateur» et soustrait encore davantage de travailleurs à l'économie, a indiqué l'économiste Dmitri Nekrassov au portail indépendant Meduza.

Un moral général au plus bas

Le moral économique en Russie avait récemment atteint un niveau historiquement bas. C'est ce qu'avait révélé une enquête de l'Union russe des industriels et des entrepreneurs (RSPP), rapportée en premier par le magazine économique Forbes en février. Selon cette enquête, seules 4% des entreprises interrogées évaluaient leur situation commerciale comme bonne en janvier, contre 14% le mois précédent.

Cela a des conséquences bien réelles. Jannis Kluge, expert de l'économie russe à la Fondation Science et Politique (SWP), a récemment déclaré au Spiegel:

«Les entreprises investissent nettement moins, surtout parce que les taux d'intérêt sont si élevés qu'il n'est plus possible de financer des investissements par le crédit. Le potentiel de croissance de la Russie est épuisé pour les années à venir.»
Vladimir Poutine au congrès de la RSPP.
Vladimir Poutine au congrès de la RSPP.Image: IMAGO / Sergey Fadeichev

Quid de la guerre en Iran?

Parallèlement, la Russie profite en réalité de la situation actuelle liée à la guerre contre l'Iran. Le détroit d'Ormuz étant toujours bloqué et une grande partie des réserves mondiales de pétrole ne pouvant guère être exploitée, le pétrole russe redevient plus demandé et son prix a également nettement augmenté. Cela a également eu pour effet de faire fortement progresser les revenus pétroliers du pays au cours du printemps.

Grâce à cette situation, selon les calculs de la Chambre de commerce extérieur germano-russe, la Russie perçoit chaque mois des recettes supplémentaires de plus de dix milliards d'euros provenant de l'exportation de pétrole, de gaz et d'engrais. Toutefois, l'expert Jannis Kluge met en garde:

«La Russie ne peut pas résoudre ses problèmes structurels avec cette manne financière. Pour que l'économie puisse croître malgré la pénurie de main-d'œuvre, elle devrait se moderniser et gagner en productivité.»

De plus, il serait préjudiciable que le détroit d'Ormuz reste fermé plus longtemps et que l'économie mondiale se détourne durablement du pétrole. Car une dépendance mondiale au pétrole est importante pour la Russie à long terme.

👉 L'actu en direct sur la guerre en Iran, c'est ici

L'experte Alexandra Prokopenko voit elle aussi, dans les recettes supplémentaires temporaires du pétrole, un danger. Dans un entretien avec le Süddeutsche Zeitung. Elle estime que ces recettes «permettent à Poutine de repousser des décisions pénibles qu'il devrait pourtant prendre pour sortir enfin de la zone de la mort». Elle met par ailleurs en garde:

«Il n'y a absolument aucune planification à long terme. Auparavant, Poutine avait le monopole pour dessiner une vision d'avenir pour la Russie et définir ce que sont les intérêts nationaux. Mais aujourd'hui, il n'est plus à la hauteur.»
Vladimir Poutine dans tous ses états
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Vladimir Poutine dans tous ses états
Poutine en mode chasseur, 2010.
source: ap ria novosti russian governmen / dmitry astakhov
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