La dette américaine explose: ce que ça implique pour l'économie mondiale
40 000 milliards. Ou, exprimé en chiffres: 40 000 000 000 000. C'est le montant de la dette des Etats-Unis, comme l'a annoncé mercredi le département américain du Trésor.
Deux exercices de pensée pour rendre ce chiffre vertigineux plus concret: l'homme le plus riche du monde, Elon Musk, devrait multiplier sa fortune par près de 40 pour pouvoir couvrir un tel montant. Et il faudrait à peu près 40 ans à la Suisse pour rembourser cette somme si le pays consacrait l'intégralité du produit intérieur brut généré l'an dernier.
Ce n'est pas seulement un record: les Etats-Unis atteignent ce seuil plus tôt que prévu. En effet, le Congrès américain tablait sur un franchissement du cap symbolique des 40 000 milliards seulement en 2028.
Les raisons de cette montagne de dettes
En 2010, la dette des Etats-Unis s'élevait encore à 10 000 milliards. Autrement dit: en un peu plus de quinze ans, la dette américaine a quadruplé.
Plusieurs raisons expliquent cette situation. L'une des principales est que, comme toutes les nations industrielles occidentales, les Etats-Unis sont confrontés au vieillissement croissant de leur population. Les baby-boomers partent à la retraite, tandis que de moins en moins d'actifs viennent les remplacer sur le marché du travail.
Comme les retraités vivent eux aussi de plus en plus longtemps, ce phénomène représente une double charge pour la première puissance économique mondiale. A cela s'ajoute le fait que le Congrès américain n'a pas la moindre intention de réduire ses dépenses, bien au contraire. Ces dernières années, tant les majorités démocrates que les républicaines ont continué de faire grimper les dépenses budgétaires.
L'exemple le plus récent de cette tendance est le «One Big Beautiful Bill Act», poussé par le président américain Donald Trump. A elle seule, cette loi budgétaire, qui prévoit notamment de fortes réductions d'impôts pour les plus fortunés, va alourdir le budget américain de 3300 milliards de dollars supplémentaires au cours des dix prochaines années.
Depuis les années 1960, les dépenses de l'Etat américain ont fortement augmenté, tandis que ses recettes, principalement fiscales, sont restées à peu près stables, calcule le Wall Street Journal.
La hausse de la dette, conjuguée à la hausse des taux d'intérêt, engendre un cercle vicieux: le gouvernement américain doit consacrer toujours plus d'argent au paiement des intérêts pour pouvoir continuer à emprunter. Selon CNN, les Etats-Unis devront consacrer, rien qu'en 2026, 1000 milliards de dollars au paiement des intérêts. C'est plus que ce que les Etats-Unis dépensent pour leur défense. Seule la sécurité sociale absorbe une part plus importante du budget américain.
Ce que disent les experts américains
Aux Etats-Unis, les experts ont réagi avec inquiétude face à cette dette nationale qui croît toujours plus vite. Mark Goldwein, directeur politique principal de l'ONG Committee for a Responsible Federal Budget, a ainsi affirmé auprès de CNN:
L'ONG rappelle par ailleurs que ces 40 000 milliards de dollars de dette n'existent pas seulement sur le papier, mais qu'ils ont des répercussions bien réelles sur la vie économique de la population américaine, souligne la présidente du comité, Maya MacGuineas:
Quelles sont les conséquences possibles?
La confiance internationale dans l'économie américaine continue de s'éroder. En 2025, Moody's a été, parmi les grandes agences de notation, la dernière à abaisser la note de crédit des Etats-Unis. Les taux d'intérêt des bons du Trésor américain à trente ans (on parle dans ce contexte de rendements) ont atteint lundi leur plus haut niveau depuis près de vingt ans.
C'est le signe que les investisseurs exigent toujours davantage pour détenir des emprunts d'Etat américains. Outre le niveau élevé de la dette publique, l'incertitude géopolitique liée à la guerre entre les Etats-Unis et l'Iran, ainsi que la hausse de l'inflation qui en découle, pèsent également sur les rendements des emprunts d'Etat.
Comme de nombreux taux d'intérêt de l'économie réelle s'alignent sur les rendements des emprunts d'Etat, les taux de la construction ou des hypothèques pourraient eux aussi devenir plus onéreux. Des rendements élevés sur les emprunts d'Etat déclenchent en outre des réactions brutales sur les marchés boursiers, dont les cours deviennent plus volatils et plus imprévisibles. (trad. ysc)
