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Comment Trump tue son boom économique avec l'Iran et le pétrole

Comment Trump sabote son propre boom économique avec l'Iran et le pétrole
Les économistes perçoivent les signes d'une stagflation imminente sous la présidence de Trump.Image: montage watson
Analyse

Trump sabote son propre boom économique

A cause de la guerre contre l’Iran, la perspective d’un essor économique pourrait désormais laisser place à une stagflation.
16.03.2026, 16:5816.03.2026, 16:58
Philipp Löpfe
Philipp Löpfe

Même les opposants au président américain s’attendaient encore récemment à ce que Donald Trump parvienne à déclencher un boom économique cette année. Ainsi, Daleep Singh, conseiller économique de Joe Biden, prévoyait ceci dans un entretien accordé à watson:

«Je pars du principe que l’économie américaine va connaître un boom cette année, notamment grâce à l’IA et parce que la consommation reste très vigoureuse. Ce sont les plus riches qui tirent cette consommation grâce aux gains réalisés sur leurs actions liées à l’IA.
A cela s’ajoutera probablement une baisse des taux directeurs et une politique budgétaire qui restera expansionniste. Le risque est donc que la croissance économique soit trop forte et que l’inflation augmente également.»

Grâce à la guerre, plus personne n’a aujourd’hui à craindre que la croissance de l’économie américaine soit trop vigoureuse. En revanche, la peur d’une inflation croissante demeure. La raison n’est pas une consommation excessive des Américains, mais l’envolée des prix provoquée par un nouveau choc pétrolier. Selon des experts, ce choc aurait déjà atteint une ampleur historique.

Cela entraîne des conséquences considérables: la banque centrale américaine (la Fed) ne pourra pas abaisser ses taux directeurs, et pourrait même devoir les relever. La crise de l’«accessibilité financière» risque donc de s’aggraver, car la hausse des prix du pétrole a la particularité désagréable de se répercuter sur presque tous les secteurs de l’économie.

En effet, le prix de l’essence augmente, mais aussi celui des denrées alimentaires qui doivent être transportées. Le renchérissement des engrais accentue encore cette tendance. A cela s’ajoute une situation tendue sur le marché hypothécaire, puisque la Fed ne pourra pas procéder aux baisses de taux attendues. Propriétaires comme locataires en pâtiront.

Tom Porcelli, économiste en chef de la banque Wells Fargo, résume la situation dans le New York Times:

«Tout le monde espérait que la politique budgétaire fournirait un vent favorable. Mais si le prix du pétrole reste durablement à ce niveau, ce soutien disparaîtra. C’est vraiment dommage, car j’étais convaincu que beaucoup d’éléments étaient réunis pour stimuler la consommation.»

«Pas de panique», rétorqueront certains. Après tout, le mini-krach du 2 avril 2025 — lorsque Trump avait annoncé ses droits de douane réciproques — s’est rapidement dissipé. Les marchés boursiers ont même enchaîné les records et les taux des obligations d’Etat sont retombés à un niveau supportable.

Mais ceux qui espèrent aujourd’hui profiter d’une occasion selon la stratégie du buy the dip (acheter au plus bas) pourraient connaître un réveil brutal. Andy Haldane, ancien économiste en chef de la Banque d’Angleterre, explique dans le Financial Times:

«Le choc actuel et la guerre laisseront des traces beaucoup plus profondes que le choc de l’année dernière. En 2025, la pression inflationniste s’était atténuée et les banques centrales avaient pu, dans le monde entier, abaisser les taux directeurs pour compenser l’effet des droits de douane. Avec la hausse des prix de l’énergie, cette option n’existe plus.»

S’il devait y avoir un gagnant dans la guerre contre l’Iran, ce serait la Chine. A la fin du mois, le président Xi Jinping pourra accueillir sereinement son homologue américain. Il dispose d’atouts solides. Il n’a pas à craindre une pénurie de pétrole: les réserves chinoises sont abondantes et son «frère» Vladimir Poutine veillera à l’approvisionnement.

Trump, en revanche, a offert à Xi un atout majeur avec cette guerre: les terres rares. La Chine détient en effet un quasi-monopole sur ces minerais, dont les équipements militaires modernes dépendent fortement. Un avion de combat F-35 nécessite à lui seul environ 400 kilos de terres rares; les drones et les missiles ne pourraient pas non plus fonctionner sans elles.

Avec la hausse du prix de l’essence, les voitures électriques deviennent également plus attractives. Or les modèles de Byd et d’autres fabricants chinois offrent un rapport qualité-prix que les concurrents occidentaux peinent à égaler.

Mais Trump ferme les yeux sur ces risques. Bien que rien n’indique que le prix du pétrole reviendra bientôt dans une fourchette comprise entre 60 et 70 dollars le baril, il affirme imperturbablement:

«L’inflation recule, les revenus augmentent, l’économie tourne à plein régime et les Etats-Unis sont à nouveau respectés.»

De plus en plus d’économistes évoquent pourtant déjà la menace d’une stagflation, une économie caractérisée par une croissance stagnante et une inflation élevée. Andy Haldane résume la situation ainsi:

«Ensemble, ces forces stagflationnistes sont puissantes. L’an dernier, la vague technologique et celle des droits de douane s’étaient neutralisées. Cette année, au contraire, elles se complètent et se renforcent mutuellement. Cela plaide pour l’instabilité, pas pour la stabilité économique, financière, budgétaire et politique. C’est pourquoi la situation est réellement différente cette fois.»

(trad. hun)

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