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Latin et grec à Princeton

L'absurde «au nom du bien» a encore frappé. Et pas n'importe où. Image: Montage watson

Princeton juge le latin et le grec racistes et les raie de son cursus classique

A la prestigieuse Université de Princeton, aux Etats-Unis, le latin et le grec ne seront plus étudiés obligatoirement dans le cursus... latin-grec. Le motif? La culture antique serait «raciste» et «colonialiste». Mais encore?



Les «woke» ne sont plus à une absurdie près. Très présents dans les facs américaines, où leur mouvement est né, ces activistes littéralement «éveillés» et progressistes auto-proclamés étendent leur influence idéologique dans les sphères académiques, intellectuelles et sociales, jusqu'au plus haut niveau. Après le déboulonnage de statues, la censure d'œuvres et le lynchage de personnalités, place à la mise au pilori de nos bonnes vieilles langues mortes.

Voilà qu'à la très «renommée» Université de Princeton, rivale de Harvard et de Yale, il n'est plus obligatoire depuis le mois dernier pour les étudiants en lettres classiques d'étudier... les lettres classiques. Non seulement plus besoin de s'y être formé avant d'entrer dans la filière, mais plus besoin non plus de les choisir comme cours au sein de cette filière. En même temps, l'Université annonce la création d'une filière «sur la race et l'identité» au département de politique.

Cette décision sur les études classiques, prévue dans un premier temps pour des motifs de flexibilité, a été «rendue plus urgente», écrit l'institution, par des revendications appuyées de militants. Selon eux, la culture antique serait la source, ou l'une des sources, du caractère structurellement raciste, esclavagiste et colonialiste de l'Occident. Le présupposé de cette idée absconse étant que l'Occident serait – et encore maintenant – raciste, esclavagiste et colonialiste.

Cette manière de penser, si elle ne me surprend pas, m'étonne par son simplisme. Qui de mieux d'ailleurs pour l'illustrer que le professeur agrégé de lettres classiques de l'Université de Princeton lui-même, j'ai nommé Dan-el Padilla Peralta? Dans un article fleuve que lui consacre Le New York Times, on apprend que le professeur souhaite en finir avec la «blanchité» («whiteness») de son champ d'étude. Quitte à ce que sa propre discipline soit jetée aux oubliettes. Selon lui, le racisme serait partie prenante des humanités classiques:

«Loin d'être extrinsèque à l'étude de l'Antiquité gréco-romaine, la production de la blanchité se révèle, à y regarder de plus près, résider dans la moelle même des humanités»

Dan-el Padilla Peralta

Le professeur en études classiques Dan-el Padilla Peralta Image: Université de Princeton

Concrètement, les langues d'Homère et de Cicéron et le monde révolu qu'elles racontent sont notamment accusés:

Il est vrai que les langues paléo-hispannique, osque, prakrite et nahualt classique sont moins connues que le latin et le grec. Mais pour le reste, que dire?

On pourrait voir dans cette diatribe un sain exercice d'auto-critique, d'autant plus sain qu'il est le fait d'universitaires pratiquant pour certains la branche qu'ils remettent en question. Or, c'est ici le contenu de la critique qui est dangereux, et sa conclusion qui est absurde. Plus encore qu'au premier abord.

Commençons par le contenu dangereux. Réduire la culture antique au terreau d'une entreprise «blanche» d'impérialisme et d'esclavagisme, c'est calquer sur le passé des valeurs contemporaines (on pourrait faire le contraire en estimant que, selon les Anciens, le 21e siècle ne voue pas un culte aux dieux de l'Olympe – mais quel intérêt?). Et c'est surtout passer sous silence l'esclavagisme noir pratiqué par les Arabes, qui est sans doute le plus important de l'histoire en chiffres. Un jeu dangereux, quand on sait la facilité avec laquelle les communautés s'enflamment aujourd'hui. Pourquoi, encore une fois, remettre sur le devant de la scène la couleur de peau et l'essentialiser de la sorte?

Vient ensuite la conclusion absurde. Le fait de ne pas étudier les langues antiques dans un cursus qui leur est consacré se prêterait à merveille au monde sans queue ni tête des comédies d'Eugène Ionesco. Mais le plus grotesque n'est pas là: si c'est la «culture antique» dans son ensemble qui est à bannir, pourquoi l'université ne supprime-t-elle «que» les langues, en mettant l'accent sur la civilisation qui est justement honnie? Les langues ne permettent-elles pas de regarder avec plus d'acuité une histoire critiquable?

Ayant goûté pendant cinq ans aux délices inspirantes des études classiques, au secondaire II, je ne peux m'empêcher de songer à l'expression latine «litterae humaniores». Ces doux mots désignaient à la Renaissance les enseignements profanes et expliquent pourquoi, depuis lors, on parle des «humanités»: les lettres, antiques en l'occurence, nous rendent plus humains.

Il se trouve que nous n'accédons véritablement aux civilisations grecque et romaine qu'en pratiquant leur langue et donc leur littérature. Et il se trouve que celles-ci sont à la base de notre démocratie, de notre tradition philosophique, de nos arts, de nos lois et, justement, de nos langues et littératures.

Découvrir cet univers, c'est nous découvrir un peu plus nous-mêmes. Et cela n'a rien d'excluant, bien au contraire. Mais sommes-nous sûrs que l'inclusion soit la vraie motivation des adeptes de la critical race theory, des decolonial studies et de la cancel culture?

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