Un porte-avions américain relance le scénario d’une attaque en Iran
Le porte-avions USS Abraham Lincoln navigue vers la mer d’Arabie et sera bientôt à portée de frappe de l’Iran. En déployant ce groupe aéronaval dans la région, le président américain Donald Trump a mis en place une démonstration de force massive à l’encontre du régime des mollahs. Un navire équipé de missiles de défense aérienne se dirigerait également vers Israël.
Que cache ce déploiement de troupes?
Mi-janvier, Trump avait promis son aide aux manifestants iraniens. En raison de la répression sanglante des protestations, il avait menacé d'attaquer la République islamique. Le site américain Axios a communiqué il y a quelques jours que les forces armées américaines étaient prêtes à lancer une frappe aérienne il y a deux semaines, mais que Trump aurait finalement fait machine arrière au dernier moment.
Le président américain aurait pris cette décision suite à un appel du premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, qui souhaitait d’abord préparer les systèmes de défense de son pays à une éventuelle riposte iranienne.
Un message du ministre iranien des Affaires étrangères pourrait lui aussi avoir joué un rôle dans ce revirement: il aurait promis aux Américains l'arrêt des exécutions publiques des manifestants arrêtés. Les autorités iraniennes n'ont toutefois jamais confirmé officiellement cette information.
Avec l’envoi du groupe aéronaval, qui comprend trois destroyers, des avions de combat, des hélicoptères et plusieurs milliers de soldats, Trump se réserve désormais toutes les options.
Que pourraient faire les Etats-Unis?
Reinhard Schulze, expert du Moyen-Orient qui évoquait dans une interview accordée à CH Media (éditeur de watson) une «transformation fondamentale» en Iran, a esquissé samedi sur le réseau X un scénario possible: Trump exige un désarmement de l’Iran. Téhéran refuse, et les Etats-Unis répondent par des frappes aériennes ciblées.
Selon une analyse de Nate Swanson, ancien directeur au Conseil de sécurité nationale des Etats-Unis, Trump disposerait de plusieurs options d’escalade, allant de frappes militaires symboliques contre des installations nucléaires ou de missiles, en passant par des attaques ciblées contre l’appareil sécuritaire (par exemple les Gardiens de la révolution), jusqu’à des frappes contre des infrastructures économiques clés telles que des terminaux pétroliers et gaziers.
Un scénario extrême et difficilement prévisible serait une attaque contre le guide de la Révolution (chef de l'Etat) Ali Khamenei, qui, selon Swanson, pourrait provoquer un vide du pouvoir et déclencher une guerre ouverte. Il existe également des options non militaires, comme un soutien politique ou technique aux manifestants, mais leur efficacité resterait limitée.
Les analystes du site The War Zone soulignent toutefois que les forces actuellement mobilisées ne suffiraient pas à mener une opération d’envergure contre l’Iran. Des avions de combat supplémentaires seraient nécessaires.
Une frappe peut-elle renverser le régime?
Probablement pas directement. D’après l’analyse de Swanson pour l’Atlantic Council, les manifestants bénéficieraient surtout de l’effet psychologique d’une telle intervention. Une frappe américaine contre l’appareil sécuritaire du régime pourrait renforcer leur moral au point de raviver les protestations, créer des fissures au sein du pouvoir et entraîner des défections.
L’effet inverse n’est cependant pas à exclure: le régime pourrait répondre par une répression encore plus brutale.
Quelle est la situation actuelle en Iran?
Elle est catastrophique. L’organisation américaine de défense des droits humains Human Rights Activists News Agency (HRANA) faisait état ce week-end d’au moins 5848 morts et de plus de 40 000 arrestations. Le chiffre réel serait bien plus élevé.
La fondation de la lauréate iranienne du prix Nobel de la paix emprisonnée, Narges Mohammadi, a qualifié la répression sanglante des manifestations de «massacre d’une énorme ampleur». Le week-end dernier, le Time Magazine et un site d’opposition iranien ont évoqué plus de 30 000 morts pour les seuls 8 et 9 janvier. Ces chiffres ne peuvent toutefois pas être vérifiés de manière indépendante.
Depuis fin décembre, des Iraniens manifestent contre les dirigeants du pays. Après une nouvelle escalade début janvier, le pouvoir autour d'Ali Khamenei a répondu en exécutant des manifestants et en coupant Internet et le réseau téléphonique du pays.
Ces derniers jours, la situation dans les rues s’est un peu calmée. Des observateurs estiment toutefois qu’une escalade encore plus grave pourrait survenir dans les prochains jours.
Comment réagit le régime de Téhéran?
Le ministère iranien de la Défense a averti, lundi, les Etats-Unis et Israël contre toute intervention. Il a déclaré que la réaction de Téhéran serait plus douloureuse que par le passé.
A Téhéran, le régime a fait ériger un panneau d'affichage en guise d’avertissement. Il montre plusieurs avions endommagés sur un porte-avions aux couleurs du drapeau des Etats-Unis, accompagnés de l’inscription: «Qui sème le vent récolte la tempête».
Les rebelles houthis au Yémen ont en outre menacé de nouvelles attaques contre la navigation en mer Rouge.
L’évolution des prochains jours ne dépend plus uniquement du gouvernement iranien. La stratégie des Etats-Unis sera déterminante, tout comme la réaction de la population iranienne.
Traduit de l'allemand par Anne Castella
