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Kevin McCarthy a conclu un pacte avec le Diable

Le nouveau président de la Chambre des Représentants paye son ambition au prix fort.
Le nouveau président de la Chambre des Représentants paye son ambition au prix fort.Image: sda
Analyse

McCarthy a conclu un pacte avec le Diable

Maintenant qu'il a accédé au poste tant convoité de Speaker, Kevin McCarthy doit se soumettre à ses opposants les plus farouches en leur distribuant des postes influents. Une concession qui a tout d'un pacte avec le Diable.
26.01.2023, 18:3802.10.2023, 12:52
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Le pouvoir a un coût. Au prix d’un effort de lobbying éreintant de quatre jours et de quinze scrutins, Kevin McCarthy, la «pom-pom girl» du parti républicain (ainsi surnommé pour sa réputation de collecteur de fonds prolifique), est parvenu à obtenir le Graal dont il rêvait: la présidence de la Chambre des Représentants.

Mais avant d'effleurer du doigt le marteau si convoité, le républicain californien, qui fête ses 58 ans ce jeudi, a dû faire face au barrage d'une poignée de représentants d'extrême droite. Un mur d'opposition que Kevin McCarthy a dû dissoudre à grand renfort de concessions et de promesses. Fussent-elles en sa défaveur.

Le jeu des chaises musicales

Depuis trois semaines, les ennemis les plus virulents de Kevin McCarthy se voient récompensés de leur affront. L'ultime trophée: des postes au sein des commissions influentes du Congrès. Là où les lois se font et se défont, se négocient les budgets et les finances, se tiennent les débats. Bref, là où se joue le pouvoir législatif des Etats-Unis.

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Pour atteindre le titre suprême, le nouveau Speaker a dû accepter de diluer son propre pouvoir et d'augmenter celui de ses opposants.Image: sda

En tête de liste de ces commissions, le «comité des règles», perchoir sur lequel McCarthy a placé un panel de neuf républicains. Parmi lesquels Chip Roy, du Texas, et Ralph Norman, représentant de Caroline du Sud, deux élus qui se sont illustrés en votant contre son élection.

Le comité des règles
Il s'agit de l'un des plus puissants de la Chambre des représentants. Composé de treize membres (actuellement: 9 républicains et 4 démocrates), le groupe a la capacité d'influencer presque tous les projets de loi qui seront présentés - ou non - à la Chambre.

Avec cette nomination, Kevin McCarthy a offert aux membres les plus extrêmes de la Chambre la possibilité d'apposer leur empreinte sur tout – des projets de loi avancés à la Chambre, à la structure des débats, jusqu'aux amendements.

Surtout, le nouveau Speaker s'est placé lui-même dans une position dangereusement bancale. Comme le rappelle Politico, le chef de parti envoie généralement au Comité des Règles un échantillon composé d'alliés et de partisans, susceptibles de respecter ses directives en cas de blocage.

«Une tactique pour éviter les pilules empoisonnées potentielles, à la fois de l'autre côté de l'allée et dans ses propres rangs»
Politico.

La composition actuelle du Comité sera nettement moins prompte à accepter sagement le leadership, aussi affaibli qu'il soit, de Kevin McCarthy.

La cour de récré des extrêmes

Mais il n'y a pas que des adversaires, parmi les trublions du Great Old Party (GOP) gratifiés par de nouvelles attributions. Citons l'élu George Santos, empêtré jusqu'au bout du nez dans l'un des plus gros mensonges politiques de l'histoire du pays. L'élu new-yorkais a été malgré tout remercié avec le comité des sciences.

Une nomination surprenante, certes, mais qui illustre la manière dont Kevin McCarthy perçoit ce comité scientifique - dont le rôle, en pleine crise pandémique et climatique mondiale, est décisif.

«C'est comme s'il disait: 'Eh bien ouais, jetez George Santos là-bas! De toute façon, nous n'avons pas vraiment besoin de ce comité. Aucun problème scientifique ne menace la planète entière!'»
Andy Levy, co-animateur du podcast politique «The New Abnormal» de The Daily Beast.

Le Speaker a également tapoté sur l'épaule de Jim Jordan, allié de premier plan de Donald Trump, pour diriger le comité restreint chargé de ré-enquêter sur les évènements du 6 janvier au Capitole. Quant à Matt Gaetz, fervent anti-McCarthy, il a été nommé au comité judiciaire, chargé de donner l'aval à une possible procédure de destitution contre le président Joe Biden.

C'est sans oublier Marjorie Taylor Greene, figure de proue de l'extrême droite pro-Trump, partisane QAnon et complotiste notoire, qui impute les incendies de forêt en Californie à des faisceaux laser juifs. Abrégée «MTG», la Géorgienne est devenue une alliée improbable de McCarthy dans sa bataille pour la survie politique.

Une alliance inattendue s'est nouée entre la blonde la plus tapageuse de l'alt-right et l'«affable figure de l'establishment de Washington».
Une alliance inattendue s'est nouée entre la blonde la plus tapageuse de l'alt-right et l'«affable figure de l'establishment de Washington». Image: sda

En rompant avec ses partisans du Freedom Caucus pour appuyer la candidature de McCarthy, MTG a contribué à faire basculer l'élection. Un geste que le nouveau président ne s'est pas privé d'honorer avec deux affectations: l'une au comité de surveillance, l'autre à celui de la Sécurité intérieure.

«Je ne quitterai jamais cette femme. Je prendrai toujours soin d'elle», a-t-il confié récemment à un camarade républicain, rapporte le New York Times. Une telle déclaration aurait sans doute été impensable en 2021, lorsque Marjorie Taylor Greene foulait pour la première fois la colline du Capitole, un tourbillon de controverses et de provocations dans ses bagages.

Il semble loin le temps où les dirigeants républicains la considéraient comme «un mal de tête» et McCarthy, comme «potentiellement irrécupérable». Désormais, Marjorie Taylor Greene assume un rôle de conseillère politique auprès du nouveau Speaker, qui n'a pas tout à fait défini sa propre ligne. Elle lui a déjà servi de modèle pour ses positions anti-vaccination ou sa remise en question du financement de la guerre en Ukraine.

«La Chambre des représentants a été prise en otage par les extrêmes comme Marjorie Taylor Greene et George Santos. Suis-je le seul, ou ai-je l'impression que ce sont les détenus qui dirigent l'asile?»
Le député démocrate Ritchie Torres, sur Twitter.

Source bruyante de fake news sur la pandémie et les vaccins, Marjorie Taylor Greene a également été nommée au comité restreint chargé d'enquêter sur le Covid. Dans le viseur de ces élus: les décisions prises par les hauts responsables de la santé, les restrictions sanitaires et les origines du virus.

Après les attributions, les désaffectations

Ce vaste remaniement n'a pas été sans risque pour le nouveau leader de la Chambre. Conscient de sa faible marge de manœuvre, Kevin McCarthy a dû jouer les équilibristes et tenter de satisfaire tout le monde, partisans comme adversaires. Ce ne sera pas le cas. Certains de ses plus proches collaborateurs, comme le républicain Vern Buchanan, dont la présidence du comité des «Voies et moyens» lui est passée sous le nez, ont dû prendre sur eux. Il y en a d'autres.

A mesure qu'un nouvel équilibre se met en place au sein de la Chambre des Représentants, son président va tenter non seulement de conserver le peu de pouvoir qu'il détient, mais aussi de l'exercer efficacement. Un défi immense, s'il en est.

Si le travail de la Chambre s'annonçait déjà difficile, entre une majorité républicaine maigrichonne et une faction d'extrême-droite intransigeante, les concessions de McCarthy pourraient le rendre impossible. Y compris pour des tâches aussi essentielles que le financement du gouvernement ou la dette fédérale. Pour les dissidents, mission accomplie. Pour le pays, sombre présage.

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